Le Cloud privé a-t-il encore un avenir ?

Une analyse pragmatique du Cloud privé ainsi qu'une projection de l'avenir de ce qui se profile dans la vision du cloud public. L’hébergement au sens "classique" du terme devrait être revisité par les acteurs actuels dans la vision de cette rupture technologique.

Le Cloud Privé vit-il ses dernières semaines ? Cette attaque provocatrice fait évidemment la part belle aux religieux de la vision du Cloud Public, dont je suis. Mais je pense néanmoins qu’il est important, dans cette mutation informatique forte autour du Cloud, de se poser les bonnes questions.

Le Cloud Public, une évidence

Dans l’absolu, si l’on doit consommer les infrastructures informatiques et les logiciels associés de la même manière que l’on consomme l’électricité, je ne vois pas la place du Cloud privé dans l’avenir. Il existe bien des expériences de production privée d’électricité pour certains cas particuliers (datacenters, centre industriels sécurisés, sites sensibles...) mais ce n’est pas la loi du genre. Ce sera exactement pareil dans le Cloud.
Après Amazon et Azure, qui ont fait leurs preuves, et quand les CloudWatt, Numergy et autres
Cloud Publics français seront matures, nous pourrons concevoir des architectures où tant les
infrastructures que les logiciels seront en mode usage Cloud, tout comme le sont aujourd’hui l’eau et l’électricité.

On peut imaginer l’entreprise de demain fonctionnant entièrement sur la location de ses ressources, les logiciels de sa chaîne de valeur informatique et de production. D’ailleurs, l’enjeu des smartphones et tablettes démontrent bien que nous pouvons avoir des applications et infrastructures entièrement en mode Cloud.
Les API des opérateurs d’infrastructures des uns fonctionneront avec les API des logiciels des autres, et cela donnera lieu à des jeux d’interconnexions de données entièrement « offshorisées ». Nombre de professionnels de l’informatique feront évoluer leurs modèles économiques vers du conseil, optimisation et production autour de ces opérateurs.

Le Cloud Public en version privée

J’irais jusqu’à imaginer une notion de Cloud privé virtuel sécurisé, ce qu’on appelle hébergé aujourd’hui mais qui très réducteur à ce qui va être conçu dans les prochaines années. Cela pourra alors prendre la forme d’une instance sur un Amazon privé ou un Cloudwatt privé, dans les logiques de sécurisation physique et logique sont différentes, mais bénéficiant des mêmes datacenters et de la même formule d’usage économique que le Cloud public.
Ainsi, il devient difficile de trouver un intérêt réel sur le long terme à faire un Cloud privé avec ses propres serveurs ou à la « Dedicated Hosting » des hébergeurs actuels. Les hébergeurs et opérateurs de demain seront nativement publics car le « Managed Hosting », le « Dedicated Hosting » et tous les produits actuels n’auront en effet plus de fondamentaux économiques ou applicatifs.
Le Cloud Privé n’a-t-il donc plus d’avenir ? Certes, si cette vision puriste l’est aujourd’hui pour grand nombre d’entreprises innovantes qui fonctionnent entièrement sur Amazon Web Services, la rupture ne peut être que progressive pour les entreprises fonctionnant plus classiquement avec un parc existant d’infrastructures et d’applications.

Le Cloud Privé, facilitateur de transition

Cette transition sera mixte. Le Cloud privé aura à cette étape un rôle de facilitateur d’implémentation, de test et développement et, bien sur, de transition inévitable vers le Cloud Public. Ce Cloud privé de transition doit être dans les mêmes logiques du Cloud public :
• Un paiement à l’usage (et non comme le présentent la majorité des hébergeurs sous l’étiquette d’un service de location de logiciels de virtualisation avec des serveurs dédiés).
• Une combinaison de technologies de l’Open Source et de services propriétaires. Il est vrai qu’à part Amazon Web Services, aucun opérateur ne peut se prévaloir d’une technologie Open Source qui a fait toutes ses preuves dans l’orchestration industrielle des ressources tel que ce fournisseur l’a fait.
• De l’élasticité vers d’autres Clouds Publics.
• Le choix d’un logiciel qui permettrait de migrer rapidement d’environnement Cloud public associés et assurer la réversibilité le cas échéant.

Et parce que la DSI de demain doit être la «garante » auprès des directions métiers,-tout comme un opérateur l’est aujourd’hui- de la dérivabilité, de la sécurisation et de toutes autres exigences autour des applications, le Cloud Privé aura pleinement un rôle à jouer.
Il permet à la DSI de pouvoir exercer pleinement son métier et de mettre en évidence tous les sujets relatifs à l’administration, la facturation, l’élasticité, l’intéraction entre les différentes applications métiers, d’abord hébergées sur un Cloud Privé avant de migrer vers des instances privées proposés par les opérateurs de Cloud.

En conclusion, et même pour un puriste du Cloud comme je le suis, je pense que le Cloud privé a effectivement de l’avenir.
C’est l’un des meilleurs outils pour architecturer et implémenter au mieux les applications et infrastructures de demain qui migreront vers les Cloud Publics.

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