Spotify, Deezer... quel modèle économique pour le streaming musical ?

Les plateformes numériques musicales réussiront t-elles à compenser l'effondrement des ventes de CD ? Malgré l'embellie liée aux développement des plateformes légales, l'industrie musicale est encore loin d'être sortie de crise.

Si les acteurs de la filière musicale ont les yeux rivés sur les plateformes de streaming, annoncées comme planche de salut d'une industrie en quête de renouveau, les revenus générés par Deezer, Youtube ou Spotify sont encore loin de compenser les ventes sur supports physiques du début des années 2000.
Le modèle économique actuel de ces plateformes, largement basé sur les offres gratuites dites « freemium », ne satisfait pour le moment ni les diffuseurs, qui peinent à être rentable, ni producteurs et artistes. Une conversion des abonnés au tout gratuit vers les offres premium mais aussi une meilleure répartition de la valeur entre les différents acteurs sont des solutions qui pourraient redonner une bouffée d'air au secteur musical.

Le streaming, générateur de croissance pour l'industrie musicale …

En mal de réussite depuis l'effondrement des ventes de CD du début des années 2000 lié à l'explosion d'Internet et du téléchargement illégal, le streaming paraît le mieux placer pour devenir le levier principal du secteur de la musique enregistrée. Une perspective confirmée par l'étude de Generator Research publiée mi-février 2014 qui a étudié l'impact des différentes plateformes musicales comme Deezer, Spotify, Youtube ou Pandora sur les 4 prochaines années. Avec 125 millions d'abonnés pour un total de 1,7 milliard d'utilisateurs d'ici 4 ans, le streaming devrait ainsi générer près de 3 milliards de dollars de chiffre d'affaire.
Une croissance supérieure aux ventes sur supports physiques, qui vont continuer à décroître, mais aussi aux services de téléchargement type iTunes. Genrator Research prévoit ainsi que les ventes de CD physiques reculeront de plus de 2 milliards dollars, de même que les ventes digitales chuteraient de 663 millions de dollars. En Belgique le streaming a ainsi doublé son nombre d'utilisateurs en 2013 compartiviement à l'année 2012. Un engouement pour les services de streaming qui n'a pas manqué d’intéresser les majors du Web qui ont lancé à l'instar d'Apple, avec son iTunes Radio, ou Twitter, avec son Twitter Music, leur propres services de streaming.

… qui ne parvient pas encore à convaincre en terme de revenus générés

Cette montée en puissance des services de streaming suffira t-elle a compenser la perte de revenus liés à la chute de ventes de CD ? Pour le moment, rien n'est moins sûr : si les plateformes de streaming attirent un nombre croissant d'internautes, leur modèle économique a encore du mal à convaincre. Les plateformes de diffusion type Deezer ou Spotify, encore loin d'être rentables malgré un nombre d'abonnés en forte croissance, se plaignent de reverser une large part de leurs revenus aux producteurs et artistes.
Ces derniers sont eux aussi pourtant loin de bénéficier de larges revenus de ces services : Spotify avait ainsi révélé en début d'année qu'un artiste touchait en moyenne 0,05 centimes d'euros par chanson écouté sur sa plateforme. Pour toucher un montant de 5 000 euros, un artiste devra ainsi obtenir un million d'écoute d'une de ses chanson. L'étude Genrator Research mettait ainsi en évidence une progression du streaming sur les 4 prochaines années de 16,7 milliards de dollars en 2012 à 17,2 milliards en 2017 alors qu'au même moment les ventes physiques reculeront de plus de 2 milliards de dollars au niveau mondial et les ventes en téléchargement de 663 millions de dollars.

Trouver un modèle économique viable : vers une mise en avant des offres premium ?

Un manque à gagner évident qui doit amener les plateformes de streaming à revoir leur modèle économique en favorisant leurs offres premium (par abonnement) au détriment des offres freemium (tout gratuit), génératrices de très peu de revenus. Si la plupart des plateformes comme Deezer, Youtube ou iTunes Radio proposent des offres gratuites, elles font offices de produits d'appels vers des offres premium qui génèrent logiquement plus de revenus. En attirant un maximum d'abonnés vers leurs services gratuits pour les convertir en masses vers les offres payantes, ces plateformes gêneront plus de revenus et augmenteront les montants reversés à l'ensemble de l'industrie de la création.
Dans tous les cas les plateformes de streaming n'auront d'autres choix que trouver un modèle économique plus viable si elles ne veulent pas braquer artistes et industries musicales qui pourraient rapidement changer d'avis et choisir de délaisser cette plateforme. Une menace réelle : l'an dernier Tom Yorke en avait fait la démonstration en retirant retiré ses albums de l'ensemble des plateformes de streaming, pretextant le manque à gagner pour les artistes sur ces plateformes.

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