Workday veut faire rentrer les DRH dans l'ère numérique

En un plus de dix ans, l'éditeur s'est imposé comme le Salesforce de la gestion RH. Sa solution SaaS séduit un nombre croissant d'entreprises, dont Sanofi et Airbus en France.

Workday n'a pas la notoriété d'un Salesforce. Comme lui, il a réussi en un plus de dix ans à devenir un pure player du cloud incontournable. A la différence de son grand frère, il ne se positionne pas sur le CRM, mais sur la gestion des ressources humaines. Selon le dernier classement de Synergy Research, il figure dans le top 10 des acteurs du SaaS en termes de chiffre d'affaires, aux côtés de poids lourds comme Microsoft, IBM, Oracle ou SAP. Depuis cette année, Workday fait partie du cercle fermé des sociétés ayant dépassé le milliard de dollars de chiffre d'affaires - 1,16 milliard exactement. Un chiffre en hausse de 48% sur un an même si la société américaine continue à perdre de l'argent en raison de ses importants investissements en R&D.

Une application SaaS tirant parti de l'in-memory

Workday a investi le créneau des ressources humaines et, depuis 2007, celui de la gestion financière. Un choix pas étonnant au regard des pédigrées de ses fondateurs. David Duffield, dont la fortune personnelle s'élève à 6,8 milliards de dollars selon Forbes, est l'un des deux créateurs de PeopleSoft. Deux mois après le rachat de sa société par Oracle, il lançait, en compagnie d'Aneel Bhusri, un ancien dirigeant de PeopleSoft, un concurrent direct de ce dernier.

L'objectif de Workday : renouveler le SIRH 

Les deux hommes sont repartis d'une feuille blanche pour concevoir un SIRH 100% cloud en tirant partie des innovations apparues à cette époque comme la technologie in-memory et le développement orienté objet. Ils souhaitaient aussi offrir une expérience client "disruptive" en reprenant les standards du web imposés par Google ou Facebook et, ce, quel que soit le terminal.

Objectif : donner un coup de vieux aux grandes applications de gestion conçues dans les années 80. Au premier rang desquelles figurent SAP et Oracle, ses deux principaux concurrents. "Il s'agissait de proposer une application aussi ergonomique, intuitive et facile d'accès que ceux que les professionnels utilisent dans la vie privée", complète Thierry Mathoulin, directeur France de Workday.

L'application de gestion de la paie de Workday a été déclinée pour la France. © Workday

Après la gestion de la paie, la formation

Au fil des années, le portfolio de Workday s'est enrichi. A sa solution de gestion RH (Workday Human Capital Management) qui comprend la gestion des talents, la gestion des rémunérations ou le planning des ressources s'est ajouté un module dédié au recrutement (Workday Recruiting). En mars dernier, Workday annonçait la version française de son outil de gestion de la paie (Workday Payroll for France). Ce module a été développé par une équipe française pour prendre en compte les spécificités de notre pays comme les cotisations de retraite, les paiements Sepa ou la déclaration sociale nominative (DSN).

Workday s'apprête à lancer en France son système de gestion de la formation

D'ici fin septembre, Workday lancera en France son système de gestion de la formation (Workday Learning). L'éditeur a tiré les leçons de l'échec de l'e-learning brut où l'apprenant se retrouve seul devant son écran avec une formation qu'il n'a pas toujours choisie. "Il s'agit là d'impliquer le salarié en lui proposant un parcours individualisé mais aussi de favoriser l'apprentissage collaboratif. Un employé pourra partager, par exemple, un tutoriel vidéo avec ses collègues", explique-t-on chez Workday.

Sur le volet gestion financière, la solution Workday Financial Management qui couvre, entre autres, la gestion de la trésorerie et des immobilisations, le reporting financier, la facturation des projets, la gestion des notes frais, des achats et des stocks, va prochainement se doter du module Planning pour la préparation budgétaire.

Via des connecteurs, Workday peut aussi s'interfacer à d'autres solutions comme Salesforce ou encore ADP - qui est à la fois concurrent et partenaire sur la gestion de la paie. Pour l'Europe, les solutions sont hébergées dans des data centers basés en Irlande et aux Pays-Bas.

Workday intègre un module d'analyse prédictive. Sur la base d'un historique des données RH, il permet d'identifier le meilleur candidat pour un poste, mais aussi de détecter de possibles démissions et de suggérer des actions correctives (augmentation, promotion...). © Capture Workday

Le marché français en forte accélération

Workday revendique plus de 1 100 clients dans tous secteurs d'activité, de la PME au grand compte. Parmi ses références, on trouve un grand nombre d'entreprises du web - Tripadvisor, Netflix… - mais aussi des acteurs institutionnels comme Unilever ou Bank of America. En France où il est implanté depuis 3 ans et demi, l'éditeur a accroché à son tableau de chasse Airbus, Sanofi, Kering, Randstadt et Unibail pour la gestion RH, et BlaBlaCar pour la gestion financière. Pour l'intégration, l'éditeur s'appuie sur un réseau de partenaires - parmi lesquels HP, Capgemini, Deloitte, Accenture PwC, KPMG, IBM, mais aussi EverBe (un spécialiste de son offre).

En France, Airbus et Sanofi utilisent les applications de Workday

Depuis 18 mois, Thierry Mathoulin note "une accélération spectaculaire" des projets sur le marché hexagonal. Il met cela sur le compte des plans de transformation numérique qui se sont multipliés. Longtemps parents pauvres de l'informatique, les DRH ont l'occasion avec ce type de solutions SaaS de rattraper leur retard voire de faire figure d'innovateurs. Le choix se fait souvent au moment de remplacer les licences on-premise des grands ERP. "Nos concurrents ont des stratégies de protection de leur base installée. Ils proposent des modules de niche, des rustines. Cela ne coûte pas cher mais cela ne permet pas d'évoluer, de créer de la valeur", tacle Thierry Mathoulin.

Dans son dernier quadrant magique consacré aux solutions HCM (pour Human Capital Management) en mode SaaS, le Gartner place Workday en position de leader, aux côtés de SAP et Oracle. Le cabinet d'études loue son modèle cloud en mode natif et le taux de satisfaction client. En revanche, des entreprises peuvent être réticentes à payer pour une solution RH globale (core RH) et non pour des fonctionnalités prises indépendamment, pondère le cabinet.

Dans son dernier quadrant magique consacré aux solutions de gestion RH en mode SaaS, le Gartner place Workday en position de leader. © Gartner

En termes de R&D, Workday mise sur l'analyse prédictive. L'éditeur a déjà développé une série de fonctionnalités de recommandation et d'aide à la décision baptisées "Insight". Sur la base d'un historique des données RH, le système permet d'identifier le meilleur candidat pour un poste, de proposer des évolutions de carrière mais aussi de détecter de possibles démissions et de suggérer des actions correctives (augmentation, promotion...) pour retenir les hauts potentiels. L'analyse prédictive s'applique aussi la gestion financière comme, par exemple, pour anticiper des défauts de paiement chez les clients. Cet été, Workday s'est renforcé dans ce domaine en rachetant Plafora, une start-up spécialisée dans le big data et l'analyse in-memory.

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