Consumérisation : buzzword ou défi technologique ?

La consumérisation, voilà un nouveau mot de l'univers IT, et tellement nouveau que votre traitement de texte ne le reconnaît pas. Reste à déterminer si cette notion est un effet de mode ou une tendance durable... et bien sûr quelles sont ses implications en matière d’informatique.

La consumérisation, voilà un nouveau leitmotiv de l'univers de l'informatique, et tellement nouveau que votre traitement de texte le considère en tant qu'erreur typographique. Reste à déterminer si cette notion est un effet de mode ou une tendance durable... et bien sûr quelles sont ses implications en matière d'informatique d'entreprise.

La consumérisation ne se résume par pour les entreprises à devoir gérer des équipements personnels apportés par les collaborateurs au bureau. Cette tendance du "Bring your own PC" révèle que l'innovation technologique touche en premier lieu nos vies personnelles avant de s'immiscer et d'être adopté dans le monde du travail. Cette migration tient à quatre raisons clés : aspirations des utilisateurs, visibilité, convivialité et flexibilité.

De grandes ambitions

Internet fait naturellement partie de nos vies quotidiennes. De 7 à 77 ans, chacun y consacre une partie de sa journée. Les services de messagerie gratuits tels qu'Excite (l'original) Hotmail et Yahoo! ont presque 20 ans aujourd'hui, tout comme les messageries instantanées. Depuis 1989, date de lancement d'AOL, les réseaux sociaux font partie de notre vie d'une façon ou d'une autre. Le boom des fournisseurs de services applicatifs (ASP) remonte à l'ère du "dot COM", tandis que les équipements informatiques ne cessent d'être plus compacts.

Depuis quelques années, les jeunes diplômés ont grandi dans un monde interconnecté leur permettant d'être toujours en contact, tandis que leurs vies ont évolué autour de tous ces outils. S'attendre à ce qu'une nouvelle recrue travaille aujourd'hui sans accès au Web 2.0 revient à lui demander de travailler sans accès à des moyens de communication de base comme le téléphone ou l'e-mail. D'ailleurs, pour nombre d'entre nous, nous pourrions plus facilement travailler sans ces deux derniers outils plutôt que sans Internet.


Pourquoi la consumérisation aujourd'hui ?

Tout est question de visibilité, de convivialité et de flexibilité. Historiquement, l'évolution des offres, leur attractivité et leur déploiement à plus large échelle relevaient d'une question de coût. Qu'il s'agisse d'écouteurs, de tablettes multimédia ou de renchérissement de la bande passante, le coût a toujours été un frein. Dans le passé, la décision d'acheter une technologie et d'en contrôler l'utilisation était donc du ressort des entreprises.

Les innovations technologiques récentes ont changé la donne. Le coût d'accès au haut-débit et à la 3G a chuté, et les offres illimitées sont dorénavant la norme. L'avènement de l'iPhone a transformé l'achat d'un produit en un "Coup de Cœur" du grand public et le succès de l'Androïd a renforcé cette évolution. Le succès de l'iPad a relégué le PC portable à l'équivalent d'un PC fixe. Les services "in-the Cloud" tels que Twitter, Facebook, Google Apps, Amazon Web Services, et le nouvel iCloud d'Apple ont porté les frontières des plates-formes collaboratives hors du périmètre de l'entreprise, et mis l'utilisateur en position de contrôle.

Nous exigeons de notre environnement de travail qu'il soit disponible à la demande et accessible en tout lieu et quel que soit le matériel informatique utilisé. Les services de partage de fichiers, la disponibilité des serveurs virtuels, les réseaux sociaux, les blogs, les wikis, les hotspots publics de connexion, l'Internet mobile à prix réduit, les équipements informatiques haute-performance, tout montre que la frontière entre environnements externe et interne d'une entreprise s'estompe.  D'ailleurs, en associant ces différents services grand public, il est possible d'être présent au sein de son entreprise, et de disposer de toutes les informations et applications nécessaires à un travail efficace... sans jamais avoir à se connecter au réseau corporate !

Quelle visibilité pour l'entreprise ?
L'entreprise peut-elle gérer la connexion d'un collaborateur à ses e-mails via une clé 3G ou une interface Web, son utilisation d'un service grand public de partage pour synchroniser ses fichiers, sa mobilité qui est de plus en plus importante, ou encore sa connexion aux réseaux sociaux pour des raisons professionnelles ?

À vrai dire, une stratégie de consumérisation pertinente nécessite d'établir des règles pour gérer toutes les connexions externes au réseau de l'entreprise, via des liens publics 3G par exemple. Remédier temporairement à ces besoins ne suffit plus. Il devient critique de savoir différencier à distance les contenus personnels et professionnels sur les équipements personnels des collaborateurs, pour que ces derniers n'outrepassent pas leurs limites. Il devient également essentiel de comprendre que la consumérisation ne se résume pas aux équipements que les collaborateurs ont choisi d'utiliser. L'accès à l'information et aux services de l'entreprise en interne ou en externe doit être totalement repensé !

Il est important que les entreprises se rendent compte de la réalité de la consumérisation et qu'elles s'engagent à adapter leurs pratiques et règles de sécurité. Comme le souligne une étude menée par l'Economist Intelligence Unit, et sponsorisée par Trend Micro en 2009 : "Pour assurer une plus grande liberté technologique sans porter dommage à l'entreprise, il s'agit de miser sur plus de formation et de prévention... Les entreprises qui s'attacheront à relever ce défi tôt seront celles qui tireront le plus rapidement avantage de cette nouvelle approche démocratique en matière de choix technologique".

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