Renaud Deschamps (Lexmark) "Une page imprimée sur cinq n'est jamais lue"

Optimiser l'impression en entreprise est une préoccupation croissante des DSI. Des écrans tactiles aux services managés, le constructeur propose des outils pour PME et grands comptes.

Vous venez de lancer une nouvelle gamme d'imprimante à jet d'encre dont la spécificité est d'être équipée d'un écran tactile. Pourquoi ?

La finalité est d'ouvrir une multitude de possibilités supplémentaires pour une imprimante. L'écran tactile, très large, positionné sur l'imprimante, permet de manipuler les fonctions classiques d'une imprimante multi-fonction : copier, imprimer, scanner.

Mais nous proposons également un magasin d'applications en ligne, Smart Solutions, qui permet de télécharger et d'installer des applications directement sur l'imprimante depuis le site Lexmark.

Quel type d'application peut-on trouver dans votre boutique en ligne ?

Nous avons par exemple une application Carte de visite. L'idée c'est de permettre de scanner directement des cartes de visite depuis l'imprimante, et de stocker directement les informations dans Outlook.

Combien d'applications trouve-t-on aujourd'hui sur le site ?

Nous proposons une dizaine d'applications. Mais l'idée est de permettre à tous les utilisateurs de créer des applications. Nous mettons à disposition des scripts qui permettent de connecter des tâches simples. Aujourd'hui, nous avons démarré la pompe avec nos propres applications, mais demain, ce sont peut-être celles des utilisateurs qui seront téléchargées.

"Les managed services sont certes présents dans les grandes entreprises, mais de plus en plus dans les entreprises de taille moyenne"

Peut-on penser que ce système devienne un jour un modèle économique, avec des applications payantes comme c'est le cas chez Apple et Microsoft entre autres ?

Oui, nous pourrions faire payer les applications du magasin en ligne, mais ce n'est pas le cas pour l'instant. L'objectif est plus de donner l'accès à des PME et des TPE à des stratégies et des services que nous proposons aujourd'hui à des grands comptes.

Justement, votre offre pour les grands comptes passe par les services managés. Quelles sont les tendances dans ce domaine ?

Une des premières grandes tendances notables, c'est que les managed services sont certes présents dans les grandes entreprises, mais de plus en plus dans les entreprises de taille moyenne. Sur ce marché, celui des imprimantes partagées au-delà de 30 pages minutes, nous sommes le numéro deux avec 30% de parts de marché

Seconde tendance, c'est la connaissance de plus en plus importante des clients des coûts d'impression dans leurs entreprises. Nous partons de loin parce que les deux tiers des entreprises dans les faits ne connaissent pas leurs coûts réels d'impression. Mais cela change avec les services managés : les clients demandent de plus en plus de performance pour réduire le nombre de pages imprimées, leurs coûts, et leur empreinte environnementale.

Mais les utilisateurs ont-ils les moyens de connaître précisément le cout global, machines, énergie, consommables, de leur système d'impression ?

Pour satisfaire ce besoin d'information, nous proposons un audit de deux semaines. C'est un audit poussé, suivi d'un rapport détaillé. Nous proposons ensuite des objectifs de réduction de coûts, de pages et de l'empreinte environnementale. Nous proposons aussi dans ce cadre des projets de dématérialisation.

Quels sont les leviers les plus importants que vous recommandez généralement à la fin des audits ?

Le premier levier est celui de l'optimisation de l'infrastructure matricielle. On trouve aujourd'hui dans les entreprises une imprimante pour deux utilisateurs. En rationalisant, nous éliminons les imprimantes personnelles, et nous déportons leurs utilisateurs sur des imprimantes partagées.

"Nous proposons des badges qui permettent d'imprimer sur n'importe quelle imprimante du réseau"

Le second levier, qui suit le premier, c'est de mettre en place une politique de confidentialité des documents. La plupart des utilisateurs en effet craignent de perdre la confidentialité de leurs données suite à un usage des imprimantes partagées. De fait, les deux tiers des employés déclarent avoir trouvé des informations confidentielles sur les imprimantes partagées.

Donc nous proposons des badges qui permettent d'imprimer sur n'importe quelle imprimante du réseau, sans lesquels il n'est pas possible d'imprimer. Cela lève les inquiétudes des utilisateurs.

Quel est l'impact de ce système sur la consommation de l'impression ?

Nous partons des chiffres : une page imprimée sur cinq n'est jamais lue, et un employé imprime entre 700 et 1 200 pages par mois. Si les utilisateurs doivent se lever pour aller chercher ce qu'ils impriment, c'est que ça leur est vraiment utile. L'idée, c'est de dire que l'on est prêt à faire de l'impression à condition que vous vous levier pour aller chercher vos feuilles.

Mais n'y a-t-il pas un paradoxe pour les vendeurs d'imprimantes et de consommables de proposer des solutions d'économie à leurs clients, alors que les marges portent surtout sur le renouvellement des machines et des consommables ?

Non, notre objectif c'est d'apporter de la valeur à nos clients. Plus nous avons d'impact sur leur métier, plus les clients viendront nous voir.

A ce sujet, nous sommes les premiers sur le marché du recyclage des cartouches. Une cartouche Lexmark sur deux est remanufacturée. Sur la question des imprimantes, ce sont les constructeurs qui sont responsables de leur récupération. Nos produits sont recyclables à 90%, et nous utilisons 10% de matériel recyclé pour construire nos imprimantes. A terme, l'éco-conception pourrait monter à 50% de matériel recyclé.

Dernier sujet, la question de l'aspect propriétaire des consommables. Faut-il encore utiliser des cartouches Lexmark pour faire fonctionner des imprimantes Lexmark ?

Ce n'est pas un sujet neuf ! En fait, il y a beaucoup de technologies dans les cartouches, ce n'est pas que de l'encre. Il y a beaucoup de buses, et pour que l'impression fonctionne correctement, il faut une haute qualité d'encre.

Certes, on peut tricher avec des cartouches percées, mais ça peut abimer l'imprimante. Nous voyons d'ailleurs régulièrement des imprimantes cassées à cause de cela, et que nos clients nous envoient.

 

 

Renaud Deschamps est directeur général de Lexmark France.

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