Assurtech : AXA met 100 millions d'euros pour créer son start-up studio

AXA crée Kamet, un start-up studio doté de 100 millions d'euros, pour faire émerger en interne des projets et être à l'origine des futures pépites de l'assurtech dans le monde.

L'initiative est inédite pour un corporate français. S'ils sont déjà nombreux à avoir lancé leur propre programme d'accélération ou leur fonds d'investissement, AXA est le premier à créer un start-up studio –il en existe très peu dans l'Hexagone, hormis eFounders (Lire : "Comment le start-up studio eFounders fait éclore sa tribu", du 02/06/15). Il faut dire que l'assureur s'est déjà fortement positionné sur le créneau de l'innovation en finançant un fonds de capital-risque de 200 millions d'euros, Axa Strategic Ventures, ainsi qu'un accélérateur baptisé Axa Factory.

Investissement initial : 100 millions d'euros

Kamet est "un véhicule complémentaire à Axa Strategic Ventures", explique Stéphane Guinet –fondateur d'Assurland, ex-responsable d'Axa Global Direct- qui dirigera le start-up studio dédié à l'assurtech (ou "insurtech", soit les technologies disruptives dans le secteur de l'assurance). Le fonds d'investissement doté de 100 millions d'euros "a vocation à prendre une participation minoritaire dans des sociétés de notre écosystème", tandis que Kamet "est un véhicule industriel qui va fabriquer des start-up, des modèles disruptifs dans le monde de l'assurance", décrit-il.

Des start-up seront intégrées à AXA, d'autres revendues

Stéphane Guinet © AXA

Les projets pourront provenir de trois voies différentes : des entrepreneurs externes à AXA amèneront leur idée à l'équipe du start-up studio, qui les aidera "à formaliser l'idée puis à lancer leur business"; ou bien l'idée naîtra en interne, au sein du studio, et des cofondateurs extérieurs seront recrutés. Dernière possibilité : une équipe interne d'AXA souhaitant se lancer dans l'entrepreneuriat pourra demander à diriger une start-up.

"Idéalement, Kamet a vocation à développer des start-up pour le compte du groupe, mais pas forcément toutes, précise Stéphane Guinet. Si la société ne touche pas au cœur de métier du groupe, elle pourra être vendue ou bien AXA en sortira à son IPO, comme un investisseur traditionnel."

Quel participation pour l'équipe dirigeante ?

Le directeur ne précise pas la part de capital qui sera laissée à l'équipe dirigeante. "Cela dépendra des cas de figure, mais les équipes bénéficieront de conditions attractives." Seront-ils majoritaires ? "Cela dépendra de beaucoup de paramètres", élude-t-il. La question est importante, puisque la difficulté du modèle des start-up studio est souvent de recruter une très bonne équipe sur un projet sur lequel elle n'a pas totalement la main. eFounders, par exemple, délègue 50% de capital aux cofondateurs (contre environ 2% pour la machine à créer des copycats, Rocket Internet). "Mieux vaut avoir quelques pourcents d'une boite qui vaut un milliard que plus de 50% d'une start-up qui ne vaut rien !", répond Stéphane Guinet. "De toute façon, très vite les fondateurs des start-up qui cartonnent lèvent beaucoup et ne sont plus majoritaires… Demandez à ceux de Blablacar, qui viennent de lever 160 millions de dollars !"

Présence en Europe, en Asie et aux Etats-Unis

Détecter les tendances grâce aux AXA Lab

Kamet, qui sera officiellement lancé le 1er janvier 2016, disposera d'équipes en Europe, en Asie (probablement en Chine) et aux Etats-Unis. Elles seront principalement composées de recrues extérieures à AXA, des profils très divers qui aideront les équipes opérationnelles à transformer une idée en MVP. Les start-up, quant à elles, seront lancées dans les pays où les marchés sont les plus adaptés. "Nous avons déjà des projets qui vont donner lieu à des process d'incubation, explique le directeur. On a des thématiques et des idées de business model ou d'expériences clients révolutionnaires." Les AXA Lab de la Silicon Valley et de Shanghai permettront aussi à Kamet de détecter les tendances émergentes et d'imaginer de nouvelles idées.

Cet investissement initial de 100 millions d'euros montre en tout cas la volonté d'AXA de ne pas rester sur le bas-côté, tandis que l'écosystème start-up commence à s'intéresser au sujet des assurtech. " Soit on lance ces projets, soit des entreprises à Palo Alto ou ailleurs le feront. On veut être dans le 'driving seat'."

Capital risque / AXA