Pourquoi Workplace by Facebook ne doit pas être comparé à Slack

Alors que Workplace by Facebook s'apprête à être lancé, la déclinaison professionnelle du célèbre réseau social est souvent présentée comme un concurrent de Slack. A tort. Explications par deux experts qui ont utilisé les deux.

On pourra dire que Workplace by Facebook s'est fait désirer. En bêta privée depuis janvier 2015, la déclinaison professionnelle du célèbre réseau social devrait être lancée officiellement ce 10 octobre. Cette longue période d'attente a donné lieu à nombre de spéculations. Comme il faut toujours comparer un nouvel outil à ceux existants, le rapprochement a naturellement été fait avec celui qui connaît le plus succès. A savoir Slack. Outil de collaboration en temps réel, Slack a vu le nombre de ses utilisateurs multiplié par trois en un an pour franchir le cap des 3 millions de membres en mai dernier.

Bastien Le Lann est responsable du pôle analyse et création du cabinet Lecko - qui utilise à la fois Facebook et Work et Slack en interne. © Lecko

Si l'interface graphique de Slack reprend les codes et les gimmicks de Twitter et Facebook, le positionnement n'est pas le même. Plus que concurrents, Workplace by Facebook et Slack seraient plutôt complémentaires. Pour Bastien Le Lann, responsable du pôle analyse et création du cabinet de conseil Lecko qui utilise les deux en interne, "Slack est d'abord un outil de productivité et de coordination d'équipe basé sur le conversationnel. Workplace by Facebook vise, lui, à fluidifier la communication interne en informant sur un événement, un contrat remporté comme on peut le faire avec Google+." Et Workplace by Facebook incorporant le 'live stream', la vidéo en temps réel, la plateforme peut aussi "relayer en direct une conférence annuelle, les vœux du PDG par exemple."

Collaboration versus communication

Manager chez Magellan Consulting, Pierre Jacob, lui aussi bêta testeur de l'outil, arrive aux mêmes conclusions. "Workplace by Facebook se présente comme un réseau social d'entreprise avec des profils plus détaillés que sur Slack. Il s'agit davantage d'un outil de communication que de collaboration même s'il propose le partage de documents", note-t-il.

Workplace by Facebook : une logique différente de Slack sur la messagerie instantanée

Les points de vue des deux experts convergent sur un autre élément concernant Workplace by Facebook : sa simplicité d'utilisation. Workplace by Facebook reprend "99 % du code" du fameux média social que nombre d'entre nous, quel que soit l'âge, utilise dans la vie privée. La prise en main est immédiate, les collaborateurs retrouvant le fil d'actualité, les modules pour gérer des événements ou des groupes. Seule la couleur dominante change – le gris foncé remplace le bleu.

Un compte différent de celui du Facebook grand public

Afin d'assurer l'étanchéité entre les sphères professionnelle et personnelle, l'utilisateur se verra attribuer un nouveau profil (qui pourra être pré-paramétré par son entreprise). Pour le reste, la transposition de l'univers Facebook dans le monde du bureau peut créer la confusion. "Dans les icônes des groupes, on trouve, par exemple, un cœur fendu", illustre Pierre Jacob. "Une annonce interne assortie d'une telle icône aura du mal à avoir une résonance professionnelle."

La version professionnelle de Facebook comprend une messagerie instantanée baptisée "Work Chat". Sorte de Facebook Messenger professionnelle, elle permet de mener des conversations, des conférences, privées ou pas, sous format texte ou vidéo, et échanger des contenus multimédias. Comme Slack, Work Chat entre-t-elle dans la famille des ChatOps ? "On reste sur de la conversation synchrone alors que Slack fait à la fois du synchrone et de l'asynchrone", compare Bastien Le Lann. Pierre Jacob s'étonne, de son côté, que Workplace by Facebook soit dissocié de son module de chat avec notamment deux applications distinctes sur mobile.

Workplace by Facebook dispose d'applications mobiles pour iOS et Android. © Capture Facebook

De l'importance des connecteurs et des bots

Autre différence de fond : la capacité à s'ouvrir d'autres environnements. Slack tire sa force du nombre de ses connecteurs à des applications tierces, concentrant tous les flux d'informations dans son interface. Dernier en date : celui dédié à Salesforce, le spécialiste du CRM en mode de SaaS. De son côté, Workplace by Facebook dans sa version bêta ne dispose d'aucun connecteur. Des annonces devraient venir pour une intégration des environnements G Suite (ex Google Apps for Work) et Office 365 (SharePoint, OneDrive…).

L'absence de connecteurs dans Workplace by Facebook s'oppose à la politique d'ouverture de Slack

Cette absence de connecteurs s'oppose à la politique d'ouverture de Slack mais aussi à la stratégie de plateforme de Microsoft autour d'Office. "Pourquoi avec Workplace by Facebook, une entreprise devrait ajouter une plateforme de plus et qui ne communique pas avec les autres ?", s'interroge Pierre Jacob. Idem pour les bots, ces bouts de code qui automatisent certaines tâches. Slack dispose d'un beau catalogue dans ce domaine, à la différence de Workplace by Facebook. Facebook qui a une politique particulièrement active sur ce sujet des bots devrait rapidement rattraper le retard.

Slack s'intègre à plus de 600 applications tierces. © Capture JDN

Workplace by Facebook deux fois moins cher que Slack ?

Enfin, les deux outils se distinguent sur leur cible d'entreprise. Pour Bastien Le Lann, Slack se destine aux équipes, de petite ou moyenne taille, mais forcément pour être utilisé à l'échelle d'une entreprise. La tarification élevée est d'ailleurs un frein à un large déploiement. A 6,67 dollars par mois et par utilisateur dans sa version standard, Slack serait deux fois plus cher que Workplace by Facebook attendu à maximum 3 dollars mensuels par utilisateur actif.

Quant à la question de la confidentialité et sécurité des données, elle se pose pour tous les éditeurs, particulièrement américains. Si Facebook n'a pas une bonne réputation en ce qui concerne le respect de la vie privée de ses membres, le géant du web ne s'est jamais fait pirater à la différence de… Slack.

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