Lionel Luquin (Ecole des Mines de Nantes) : "Les étudiants ont le sentiment qu'en SSII les parcours sont moins évolutifs"

A l'image de ses homologues généralistes, l'EMN propose un éventail d'options orientées informatique et nouvelles technologies. L'assurance des débouchés ne vient pas à bout de certaines réticences.

L'informatique est-elle un point fort de l'Ecole des Mines de Nantes ?

Depuis la création de l'EMN en 1991, nous avons eu cette volonté de positionner l'Ecole sur le terrain de l'informatique, ce qui a d'ailleurs constitué un argument de promotion important. Aujourd'hui, notre orientation est tout de même clairement bipolaire, avec d'un côté un pôle orienté IT et informatique industrielle, et de l'autre, un pôle davantage tourné vers les problématiques d'énergie et d'environnement qui focalisent aujourd'hui l'intérêt des élèves.

Si nous sommes avant tout une école d'ingénieur généraliste, nous pensons qu'il est indispensable de fournir à nos élèves un niveau suffisant en informatique pour qu'ils soient aptes à programmer, à modéliser, et à simuler des applications et systèmes.

Les élèves ont également le choix, en plus du cursus traditionnel ingénieur articulé autour des sciences et des mathématiques, entre plusieurs options d'approfondissement dont certaines à très forte connotation informatique comme Organisation en Management des Technologies de l'Information et de la Communication (OMTIC), Gestion des Systèmes Informatiques (GSI), Génie Informatique pour l'Aide à la Décision (GIAD) ou encore Gestion des Opérations de Productique et Logistique (GOPL).

"En 2007, les fonctions IT ont totalisé plus de 40% des embauches pour les jeunes diplômés"

En sortie de l'Ecole, les débouchés dans le monde IT sont-ils nombreux ?

L'Ecole est aujourd'hui identifiée pour fournir un nombre significatif d'ingénieurs dans le monde IT. Ainsi, en 2007, les fonctions en informatique et systèmes d'information ont totalisé plus de 40% des embauches pour les jeunes diplômés de l'EMN dans des activités liées au développement, à l'intégration ou encore à l'assistance à maîtrise d'ouvrage.

Parmi toutes les options, c'est d'ailleurs l'OMTI qui tire son épingle du jeu avec des flux de sortie d'étudiants et d'embauche dans le secteur des TIC plus importants. Mais il faut rester clair : en tant qu'Ecole d'ingénieur généraliste, les étudiants ne viennent pas apprendre et pratiquer l'informatique dans le même état d'esprit que ceux qui s'orientent vers les écoles spécialisées en informatique.

Par rapport aux domaines des nouvelles technologies, par nature mouvantes, les sciences donnent un sentiment fort de stabilité aux élèves. Dans le domaine de la thermo-dynamique nucléaire, les métiers apparaissent à leurs yeux plus structurants, avec des formations et des objectifs de carrière internes particulièrement attrayantes. Ce qui semble moins le cas pour le domaine IT où la vision de progression est plus restreinte avec un sentiment qu'en SSII, les parcours sont moins évolutifs.

Comment parvenir à mieux valoriser l'image de l'informatique ?

Les élèves ont dans leur tête une très mauvaise image de l'informatique, au point de s'appeler, entre eux, les autistes. On combat cet état d'esprit depuis 3/4 ans en prenant des initiatives et en faisant par exemple venir des figures et des grandes personnalités du monde informatique.

Les étudiants ont en fait du mal à discerner des exemples de carrières marquantes dans l'informatique, où les identifications de carrière sont moins fortes que dans le secteur de l'industrie par exemple. L'informatique est confrontée à un problème d'image et le fait que les patrons IT ne sont pas connus et reconnus par rapport à leurs homologues du CAC 40 leur posent un vrai problème.

Ce que l'on souhaite, c'est de travailler étroitement avec le Syntec pour connaître plus précisément les besoins de la profession. Mais un effort de pédagogie amont reste indispensable pour valoriser les opportunités de carrière de cette profession, qui peuvent être aussi enrichissantes et attrayantes que celles des secteurs du nucléaire ou de l'énergie. La profession a également un gros effort à faire sur elle-même.

 

Lionel Luquin est directeur adjoint chargé des études à l'Ecole des Mines de Nantes.

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