Quartz, pionnier de l’information conversationnelle

L'application du média américain reprend les codes de la messagerie instantanée pour booster l'engagement utilisateur. Avec réussite.

Le JDN lance, en partenariat avec FrenchFounders, une série hebdomadaire sur les start-up new-yorkaises qui disruptent le marché des médias et de l'adtech. Premier de cordée : l'application de Quartz.

Quelques mois avant l'annonce par Facebook de l'arrivée des chatbots sur Messenger, un autre acteur mettait en émoi le monde du mobile et des médias. Quartz, la start-up new-yorkaise rendue populaire par sa newsletter quotidienne (qui compte plus de 185 000 abonnés et revendique un taux d'ouverture impressionnant de près de 40% annonçait le lancement d'une application iOS disruptive au possible

Son principe ? Sortir de la logique "top-down" qui caractérise les applications médias et enrichir l'expérience utilisateur, en s'inspirant notamment de ce que proposent les applications les plus populaires du moment : les applications de messagerie instantanée.

"L'univers applicatif est extrêmement concurrentiel. Notre application devait proposer une récurrence d'usage si elle voulait s'imposer durablement dans le smartphone de l'utilisateur", explique Adam Pasick, responsable de l'équipe en charge du projet chez Quartz, que le JDN a rencontré à New York.

Comme si l'on conversait avec un ami

L'utilisateur qui ouvre son application lance en réalité une conversation quasi ininterrompue autour des différents sujets d'actualité du moment. Une interface de messagerie instantanée à travers laquelle sont relayées des informations dans un style "léger" et adaptées aux usages mobiles : des images, des GIF et des infographies…

Chaque session ne dure pas plus de quelques minutes, juste le temps de prendre son bus ou de faire la queue au moment d'aller acheter son déjeuner. Le temps d'échanger avec l'application, de lui demander plus d'informations sur un sujet en particulier ou tout simplement de passer à un autre sujet. Un peu comme si l'on conversait avec un ami sur WhatsApp ou Facebook Messenger.

A l'autre bout de la conversation ? Un chatbot développé par les équipes tech de Quartz et nourri en contenu par un pôle édito de six personnes. Une approche humaine qui tranche avec le positionnement 100% "IA" porté par le chatbot de Messenger. "Les perspectives offertes par les chatbots sont très intéressantes mais elles nous semblaient, à court-terme, trop limitées car pas assez 'intelligentes'", confirme Adam Pasick.

Une interface qui ressemble à de la messagerie instantanée © Quartz

Comme si l'expérience utilisateur ne suffisait pas à elle-seule, l'équipe opère un véritable travail d'orfèvrerie sur les push notifications qui reprennent certains des codes du gaming. L'utilisateur a ainsi la main sur les notifications qu'il reçoit : un haiku pour faire le point sur l'état des marchés boursiers, des informations sur l'économie mondiale…

A la clé, des centaines de milliers de téléchargements un peu plus d'un mois après le lancement et "un taux de rétention largement supérieur à la moyenne, preuve que notre raisonnement était le bon". Si aucune date n'a encore été arrêtée, une version Android verra prochainement le jour. "Un passage obligé car c'est là que se trouvent un grand nombre de lecteurs".

Quartz n'en réfléchit pas moins à apporter d'ores et déjà quelques pistes d'améliorations à sa version iOS. "Les utilisateurs veulent pouvoir partager du contenu. Autre point crucial : la personnalisation de l'offre  avec comme enjeu d'offrir en priorité au lecteur ce qui l'intéresse", rappelle Adam Pasick.

Bientôt sur Messenger et sur les bots des autres plateformes

Dans un coin de sa tête également, l'envie d'aller regarder du côté de Messenger et des autres plateformes qui deviennent le terrain de jeu des chatbots. "Nous y serons, tôt ou tard, toujours dans cette logique de toucher le plus de monde possible."

Tant pis pour cette peur de perte de souveraineté qui paralyse certains médias français. Quartz se veut pragmatique. "Le paysage médiatique est aujourd'hui largement adossé à Facebook et Google. Nous sommes dans un sens condamnées à coexister et collaborer avec eux." Une situation qui n'empêche pas Quartz d'afficher des ambitions de développement. "L'un des enjeux est également de développer du contenu non-anglais. Nous sommes présents en Afrique et en Inde. Pourquoi pas l'Amérique latine, la Chine… ou la France ?"

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