Test du Microsoft HoloLens : un casque d'abord à destination BtoB

Les particularités du casque de Microsoft lui permettront-ils de convaincre le marché BtoB qu'il adresse ? Nous l'avons essayé pour se faire une idée.

Bon nombre de ténors de l'informatique misent sur l'essor de la réalité augmentée ou virtuelle en se lançant dans la commercialisation de casques ou de lunettes. Avec HoloLens, Microsoft a adopté une approche singulière pour aborder ce marché. Son casque est en effet un ordinateur autonome : il n'a donc pas besoin d'être branché à un PC pour fonctionner, ni même de câble. Et, Microsoft y tient, son casque ne plonge pas son utilisateur dans une réalité augmentée, ou une réalité virtuelle, mais dans une "réalité mixte". Concrètement, cela veut dire que les éléments virtuels vont pouvoir tenir compte des éléments réels : un dinosaure virtuel peut ainsi être posé sur un canapé – nous l'avons d'ailleurs fait. Et c'est bien sur le canapé qu'il est posé, pas en surimpression, ou à côté, mais bien dessus. Ce n'est pas un détail insignifiant, car cela débloque des scénarios d'usage intéressants.

Autre particularité : le casque de Microsoft ne nécessite pas de manette. Les mains sont libres, et peuvent continuer à manipuler la "réalité mixte", que ce soit des hologrammes ou des objets bien réels. Enfin, dernière particularité de HoloLens : son marché, résolument B2B. Du moins pour le moment, car la prochaine mise à jour "Creators" de Windows 10 devrait élargir sa cible au B2C.

Des explications ont accompagné le test. © JDN

Depuis le mois dernier, les précommandes sont lancées, exclusivement depuis le site de Microsoft, avec des livraisons attendues pour la fin du mois. Alors qu'HoloLens arrive en France, que vaut ce casque ? Arrive-t-il à prouver sa pertinence face à la concurrence ? Nous avons pu l'essayer pendant une heure, en compagnie de Microsofties. 

Premières impressions

La première chose qui frappe lorsqu'on prend l'objet est son poids : 575 grammes. C'est comme une tablette, et vraiment plus léger que ce que l'on imaginait. Lorsqu'on sait tout ce qu'il y a dedans (un ordinateur, des caméras...) difficile de ne pas y voir un bijou technologique. Vient ensuite une petite appréhension : les lunettes de vue que l'on porte, comme tant d'autres, sont-elles "compatibles" avec le casque ? Pas de problème, il est possible de garder ses montures, le casque vient se poser sur notre tête en laissant l'espace suffisant. Ensuite, quelques ajustements sont nécessaires pour caler le tout. Une bonne minute est consacrée à la calibration du casque, qui doit s'adapter à notre vue. Il faut plusieurs fois lever son doigt et le placer là où le système l'indique, puis les manipulations d'objets virtuels peuvent commencer. Pour une deuxième utilisation, cela n'a pas besoin d'être aussi long, nous a assuré Microsoft.

Autre surprise, agréable : le champ de vision dans lequel peuvent apparaître les hologrammes. Nous nous attendions à un tout petit carré, mais il couvre une bonne partie du champs de vision. Enfin, le casque n'a pas d'écouteur, mais diffuse un son spatialisé de manière agréable, que nos voisins juraient ne pas entendre.

Il est tout à fait possible de garder ses lunettes avec Hololens. © JDN

Globalement, il aura fallu une quinzaine de minutes pour bien prendre en main l'objet, pour se sentir bien avec, pour bien "cliquer", en baissant puis levant son index, et pour bien sortir d'une app en faisant "fleurir" son poing. A noter que ces commandes peuvent aussi être faites par la voix (en anglais). Aucun mal de tête, ou vertige lié à l'immersion : "c'est normal, parce que l'utilisateur voit encore le monde réel qui l'entoure", nous a expliqué Benoit Le Pichon, enthousiaste évangéliste technique pour Microsoft.

