Investiture de B. Obama : An II de l’Internet

Beaucoup pensent que la vague dite "2.0" a fait entrer l’Internet dans une nouvelle ère. Il n’en est absolument rien, tant la notion "collaborative" et "user centric" est inscrite dans les gènes initiales de l’Internet. Par contre, avec l’investiture de B. Obama, nous avons assisté à une grande leçon de maturité et d’usabilité.

Pour la première fois, nous pouvions assister en direct à un événement majeur et avoir une expérience utilisateur supérieure à la télévision.

La partie n'était pas gagnée d'avance, quand on connaît les difficultés de ce genre d'exercice. En effet, une trop grande affluence m'est souvent à mal des infrastructures sous dimensionnées, d'ailleurs plus au niveau des plateformes de services et de la bande passante finale de l'Internaute, que de l'Internet lui même.

Ceci dit, compte tenu de la dimension de l'événement, il était légitime de craindre pour la santé des infrastructures essentielles.

Depuis plus de 20 ans, on s'essaye à transformer l'Internet en réseau de diffusion de masse, avec beaucoup de problèmes, principalement à cause de sa structure même, qui en arrive à toujours limiter les velléités des broadcasters et les assauts des spectateurs.

Si l'on trouve les plus grandes réussites en terme d'audience du coté des plateformes vidéo «off line», comme Youtube ou Apple / iTunes / AppleTV, il ne faut pas oublier pour autant un usage important qui est le «on line» ou la retransmission temps réel d'événements où les chaînes de télévision entendent jouer un rôle de premier plan.

Hier, c'était pour moi la revanche des «oubliés»  et la parfaite démonstration qu'Internet sait générer, comme il a toujours su le faire, les réponses concrètes aux problèmes qu'on lui pose. Au niveau technologique, une étape importante a été franchie et marque le vrai tournant de l'audiovisuel via Internet : rien ne sera jamais plus comme avant !

1/ Les réseaux ont tenu et ils ont bien tenu

La plupart des opérateurs américains font état d'une charge inhabituelle sur leurs réseaux, entre +50% et +200%. Le trafic provenant majoritairement (parfois à plus de 80%) d'entreprises, ce qui est normal compte tenu de l'heure de l'événement.

C'est d'ailleurs ce que l'on remarque aussi pendant les retransmissions de grands événements sportifs comme le tour de France. Les utilisateurs sont principalement sur leur lieu de travail pour regarder ces événements et ils veulent «du temps réel». L'Internet et la radio accessoirement sont alors le principal support de communication.

Le plus gros du trafic a été indubitablement généré par les flux multimédias et vidéo :

•   L'utilisation du port 8247, utilisé par la retransmission de CNN par exemple, est très instructive (cf capture jointe)

•   Mais aussi le port 1935  qui est lié à la conversation entre serveurs Macromedia ... et donc peut être aussi à la retransmission de CNN en P2P (peer to peer), mais nous y reviendrons.

En écoutant les uns et les autres, il semble que ces technologies de P2P n'aient pas détrônés la prédominance des CDN (Content Delivery Network) puisqu'Akamai, Limelight et BitGravit sont les noms qui reviennent le plus. Ceci dit, un mouvement de fond est en train de s'enclencher.

2/ Flash 10 sort du bois et avec succès.

Cela fait un moment que je répète : ce qu'ont fait Adobe / Macromedia avec leur dernière version de Flash pour la vidéo est peut-être aussi important que ce qu'ils ont fait avec la première version de Flash pour le Web...

Sont inclus dans Flash 10 des mécanismes de P2P que nous avons vus à l'oeuvre cet après midi, en particulier sur CNN.

Plus exactement, il vous fallait, pour assister à la retransmission de l'événement par CNN, la dernière version de Flash mais aussi un plugin très curieux du nom d'Octoshape. Octohape est une société... danoise, étonnant non ? Et il semble que la technologie de P2P annoncée par Adobe provienne de là.

