Live vidéo : comment Periscope et Snapchat vont ubériser les chaînes télé

Actualité, couverture de petits et grands événements… les applis de live vidéo attirent les utilisateurs et créent de nouveaux usages.

Plus besoin d'habiter du côté de Los Angeles pour goûter à l'ambiance pailletée des Oscars. Les près de 150 millions d'utilisateurs que compte Snapchat ont pu accéder aux coulisses de la cérémonie via des snaps postés par les célébrités et anonymes présents. Tous répertoriés au sein d'une rubrique baptisée "Live Stories". Hasard ou pas, la cérémonie a connu sa pire audience en huit ans, en étant suivie par seulement 34,3 millions de téléspectateurs, contre 37,3 millions l'année dernière.

Si la plateforme s'est refusée à communiquer les résultats d'audience, son expérimentation, reconduite à l'occasion du Super Tuesday, témoigne de sa volonté à devenir un acteur crédible dans la couverture des grands événements d'actualité.

Periscope, numéro 1 de l'App Store français tout le mois de février

Pour cela, Snapchat avait déjà lancé en novembre dernier, Story Explorer, un service de curation permettant de mieux suivre une actualité précise. Ses utilisateurs peuvent y consulter davantage de snaps et de vidéos relatifs à un match de football ou à un de leurs centres d'intérêt (un acteur, la ville de Paris…). Avec cette promesse : voir "un touchdown de football américain sous plusieurs centaines d'angles de vue différents".

Mais sur le créneau du live vidéo, la concurrence s'active entre Facebook, qui pousse son "Facebook Live" auprès de ses 1,5 milliard d'utilisateurs, et Periscope qui explose les compteurs de téléchargements depuis plusieurs semaines. Du côté de Facebook, on réserve pour l'instant la diffusion de vidéos live aux seules célébrités… mais on y met les moyens. Recode évoque des enveloppes à 6 chiffres versées aux plus populaires d'entre elles. Un petit "coup de pouce" est également donné aux vidéos streamées qui seront mises en avant dans le Newsfeed.

Evolution du classement de l'applicationPériscope au sein des App Store US et français © Appannie

Mi-février, l'affaire "Serge Aurier" a donné un gros coup de projecteur médiatique sur Periscope, l'application de streaming vidéo rachetée dès son lancement par Twitter. Elle était pourtant déjà depuis quelques semaines l'application la plus téléchargée de l'App Store français. La conséquence de l'annonce par Twitter de l'intégration des flux Periscope dans les fils Twitter.

Cette intégration au réseau social a permis de générer "une traction incroyable en termes de téléchargements et de streams dans l'Hexagone", se félicite le directeur de la communication de Twitter France, Christopher Abboud. De quoi surtout concrétiser les promesses suscitées par l'application à son lancement, dont le principal fait d'arme jusque-là était d'avoir fait retomber Merkaat, son principal concurrent, dans l'anonymat.

Des journalistes qui ont le réflexe Periscope

Les médias se sont très vite intéressés à ce nouvel espace de communication. En avril 2015, Europe 1 invitait ses auditeurs à découvrir les coulisses de la station avec Periscope. Au même moment, le Guardian menait une interview Periscope du candidat américain à la primaire, Rand Paul. Les mobinautes étaient ainsi incités à poser leurs questions directement au sein de l'application.

Aujourd'hui, les audiences obtenues par Periscope et Snapchat leur permettent de dépasser le simple stade de la promesse. Le premier revendique déjà plus de 10 millions d'utilisateurs mensuels dans le monde. Le second annonce être utilisé par plus de 60% des 13-34 ans aux Etats-Unis. Tous deux sont à même de révolutionner l'accès aux événements live, en temps réel, grâce au relais des utilisateurs sur place.

"On voit de plus en plus de journalistes dans le monde sortir leur smartphone de leur poche et streamer avec l'application pour rendre compte d'événements tels que le tremblement de terre au Népal, les émeutes de Baltimore ou les conséquences de la crise des réfugiés syriens", confirme Christopher Abboud.

Un flux que les chaînes TV peuvent reprendre 

L'approche "open source" de l'application risque à ce titre d'être très intéressante pour les médias TV et Web qui peuvent reprendre un flux Periscope sur leur chaîne ou leur site facilement, sous réserve d'obtenir l'accord de l'émetteur. C'est précisément ce qui s'est produit lors de l'explosion d'un immeuble new-yorkais. Le flux d'un passant qui filmait l'incendie a immédiatement été repris par les médias avant que leur équipe n'arrive sur place.

Autre exemple, un reporter du journal allemand Bild, Raul Ronzheimer, a récemment embarqué ses followers dans un périple de 12 jours à travers l'Europe de l'Est en compagnie d'un groupe de réfugiés syriens désireux de rejoindre l'Allemagne. "Si vous êtes un journaliste, il n'y a pas d'alternative à Periscope. Les gens ont l'impression de faire partie de l'histoire. En suivant le live, ils voient ce qui se passe de leurs propres yeux et savent que tout est vrai", affirme au Guardian le journaliste qui est passé de 9 000 à 33 000 followers le temps du périple. Bild a ensuite converti son expérience en un reportage vidéo de 16 minutes encore accessible sur son site.

Les marques embrayent également sur Periscope, afin de dévoiler un peu de leur intimité et  créer une plus grande proximité avec leurs fans. Le Guide Michelin y a par exemple annoncé cette année la liste des récipiendaires d'une troisième étoile et le mannequin Caroline de Maigret a fait rentrer ses followers dans les coulisses du show Chanel.

L'enthousiasme touche jusqu'à l'Elysée qui a diffusé cette semaine une visite de François Hollande chez Showroomprivé sur Periscope. La séquence a été rapidement prise en otage par des internautes qui multipliaient critiques et insultes à l'encontre du président. Toujours dans une logique "open source", l'application a annoncé qu'elle s'intégrerait aux caméras GoPro pour permettre aux sportifs extrêmes en tous genres de diffuser en live leurs exploits.

Des millions de dollars de pub pour le Super Bowl

L'approche de Snapchat est de ce point de vue diamétralement opposée. L'application fonctionne (pour l'instant ?) en vase clos et ses flux ne sont disponibles qu'au sein de sa plateforme. Ses relations avec les médias se cantonnent donc à la rubrique "Discover" au sein de laquelle les Buzzfeed, CNN et autres peuvent poster des vidéos.

Une Live Story durant les Oscars © Capture d'écran Snapchat

Les outils de live, "Live Stories" et "Story Explorer", semblent plutôt avoir vocation à développer des partenariats en direct avec les organisateurs d'événements. Le premier partenariat marquant est à ce titre celui noué avec la ligue de football américain, la NFL, qui utilise Snapchat pour mettre en avant des contenus exclusifs tout au long de la saison.

La "Live Story" relative à un événement aussi populaire que le Super Bowl aurait ainsi fait le plein d'annonceurs (Amazon, Marriot, Budweiser et Pepsi…) pour "un montant total à 7 chiffres". Autre exemple, le festival Coachella a réuni plus de 40 millions de mobinautes sur un livestream, en avril dernier, selon Snapchat.

L'application éclipsera-t-elle un jour les chaînes de TV au moment de négocier des accords de diffusion avec les ayant-droit ? Cela relève encore de l'utopie mais il est certain que les Facebook et Snapchat pourraient, à terme, proposer un partage de revenus publicitaires aux producteurs de contenus plus intéressant, et des audiences au moins aussi importantes que les médias traditionnels. Periscope et Snapchat pourraient donc, chacun à leur manière, "ubériser" le secteur des médias vidéos.  

 

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