Envie d'investir via une ICO ? Attention…

Envie d'investir via une ICO ? Attention… L'initial coin offering a le vent en poupe. Si l'avantage est certain pour les start-up, le bénéfice pour les investisseurs individuels l'est beaucoup moins et les risques encourus élevés.

Comprendre ce dans quoi l'on investit, a toujours conseillé Warren Buffett, qui avait ainsi évité le piège de la bulle Internet. Nul doute qu'il n'en pense pas moins des initial coin offering, plus connues sous leur sigle ICO, qui, pour résumer, sont des levées de fonds en crypto-monnaies. Claire Castanet, directrice des relations Epargnants de l'AMF, est du même avis : "Il faut que les personnes qui participent à une ICO veillent à acquérir les connaissances nécessaires avant de financer un projet. Il faut qu'elles aient une appétence pour les nouvelles technologies". Premier point.

L'initial coin offering fonctionne via l'émission d'actifs numériques ("tokens", ou jetons) échangeables sur des plateformes contre des crypto-monnaies (généralement de l'ether ou du bitcoin) durant la phase de démarrage d'un projet. La formule suscite un engouement croissant : au total, au 6 novembre 2017, pas moins de 3,5 milliards de dollars ont été financés dans le monde par ce biais contre 273,8 millions de dollars un an plus tôt, selon Coindesk.com.

"L'épargnant peut malheureusement tomber sur de faux projets"

"Pour l'investisseur individuel, l'ICO constitue un sujet assez novateur et renvoie des images séduisantes", concède Claire Castanet. Cela ne doit pas, pour autant, lui faire oublier les risques encourus. A commencer par celui, très élevé, de perte en capital : "L'épargnant peut malheureusement tomber sur de faux projets". D'autant que "comme on se situe dans le monde virtuel, on ne dispose pas forcément de la localisation géographique exacte de l'entreprise (émettrice des tokens, ndlr) et on ne sait donc pas vers quelle autorité se tourner en cas de problème". Pour réduire ce risque, le meilleur moyen reste de rassembler un maximum d'informations sur l'entreprise qui a lancé l'ICO et les personnes qui sont à sa tête. "Il faut impérativement se renseigner sur les entrepreneurs et éventuellement les contacter si leur nom est indiqué. De toute façon, s'il ne l'est pas, c'est un signe qu'il ne faut surtout pas investir", met en garde Jean-Christophe Laruelle, cofondateur de Crypto Facilities, plateforme qui propose des solutions de gestion de risques et de trading en actifs digitaux.

Même s'il ne s'agit pas d'une arnaque, le risque de perte en capital perdure : "L'investisseur peut tomber sur des projets mal structurés ou encore sur des projets sérieux mais qui comportent tout de même un risque de business important, justement parce qu'il s'agit souvent de projets novateurs", explique Claire Castanet.

Se pose également la question de la sortie du projet financé. Celle-ci "peut se faire en biens, en nature, en produits, en devises, virtuelles ou classiques, en droits sur la société…", énumère la directrice des relations Epargnants de l'AMF. Les tokens émis ont en effet vocation à être utilisables dans le projet financé par l'ICO. Leur valeur dépend du produit ou service livré par l'entreprise qui l'a initiée et ils ne confèrent pas à leurs détenteurs des droits assimilables à ceux dont disposent les actionnaires (absence de droits financiers ou politiques classiques). "Si le bénéfice, pour l'épargnant, consiste en un produit ou un service dont il n'a finalement pas besoin, cela signifie qu'il n'a peut-être pas d'avantages à attendre par rapport à ce projet-là en termes de rendement", relève Claire Castanet.

Mieux vaut cibler les projets en lien avec la blockchain

Raison pour laquelle, si l'on brave les dangers énumérés ci-dessus pour participer à une ICO, mieux vaut cibler un projet en lien avec la blockchain. C'est en tout cas le point de vue de Louis de Froissard, gérant du cabinet de gestion de patrimoine Montaigne Patrimoine et initiateur de Bordeaux Fintech : "Quand Tezos a voulu construire une blockchain pour contrecarrer les inconvénients de la blockchain bitcoin, ça pouvait être intéressant d'acheter des tokens pour devenir utilisateur de cet outil". Et encore, pas pour tout le monde : "Si je suis développeur, ça m'intéresse. Si je suis particulier, je ne vois pas trop en quoi ça peut m'intéresser". L'argument fait également mouche auprès de Jean-Christophe Laruelle : "Au départ, Ehterum était une ICO. On sait qu'il s'agit de jetons qui ont une utilité puisqu'ils permettent de lancer d'autres ICO et de faire fonctionner les smart contracts. Ils ont une vraie valeur en eux-mêmes et ils la conserveraient même si la fondation Etherum n'existait plus. Mieux vaut miser sur ce type de projets".

Surtout, pour Louis de Froissard, les investisseurs qui, aujourd'hui, achètent des bitcoins pour participer à une ICO sont dans le faux : "Si j'ai acheté des centaines de bitcoins il y a deux ans et demi à un prix très bas, entre 40 et 100 euros, et qu'aujourd'hui mes bitcoins en valent 5 000, et si j'ai une bonne connaissance de ce que j'achète et des droits qui sont attachés, alors oui, je peux acheter des tokens". Et de ponctuer : "J'ai l'impression que l'ICO est un produit de geeks qui va marcher chez les geeks et qui est aujourd'hui tiré par la bulle du bitcoin".

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