Georges Epinette (DSI, Stime Intermarché) "L'enjeu est d'être capable de prédire et construire ce que sera la société dans 10-20 ans"

JDN Solutions. Quels sont les process mis en œuvre pour faire remonter les demandes des membres du groupement des Mousquetaires ? 

Georges Epinette. Depuis 2008, nous avons mis en place deux instances. D'abord un centre de compétences digitales à travers lequel tout besoin métier qui intègre un élément numérique, application, terminal... est instruit par nos équipes. Cette action va du conseil méthodologique et technologique jusqu'à la négociation juridique. Ensuite, un conseil stratégique numérique a été créé pour arbitrer la cohérence des demandes, et favoriser les synergies entre les enseignes. Cette structure existe depuis le mois de mai.

Nous avons déjà traité une quarantaine de demandes. Plus de cent devraient être instruites d'ici fin 2012. Toute la DOSI travaille sur ces dossiers. L'idée est de prendre en compte la globalité d'un projet numérique, dans lequel l'informatique ne représente qu'une partie.


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Pour faire remonter les besoins des membres du groupement des Mousquetaires, la Stime a mis au point une structure de gouvernance.  © Cécile Debise / JDN
Le système d'information se construit en marchant. C'est là l'une des plus grandes difficultés de mon métier. Il faut être capable de deviner les attentes avant qu'elles soient exprimées, pour essayer d'imaginer et de prévoir ce que sera le système d'information en 2015 et en 2020, et tenter d'anticiper les changements comme on l'a fait pour le cloud. Le tout sans chercher à promouvoir ces idées avant qu'elles soient explicitées par les clients !


Développez-vous des réflexions sur ce que pourrait être le supermarché de demain ?

L'enjeu consiste à prédire et construire ce que sera la société dans 10-20 ans, et les valeurs qui l'animeront. Pour ça, il y a deux façons de faire. La première est de travailler sur les évolutions sociétales et en tirer des modèles d'activité pouvant être implémentés. La seconde, qui est la nôtre, consiste à travailler sur nos propres valeurs d'entreprise, et à travers ces valeurs à définir quelles nouvelles activités nous pourrions concevoir, en tirant partie des changement IT qui peuvent se dessiner. Ces valeurs renvoient à la capacité des hommes et des femmes à se réaliser au sein de notre groupement d'entrepreneurs. Notre stratégie d'entreprise découle de ces valeurs. Elle permet de décider de business model dans lesquels le numérique pourra prendre une part plus ou moins importante, et parfois centrale. Il n'y a donc pas de stratégie numérique en soi.


"D'ici quelques années, l'enjeu ne sera sans doute plus l'Homme réparé mais l'Homme augmenté"

Il n'en reste pas moins important pour moi, au sein de la Stime et de la DOSI, de définir une ligne directrice, qui se concrétise à travers un plan stratégique du numérique dans la société, que je réactualise régulièrement. A travers lui, j'essaie de définir comment la SSII risque de se positionner par rapport à telle ou telle technologie émergente, en imaginant les conséquences. Je suis en train de travailler actuellement sur 2015 et 2020. Dans cette optique, je privilégie un point de vue à la fois propre et différenciant comme ce fut le cas pour le cloud, ou le capital immatériel sur lequel nous avons planché en 2004. Partant de là, je favorise beaucoup les tests.


Sur la base de ce travail de R&D, nous avons par exemple inventé les étiquettes électroniques de gondole dès 1984, mais c'était un peu trop tôt. Nous avons aussi été les premiers à conceptualiser la publicité sur les lieux de vente, ou encore le self-scanning avec le chariot encaisseur. La leçon que j'en retire, c'est que vous pouvez tester des applications sur le plan technologique et organisationnel, mais si vous n'impliquez pas les métiers ça ne sert à rien. Il faut donc faire en sorte de les associer, et surtout de le faire au bon moment et seulement si le concept répond à un besoin réel et exprimé Ma ligne directrice repose donc sur trois éléments : la stratégie technique en partant de l'existant informatique, la politique de l'offre, et le test.


Un parcours original comme le vôtre représente-t-il un avantage ou un inconvénient ?

On porte en soi toujours un complexe, mais ce complexe encourage à se remettre en cause. J'apprends et j'étudie en permanence mais je fuis les certifications et les diplômes. Ce qui me motive c'est d'avoir une petite longueur d'avance en m'inspirant de domaines de connaissance qui se trouvent en dehors des nouvelles technologies et du secteur de la distribution. Cette inspiration je la trouve dans la sociologie, la philosophie. Par exemple, je planche actuellement sur l'économie de la gratuité à partir des règles de Saint François d'Assise. C'est un sujet qui à première vue n'a aucun rapport avec mon travail à la Stime. Ceci dit, c'est peut-être une réflexion qui va m'amener à définir une approche originale de l'Open Source.

Autre sujet qui me passionne aussi : la société numérique. Tout le monde parle de société numérique, mais rares sont ceux qui évoque l'Homme numérique. D'ici quelques années, l'enjeu ne sera sans doute plus l'Homme réparé mais l'Homme augmenté. Avec le progrès de la biotechnologie et des nanotechnologies, l'homme numérique pourra être un cyborg : une révolution anthropologique ! Cette approche pose des questions sur l'évolution de l'être humain et de sa place dans la future société... Mais cela est une autre histoire...

 

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