Comment se positionnent les géants IT face au phénomène Slack ?

Connaissant une croissance exponentielle, Slack est devenu incontournable. Comment Salesforce, Microsoft, Oracle ou SAP se positionnent-ils vis-à-vis de cet outil de collaboration ? Le point.

3 millions, c'est le nombre d'individus sur la planète qui utilisent Slack tous les jours. C'est trois fois plus qu'il y a un an. Cet outil de collaboration en temps réel, qui reprend les codes de Twitter et Facebook, ne séduit pas que les start-up. 77% des plus grandes entreprises américaines du Fortune 100 auraient recours à ses services. La Nasa fait aussi appel à cet éditeur américain valorisé 3,8 milliards de dollars.

Non seulement Slack affole les compteurs mais son application ne se contente pas d'être un chat qui permet d'échanger et de partager du contenu entre collègues. Elle monte dans la chaîne de valeur. En centralisant tous les flux d'activités, elle entend devenir le centre névralgique de l'entreprise. C'est-à-dire, l'application que l'on ne ferme jamais. Pour cela, Slack propose, sur sa place de marché, quelque 160 extensions vers des solutions tierces comme Zendesk, Google Hangouts, GitHub ou Trello. Et ce n'est qu'un début. Dans une interview donnée à Bloomberg, Avril Underwood, le vice-président de la start-up, a indiqué que Slack allait devenir le point d'accès à "des centaines d'applications", du support client aux ressources humaines.

Les géants IT ne peuvent plus se permettre d'ignorer Slack

Manager chez Magellan Consulting, Pierre Jacob voit Slack devenir "un portail employé où les collaborateurs se verraient assigner des tâches au fil de la journée". Ce qui suppose que Slack aille piocher l'information dans les CRM et autres ERP. La plateforme pourrait aussi réussir la jointure entre le conversationnel – son cœur de métier - et la remontée d'information par les bots.

Intégrer Slack pour mieux le contourner ?

Cette stratégie tous azimuts de Slack oblige les grands acteurs de l'IT à se positionner par rapport à lui. Doivent-ils s'intégrer à l'écosystème Slack pour mieux le contourner ou lui interdire l'accès aux données ? Pour Pierre Jacob, ils ont tout intérêt à s'ouvrir. "Et autant qu'ils le fassent à leur façon puisqu'il existe des possibilités de contournement avec des acteurs de l'automatisation comme IFTTT et Zapier", souligne le consultant. Zapier offre effectivement des passerelles pour notamment Exchange, Microsoft Dynamics et Salesforce.

Microsoft a intégré Skype à Slack. De quoi permettre aux utilisateurs du chat de Slack de rapidement lancer ou rejoindre une conversation vidéo sur le célèbre outil conférence web de Microsoft. © Capture JDN

Le consultant distingue toutefois deux grandes familles en fonction du positionnement avec "d'un côté, Microsoft et Google qui adressent à la fois le grand public et le BtoB, et de l'autre, Oracle et SAP qui ont une approche purement centrée sur l'entreprise". Les premiers étant beaucoup plus prompts à s'ouvrir. Google a ainsi rapidement interconnecté Google Drive ou Hangouts à Slack.

Google et Microsoft commencent à connecter certains produits à Slack

Microsoft offre aussi des connections à Slack depuis ses produits grand public, notamment au sein du gestionnaire de tâches Wunderlist. La stratégie est moins tranchée du côté de ses solutions professionnelles. Sur ce second terrain, Slack peut se retrouver en concurrence avec certains de ses outils comme Skype for Business, Yammer ou Delve. Selon TechCrunch, Microsoft aurait d'ailleurs sérieusement pensé à racheter Slack (la somme de 8 milliards de dollars aurait été évoquée en interne, plus de six fois le montant déboursé pour acquérir Yammer).

IFTTT, Zapier et les bots pour créer du lien

Toutefois, la stratégie d'ouverture initiée par Satya Nadella, patron de Microsoft, profite à Slack. Lors de sa conférence Build 2016, la firme de Redmond a multiplié les annonces dans ce sens. Il a présenté Flow, une alternative à IFTTT qui permet de faire interagir Office 365 avec Slack en automatisant des tâches selon des scenarii prédéfinis. Microsoft a aussi lancé un Bot Framework qui permet aux développeurs de concevoir leurs propres bots fonctionnant dans Skype ou Slack. Dans l'esprit de Microsoft, il s'agit de lutter contre Slack en utilisant la même arme que lui. C'est-à-dire multiplier les connecteurs.

Salesforce ne propose pas de connecteur Slack

Salesforce, lui, ne propose pas de connecteur avec Slack mais c'était sans compter sur Birdly, un bot de la start-up française du même nom. Il va automatiquement agréger dans Slack les données de la solution de CRM de Salesforce, mais aussi celles issues des outils de Zendesk (support client), Stripe (paiement) et Intercom (communication unifiée). Objectif : offrir une vision à 360 du client.

Birdly, un bot de la start-up française du même nom, est dessiné pour agréger dans Slack des données tierces, par exemple en provenance du CRM de Salesforce. © Capture JDN

Oracle et SAP à la quête d'une couche sociale

"Pour Oracle ou SAP, la donne est différente", note Pierre Jacob. "Ces deux éditeurs ont la volonté d'apporter une couche sociale afin de faciliter le pilotage des processus métiers proposés par leurs solutions." Et chacun a son outil de collaboration social : Jam du côté de SAP, Beehive du côté d'Oracle. Les deux outils permettent d'échanger par messagerie interne, de créer des groupes, etc.

Grâce à ce type de solution, ces acteurs ont la volonté de proposer à leurs clients toute la palette des fonctionnalités collaboratives. Ont-ils intérêt à faire entrer le loup Slack dans la bergerie ? Quel que soit leur souhait, là encore des contournements sont possibles. Zapier ou Cloudpipes proposent de connecter une base données Oracle à Slack. Pour Pierre Jacob, de nouveaux modèles sont surtout à inventer. Demain, les Oracle, SAP et Salesforce pourraient, par exemple, monétiser la mise à disposition de "leurs" données dans des environnements de type Slack.

Comme Oracle, SAP propose sa propre solution de collaboration sociale (avec Jam). © Capture JDN

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