Windows 10 IoT : l'arme fatale de Microsoft dans l'Internet des objets ?

Windows 10 fait l'objet d'une édition pour l'IoT. Quant à Microsoft Azure, il est repositionné pour gérer le traitement d'informations en provenance d'objets connectés.

[Mis à jour 04/02/16 11:45] Microsoft est en train de repositionner son offre en vue de mieux répondre à l'explosion de l'Internet des objets. "Rien que pour la France, GFK estime qu'il se vendra 2 milliards d'objets connectés d'ici 5 ans. Ce qui va représenter un potentiel de 30 objets connectés par foyer. C'est une vraie opportunité business pour nos clients et partenaires", souligne Anne-Lise Touati, directrice des offres Serveurs et Cloud au sein de Microsoft France. Le groupe entend bien ne pas manquer le coche. Depuis de nombreuses années, l'éditeur est très présent dans les logiciels embarqués. Son Windows CE historique (CE pour Embedded Compact) a connu son heure de gloire sur le terrain des distributeurs de billets ou des machines industrielles. Mais comment aujourd'hui motoriser les réseaux de capteurs, beaucoup plus nombreux mais aussi nettement plus légers, et traiter les vastes volumes de données qu'ils pourront produire ?

Une déclinaison de Windows 10 IoT taillée pour les mini capteurs

Le Microsoft Internet of Things Pack for Raspberry Pi 2 a été créé par Microsoft en collaboration avec Adafruit. © Adafruit

C'est là où le couple Windows 10, version IoT Core, et Microsoft Azure entre en jeu. Le tout nouveau Windows IoT (nom de code : Athens), actuellement en bêta, fait l'objet de trois déclinaisons : la première pour les machines-outils industrielles, la deuxième pour les terminaux mobiles ou portables, et la troisième pour ce que Microsoft appelle les petits appareils. C'est cette dernière déclinaison qui va pouvoir adresser le futur vaste monde des mini-objets. "Notre objectif est de proposer une solution qui puisse adresser tous les types d'objets, des plus petits au plus grands", commente Anne-Lise Touati.

Avec ce Windows 10 IoT Core, l'éditeur livre une série de SDK qui s'intègrent à son environnement de développement Visual Studio 2015 déjà bien connu des développeurs Windows. D'ailleurs, force est de constater que Windows 10 IoT Core prend en charge, aussi, l'Universal Windows Platform ce qui le rend, aussi, éligible au support des applications universelles de Windows 10. En janvier 2016, Microsoft a livré une nouvelle bêta de l'OS (Build 10586.63). Elle optimise la stabilité du système (notamment SSH), et améliore le Windows Device Portal (voir le post officiel de cette annonce).

Et Azure pour piloter les objets Windows, Android et iOS

En aval, côté traitement de données issues des objets, Microsoft met en avant son cloud Azure. "Avec la suite Azure IoT, nous avons regroupé un certain nombre de services Azure en vue de couvrir toute la chaine de gestion des données IoT", poursuit Anne-Lise Touati. Lancée en version finale en septembre, Azure IoT Suite couvre l'intégration des données sur Azure jusqu'à la génération d'indicateurs, en passant par la gestion et la mise à jour des objets (via un service issu du rachat du français Capptain), sans oublier la maintenance prédictive de ces derniers. Et Anne-Lise Touati d'ajouter : "l'un des grands intérêts d'Azure est d'être agnostique en termes d'OS clients." Le cloud de Microsoft offre en effet la possibilité de gérer le backend d'applications iOS... ou Android - qui, rappelons-le, fait lui aussi l'objet d'une déclinaison pour l'IoT (nom de code : Brillo).

En vue de garantir la compatibilités d'un maximum d'objets connectés possible avec Azure IoT Suite, Microsoft a lancé fin 2015 une certification :  Microsoft Azure Certified for IoT. Une 30e de constructeurs ont déjà rejoint ce programme - parmi lesquels Dell, HPE, Advantech, Arduino, Freescale, Intel, Raspberry Pi, Samsung ou encore Texas Instruments.

 

Services Azure

Commentaire
Les services proposés dans l'Azure IoT Suite
IoT Hub (disponible en version finale) Service pour gérer les connexions entre les actifs IoT et les ressources cloud chargées dans traiter les données sur Azure. IoT Hub est aussi conçu pour les provisionner, les administrer et les monitorer.
Concentrateur de notification Service d'envoi de notifications en mode push pouvant être appliqué aux objets connectés
Machine Learning Service utilisable pour générer des indicateurs de maintenance prédictive
PowerBI Service SaaS de Business Intelligence pouvant être utilisé pour générer des indicateurs à partir de flux de données IoT
Stream Analytics Service de traitement de flux de données en temps réel (intégration et/ou corrélation de flux…)

Déjà des références clients

Capitalisant sur son expérience dans l'embarqué, Microsoft revendique déjà plusieurs références sur le terrain de l'Internet des objets. Parmi ces références, l'Allemand ThyssenKrupp Elevator fédère sur Azure des données en provenance de ses ascenseurs, et utilise le cloud de Microsoft pour générer en temps réel des indicateurs de détection et d'aide à la résolution de panne (lire le post de Microsoft sur le sujet). Le Métro de Londres a aussi recours à Microsoft Azure pour superviser ses actifs ferroviaires, et remonter et analyser des données de milliers périphériques et capteurs.

