Comment lever des fonds dans le secteur IT ? Comment Oodrive a levé plus de 12 millions d'euros en dix ans

Oodrive a été crée fin 2000, juste après l'éclatement de la bulle Internet. Pas facile dans ce contexte de lancer une société dont le service phare, dans le stockage, est basé sur le Web. "La plupart des sources de financement habituelles pour ce type de projet étaient taries", se souvient Stanislas de Rémur, fondateur et actuel P-DG d'Oodrive. Il parvient néanmoins, grâce à ses économies et son réseau, à réunir un capital de départ de 300 000 euros.

 

Un business plan pour être rentable en moins de 5 ans

Le business model reposait alors sur la commercialisation de cette solution auprès du grand public. Erreur : cette cible apparaît en fait vite comme non viable. Stanislas de Rémur va devoir changer son fusil d'épaule. Le business plan change. Il vise désormais les entreprises, alors jugées plus à même de rentabiliser la société. Il est alors prévu que la société dégage des bénéfices avant 2004.

"Se fixer une telle échéance est important, il est difficile de lever des fonds sans avoir ce type de date butoir. Et dans le secteur informatique, il faut en général  être profitable dans les 3 ou 5 ans", estime Stanislas de Rémur.

 

"Notre marché était naissant. Il a donc fallu évangéliser les investisseurs."

La publicité, qui aurait pu être une source de revenus pour le site, n'était alors pas prometteuse. Deux levées de fonds, auprès des actionnaires existants, de 100 000 euros chacune, ont lieu en 2001 et 2002 "pour survivre", explique le fondateur.

 

Trouver 300 000 euros

En 2004, la société est rentable, conformément aux objectifs initiaux. Stanislas de Rémur décide alors de faire appel à de nouveaux actionnaires, pour obtenir 300 000 euros supplémentaires. Il rappelle qu'"à cette époque, le Cloud Computing et les solutions SaaS n'existaient pas. Stocker des données à l'extérieure était nouveau. Il n'y avait qu'une seule solution à peu près concurrente, Yahoo Brief Case. Le marché était naissant. Il a donc fallu évangéliser et convaincre que notre service allait devenir une solution de commodité semblable aux antivirus".  

 

Prouver le besoin pour convaincre

stanislas de rémur, fondateur et actuel p-dg d'oodrive.
Stanislas de Rémur, fondateur et actuel P-DG d'Oodrive. © Oodrive

Pour intéresser les investisseurs à un marché qui n'existe pas encore, "il a fallu les persuader que le besoin existait", résume Stanislas de Rémur. Sondage, business plan... Tous les éléments sont alors bons. "L'investisseur doit lui-même se sentir concerné et admettre par exemple que sa société aurait besoin de sécuriser et stocker en ligne des fichiers", explique le P-DG.

Cette étape n'est pas aisée. "Il ne faut pas avoir trop d'égo face aux critiques. Elles ne sont pas toujours faciles à entendre, mais il faut y être très attentif, c'est important. C'est pour cela qu'il vaut sans doute mieux réserver ses premières présentations de projets aux personnes les moins importantes ou les plus proches", conseille Stanislas de Rémur.

 

4 millions d'euros pour se développer

En 2007, Oodrive a de nouveau besoin de lever de fonds, non plus pour démarrer, mais pour se développer. cette fois ci, Oodrive voit alors nettement plus grand : il s'agit d'obtenir 4 millions d'euros. Une somme qui doit aider notamment à embaucher dans afin de soutenir l'effort de Recherche et développement. Des opérations de croissance externe sont alors aussi clairement envisagées.

Un parcours impensable sans les levées de fonds.

Cette levée de fonds est bien différente. Les sociétés d'investissements vont analyser en détail l'historique de la société afin de s'assurer la cohérence et la pertinence du projet. "Comptes, contrats de travail, propriété intellectuelle... Tout est passé au peigne fin lors de ces audits", explique Stanislas de Rémur. Oodrive finit par obtenir la somme souhaitée auprès d'Iris Capital en novembre 2007. Un an après, en 2008, Oodrive rachètera la société rivale belge Blue Back Up.

 

7,5 millions d'euros supplémentaires pour "le leadership"

Rebelote en 2011 : en avril, c'est au tour du spécialiste des télécoms, d'Internet et du SaaS Time d'annoncer qu'il va "accompagner la croissance d'Oodrive", avec un investissement total de 7,5 millions d'euros.

"L'entrée d'Iris Capital en 2007 donnait le signal de l'internationalisation. L'entrée de Time marque une nouvelle étape pour Oodrive, celle du leadership dans notre activité", avait alors commenté le P-DG fondateur d'Oodrive, dont le chiffre d'affaires devrait atteindre près de 18 millions d'euros cette année.

Les levée de fonds lui ont permis de prendre une autre envergure. Le groupe est désormais déjà implanté en Europe et en Asie. Ses solutions sont développées dans 14 langues et utilisées dans plus de 90 pays. 9 000 entreprises en sont utilisatrices. 

Oodrive apparaît désormais dans le fameux Deloitte Technology Fast 50 regroupant les 50 plus fortes croissances des entreprises technologiques françaises. L'éditeur vient par ailleurs de rentrer dans le classement Truffle 100 à la 63e place. Un parcours tout simplement impensable sans ces levées de fonds.

 

captures d'écran de la solution de stockage dans le cloud d'oodrive.  
Captures d'écran de la solution de stockage dans le Cloud d'Oodrive.   © Oodrive

Levée de fonds / Oséo