Rappelons le, cette technique permet, en toute légalité (non, P2P ne rime pas toujours avec piratage !!) de diminuer le besoin en bande passante entre le ou les serveurs de retransmission et les internautes. Cela fonctionne simplement en rapprochant le contenu de l'Internet, comme un CDN, mais au lieu d'utiliser des ressources de sociétés classiques, c'est l'Internaute lui-même qui, en assistant à la retransmission se met alors, potentiellement, à re-émettre, lui même le flux. On connaissait ce genre de solution, on l'avait vu fonctionner, à moindre échelle, à moindre importance, avec moins de ressources.

Pour cet événement, c'était une très belle démonstration «en grand» de comment faire passer à l'échelle des solutions que d'aucun pensaient impossibles. Plus d'informations ici : http://tinyurl.com/6hlt7f

Ceci veut dire que nous allons enfin pouvoir imaginer des retransmissions de très grands événements en direct sur Internet, sans devoir en supporter des coûts parfois démesurés pour les diffuseurs. Nous nous préparons de beaux jours, mais aussi de grands moments de solitude quand les opérateurs, qui seuls participent aux investissements d'infrastructures, vont venir demander leur dû aux diffuseurs ...

3/ CNN contre France2. Vainqueur : le 2.0.

Si vous avez essayé les deux sites, vous avez pu vivre une expérience tout à fait instructive de ce que sera notre quotidien dans quelques mois.

CNN a fort intelligemment mixé des fonctionnalités communautaires de Facebook avec le brio (qualité visuelle, fluidité) de la transmission utilisant Flash 10 et un encodage de qualité.

Résultat : superbe, addictif ... plus que l'audience, ils ont capturé mon attention et c'est le principal sujet dans les mois qui viennent ...

Nous pouvions commenter ce que nous voyions, auprès de nos «amis» Facebook et cela donnait une dimension tout à fait géniale au sujet. Ce concept n'a rien de nouveau et certains équipementiers me l'ont déjà présenté il y a deux ans ... sauf que là, cela fonctionne, en vrai, MAINTENANT et pour tous, sans solution technique complexe et propriétaire !

Bref, grand bravo ... CNN a délivré ce dont beaucoup rêvait ou travaillait à rendre possible. Du côté français, malgré cette interface plutôt sympathique, nous avons eu droit à une bien pauvre transmission, utilisant Windows Media Player et de faibles fonctionnalités autour. Très 1.0 tout cela !

Il est vrai que j'avais un Mac et qu'il faut passer par un « convertisseur » (FlipForMac) pour permettre à Quicktime de lire ce format abandonné sur Apple par Microsoft. Bref, pas de tout repos et expérience utilisateur assez moyenne. Au bout de plusieurs rafraîchissements forcés, une image arrive à se former. Le son fonctionne bien, mais la vidéo est interrompue par des séquences noires régulières. Faute à qui ? Aucune idée, mais pas très bon pour rester «accroché».

Ceci dit, le discours d'investiture a le mérite d'être traduit en français, ce qui permet de voir la vidéo sur CNN, de participer via l'intégration Facebook et d'écouter en français sur France 2. Heureusement que nous avons de gros processeurs...

Mais manque de chance pour la monétisation, France2 ne m'a pas «capté», j'étais bel et bien attentif à CNN car l'expérience «visuelle» est bien plus captivante et riche que le son seul. Mais ce n'était pas bien grave car il n'y a plus de «monétisation» / publicitaire sur France 2 ou du moins ce n'est plus un sujet, il paraît :-)

En tous les cas, cette investiture démontre que les solutions Internet sont entrées dans un niveau de maturité sans précédent et apte à aborder une révolution de fond qui ne va pas tarder à nous submerger : la vraie convergence entre Ordinateur / Télévision et Mobile, Texte et Vidéo, pour tous !

Vivement demain !

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