Schneider Electric adosse son service SaaS de pilotage de bâtiment sur le cloud de Microsoft. Il permet de piloter la consommation électrique, l'éclairage, le chauffage et la climatisation et les systèmes incendie. © Capture JDN

En France, la référence de Microsoft la plus connue n'est autre que Schneider Electric. Le groupe a recours à Azure pour opérer les services de pilotage de l'énergie qu'il met à disposition de ses clients (lire l'article : Comment Schneider Electric passe à l'ère des objets connectés). "En s'adossant à Azure, Exakis met en œuvre pour le Grand Lyon un projet de gestion de la qualité de l'air", ajoute Anne-Lise Touati.

En matière de retours d'expérience, Microsoft est ainsi plutôt bien placé, du moins sur le volet cloud. Sur ce terrain des services cloud orientés IoT, beaucoup de ses grands concurrents n'affichent pour l'heure aucune référence, Google par exemple. Il faut préciser aussi que l'éditeur américain propose une grille tarifaire adaptée à ce type de projet, reposant à la fois sur le nombre d'objets à gérer (l'unité d'œuvre) et le volume de données à traiter.

Ce qu'il manque à Microsoft

Même s'il est sans doute le seul à proposer actuellement une offre d'IoT de bout en bout (de l'OS au traitement des données), Microsoft n'en affiche pas moins encore certaines lacunes. En la matière, l'éditeur pourrait d'ailleurs s'inspirer de ses concurrents. Lors de son évènement re:Invent début octobre, Amazon Web Services a, notamment, annoncé avoir conclu des accords avec une myriade de fabricants de semiconducteurs (Broadcom, Intel, Qualcomm...) dans le but de supporter des capteurs basés sur leur technologie. Il est clair qu'une telle stratégie, spécifique aux besoins de l'IoT, pourrait bénéficier à Microsoft.

Vers l'intégration d'une base NoSQL orientée IoT ?

Du côté d'Azure, des lacunes existent aussi. Car si le PaaS de Microsoft offre déjà des services de base NoSQL orientés documents ou clé/valeur (avec DocumentDB, HBase et HDInsight), il ne dispose pas encore d'une base NoSQL pour traiter les time series : ces flux de données, spécifiques au monde de l'IoT - qui se caractérisent par de très gros volumes de micro-données en écriture (en provenance des capteurs), et des besoins en lecture relativement peu importants (centrés sur la génération d'indicateurs consolidés). Face à ce besoin, Microsoft pourrait être tenté d'intégrer une technologie tierce qui a déjà fait ses preuves - comme Riak par exemple. 

Cap sur la création d'un nouvel écosystème de partenaires

Microsoft sait que la réussite de son offensive dans l'IoT dépendra grandement de sa capacité à se doter d'un écosystème de partenaires. Côté Windows 10, le groupe est parvenu à convaincre quelques constructeurs d'intégrer son OS à leur offre d'IoT. Il a notamment conclu un accord avec un spécialiste du domaine : Adafruit. Son objet ? L'intégration de Windows 10 IoT Core à une micro-infrastructure Raspberry Pi 2 enrichie de capteurs d'humidité et de température (voir sur  le site d'Adafruit). Lors du CES 2016, un partenariat a aussi été annoncé avec Samsung. Dans le cadre de cet accord, le groupe sud-coréen a bien indiqué plancher sur des objets connectés basés sur Windows 10, mais sans plus de détails sur le type d'offres ciblées.

Dans un tout autre domaine de l'IoT, Microsoft devra aussi sans doute se rapprocher d'un ou plusieurs opérateurs de réseaux d'IoT. Ce qu'a déjà fait OVH avec son compatriote Sigfox pour sa propre offre de cloud orientée IoT. L'objectif : sécuriser les flux en provenance des objets. Mais en France, Microsoft sera peut-être tenté de se rapprocher, également, d'Orange et Bouygues Telecom qui ont tous deux annoncés le lancement de réseaux centrés sur l'IoT, basés sur le standard LoRa. "Il est clair que nous allons annoncer des partenariats dans les mois qui viennent dans l'Internet des objets. La stratégie d'écosystème fait partie de notre ADN, y compris dans l'Hexagone. Au sein de Microsoft France, nous avons d'ailleurs une organisation dédiée à l'identification d'ISV et de start-up locales susceptibles d'apporter une valeur ajoutée à l'offre Microsoft", commente Anne-Lise Touati. Et quand on lui parle de l'IoT Valley française (située à proximité de Toulouse), Anne-Lise Touati répond avoir pleine conscience du potentiel de la France sur ce terrain...

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