Le recrutement par challenge évite les erreurs de casting

Le recrutement par challenge évite les erreurs de casting Pour ne pas passer à côté de la perle rare, deux start-up conçoivent des tests en ligne. Un bon moyen de mesurer compétences pratiques et soft skills.

Pour trouver la perle rare, les employeurs utilisent une méthode bien connue : présélection des candidatures via les CV et les lettres de motivation puis série d'entretiens d'embauche (bien souvent avec le RH puis le manager). Une technique qui fait ses preuves ? Pas vraiment puisque selon les données de la Dares 20% des périodes d'essai ne sont pas validées.

Pour aider les entreprises à mieux recruter, certaines start-up e-RH se sont spécialisées dans la conception d'outils de recrutement par challenge, une technique qui consiste à "utiliser le digital pour plonger le candidat dans une mise en situation concrète de quelques minutes avec deux mots d'ordre : réalisme et immersion", explique Emilie Tortora, fondatrice et dirigeante de Coxibiz start-up spécialisée dans le secteur.

Le Crédit Agricole a recruté 17 gestionnaires d'assurances grâce au recrutement par challenge

L'offre développée par les équipes d'Emilie Tortora est simple. A la fin d'une annonce, un candidat est invité à cliquer sur un lien qui lui donne accès au challenge. D'une durée de 10 à 15 minutes, il permet de mettre le candidat en situation avec des exercices basés sur le jugement situationnel, l'analyse de document, le calcul ou encore la simulation d'une négociation commerciale.

Le recrutement par challenge fonctionne pour tous les types de postes et d'employeurs. "Parmi nos clients nous comptons des PME mais aussi de gros groupes comme Lidl, une filiale de Bouygues, Cofidis ou encore le Crédit Agricole", assure la dirigeante. Sonia Chati, responsable de département au Crédit Agricole a par exemple fait appel à Coxibiz pour recruter 27 gestionnaires en assurances depuis 18 mois : "Il s'agit de postes de cadres ou d'agents de maîtrise. La solution permet de filtrer en amont les meilleures candidatures. Certains sont performants aux tests alors que leurs CV et leurs lettres de motivation n'auraient peut-être pas attiré mon attention. Grâce au recrutement par challenge, nous demandons au candidat de se projeter dans le poste via des tests basés sur l'empathie ou la qualité rédactionnelle. Les meilleurs sont par la suite convoqués à un entretien d'embauche", souligne-elle.

Goshaba accorde de l'importance à la gamification. © Goshaba

Sur le marché français, Coxibiz est en concurrence avec Goshaba, une start-up fondée par Camille Morvan, qui a enseigné les sciences cognitives et la psychologie des organisations à Harvard avant de basculer dans l'entrepreneuriat en 2014 suite à un constat simple : "Les recruteurs travaillent en se basant sur des CV et des lettres de motivation. Mais ce sont des outils incomplets et imprécis qui ne prennent pas en compte les soft skills, la culture d'entreprise ou le potentiel d'évolution". Pour remédier à cette situation, Goshaba a créé le programme Cognitive gaming, des tests qui peuvent se passer sur ordinateurs, tablettes ou smartphones.

L'objectif de Goshaba est de mesurer les soft-skills et de la culture d'entreprise. "Les tests sont basés sur le métiers et les compétences. Toutefois, nous ne mesurons pas la capacité à analyser un document par exemple. En revanche, nous évaluons des traits cognitifs comme l'empathie, l'attention, la capacité de mémorisation. Ces qualités sont importantes car en plus de prédire la capacité professionnelle elles permettent aussi de prédire l'évolution en interne. C'est très important pour des nouveaux métiers qui demandent de l'agilité. Je pense notamment au poste de growth hacker", expose Camille Morvan qui insiste sur l'importance de l'aspect gamification : "nos tests doivent être ludiques. Nous y incluons des messages d'encouragement, des scores, des badges…". L'expérience utilisateur doit être parfaitement prise en compte puisqu'il s'agit d'une première relation entre un candidat et une entreprise qui doit soigner sa marque employeur. Ce souci est partagé par Emilie Tortora qui se targue d'un retour positif de 89% des candidats sur leurs tests. Le concept de Goshaba a pour le moment séduit des start-up mais aussi des entreprises plus conséquentes comme Parrot ou HSBC. 

Goshaba compte lever des fonds dès 2018 pour s'implanter aux Etats-Unis et concurrencer les leaders mondiaux 

Côté prix, Coxibiz et Goshaba ont basé leur modèle sur un système d'abonnement. Les tarifs pratiqués par Goshaba, que la start-up refuse de communiquer, varient selon les options : carte des compétences, nombre de modules, options de gamification… "Nous pratiquons également des offres spéciales pour les start-up car elles ont un budget moindre que les grands groupes et leurs attentes pointues permettent de nous challenger", pointe Camille Morvan. De son côté, Coxibiz propose une licence annuelle dont le prix est compris entre 10 000 et 20 000 euros. "Au vu du travail d'ingénierie de formation et de programmation, il n'est pas rentable de faire appel à nous pour un seul recrutement", constate Emilie Tortora. Il est vrai que la conception des challenges demande un certain temps : "C'est un véritable processus de co-création. Nous devons nous immerger dans le poste pendant quelques jours, rencontrer les managers et les salariés de notre clients pour cartographier parfaitement le poste", note Emilie Tortora.

Les start-up comptent désormais passer à la vitesse supérieure dans les prochaines années, mais avec des ambitions différentes. Si Emilie Tortora souhaite fidéliser des gros comptes avant de partir à l'assaut de nouveaux marchés, Goshaba voit les choses en grand : "Nous comptons effectuer une levée de fonds d'ici 2018 pour changer de dimension, nous implanter aux Etats-Unis et concurrencer frontalement les deux leaders mondiaux du secteur, Knack et Pymetrics", projette Camille Morvan.

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