C'est vrai qu'il y a des scintillements, des flous, des lumières naturelles mal gérées, et que les hologrammes n'interagissent pas toujours au millimètre près avec la réalité. Et, s'ils sont trop gros et trop proches, ces hologrammes sont parfois coupés par un champ de vision trop restreint pour les faire apparaître en entier. Mais franchement, l'expérience est globalement agréable : la somme de calcul réalisée par ce casque si léger est d'autant plus impressionnante que l'univers mixte se déroule de manière fluide. Les hologrammes sont de plus très bien définis, grâce à une haute résolution. Dans ce contexte exigeant, Microsoft annonce une autonomie de 2 bonnes heures, voire 2h30.

Utilisation et potentiel : un scénario très intéressant

Un des scénarios explorés laisse imaginer des cas d'utilisation intéressants dans un cadre BtoB. Nous avons commencé par lancer un appel vidéo via Skype (qui dispose d'une app universelle fonctionnant déjà dans l'univers de HoloLens). Nous avons ensuite pu épingler au mur (réel) la fenêtre (virtuelle) de cet appel. A chaque fois que nous regardions dans sa direction, la fenêtre de Skype apparaissait, fixée, avec son interlocuteur, que nous entendions même si nous tournions la tête ailleurs. Notre interlocuteur voyait, lui, ce que nous voyions dans le casque. Il pouvait aussi pointer des objets en les entourant, ou en faisant apparaître des flèches. Il a ainsi pu nous guider dans une manipulation. En l'occurrence, c'était brancher un petit circuit imprimé, mais on l'aura compris, cela aurait pu être un ascenseur à maintenir, une voiture à dessiner ou même un site industriel à réparer.

Mise en perspectives, et questions en suspens

Reste tout de même une question : Microsoft réussira-t-il là où Google a échoué avec ses Google Glass ? Comparer les 2 produits est tentant, car Mountain View faisait miroiter des scénarios d'usage très proches. Evidemment, Microsoft propose quelque chose d'un peu différent, notamment grâce à sa "réalité mixte". Mais est-ce que cela est suffisant ? Pas sûr.

Redmond a tout de même pu tirer les leçons de l'échec de Google. C'est d'ailleurs sans doute pour cela que son casque commence par cibler le BtoB, alors que Google n'aura adressé ce marché qu'après avoir donné le sentiment d'avoir échoué sur sa première cible, le BtoC. Les entreprises ne pourront de toute façon pas vraiment mettre en concurrence les deux objets, les Google Glass étant sorties de la course, comme ne s'est pas privé de le faire valoir Microsoft lors de la démo.

Une vidéo promotionnelle de Microsoft montre que ThyssenKrupp essaye HoloLens. L'idée est d'équiper des techniciens pour améliorer et faciliter la maintenance des ascenseurs. Reste à voir si ThyssenKrupp acceptera de payer l'addition d'un déploiement à grande échelle. © Microsoft

Le prix (de 3300 à 5500 euros) jugé excessif par certains, ne dissuadera pas des entreprises qui veulent essayer le casque. Toutes ne sont pas ciblées, mais des grands acteurs de l'industrie, de l'énergie ou de l'aérospatial, pourront avoir envie de voir si les gains promis par Microsoft sont au rendez-vous, et ils ont largement le budget pour réaliser ce test. De plus, certains d'entre eux savent déjà que pour la réalité virtuelle, les investissements peuvent être autrement plus conséquents : il faut bien réaliser une reconstitution virtuelle de son usine, avec des vidéos à 360°, avant de pouvoir y projeter ses techniciens, pour qu'ils s’entraînent ou se forment de manière efficace. Reste que le ROI d'HoloLens ne sera pas toujours évident à prouver dans le cadre d'un déploiement à grande échelle. Sa plus-value unique et incontournable pourra notamment être mise en doute : après tout, un technicien peut se débrouiller presque aussi bien avec son propre smartphone…

Pour l'instant, le marché est évidemment curieux, car l'objet excite, et l'on croit volontiers Microsoft France qui nous assure que cela se bouscule au portillon pour l'essayer. Mais il faut voir combien de projets de test seront lancés par ces curieux, et surtout combien de casques seront déployés ensuite plus largement, en production. C'est l'ampleur de l'adoption qui pourra éviter de faire basculer HoloLens du côté du gadget, ou de la vitrine technologique, qui guette ce casque comme d'autres objets connectés avant lui.

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