Voici ce que 146 pitchs de start-up nous apprennent sur la nouvelle vague tech

Les pitchs de startups sont l'occasion de découvrir de nouveaux talents et les tendances en cours au sein de l'industrie tech.

Investir dans une startup, c'est comme observer les oiseaux. C'est du moins l'une des citations du légendaire investisseur en capital-risque Mike Moritz. Pendant deux semaines en août j'ai assisté à une succession de 146 pitchs de startups au cours des Demo Days des accélérateurs Y Combinator et 500 Startups.

Sur ces 146 startups, cinq ou six seront probablement les prochains Airbnb, Dropbox ou Reddit. Les fondateurs de la prochaine "licorne" ont probablement pitché en face de moi. Le reste disparaîtront en se vendant à une entreprise plus importante, ou en fermant leurs portes purement et simplement. Moritz conseille de ne pas regarder l'ensemble mais chaque startup individuellement. "Chacune est différente. J'essaye de repérer un oiseau qui se distingue plutôt que d'observer la nuée," explique t-il.

Mais vous pouvez aussi en apprendre beaucoup en regardant le groupe dans son ensemble. Voici ce que l'étude de ces 146 entreprises m'a révélé sur la direction actuellement suivie par les startups :

La sécurité est le nouveau terme à la mode. Faites la liste des entreprises qui ont été piratées l'année dernière (Target, Sony, Ashley Madison, etc...) et vous comprendrez rapidement pourquoi les start-up dédiées à la sécurité se multiplient aussi rapidement. Contrairement aux start-up de livraison à la demande, qui offrent toutes un produit différent mais selon le même processus, les startups IT ont chacune leur méthode pour traiter les problèmes. Aucune solution ne se distingue des autres pour le moment.

Les start-up dans les objets connectés connaissent une croissance forte. Vingt start-up d'équipement ont pitché au Demo Day de Y Combinator, autant que les startups BtoB pour toute cette année. Les start-up créent de tout : un pommeau de douche plébiscité par Tim Cook, des capsules Keurig pour faire pousser des légumes ou encore un robot pour fabriquer des sandwichs. Le secteur de l'IoT a prouvé son succès : l'entrée en bourse de Fitbit est la plus réussie cette année. Les start-up se jettent dans la brèche pour rendre tous vos appareils plus intelligents (y compris votre housse de matelas).

Le processus d'embauche va être complètement transformé. Plusieurs start-up envisagent de bouleverser le processus d'embauche afin de le rendre plus efficace pour les entreprises. Qu'est ce-que cela signifie pour le candidat ? Il se pourrait qu'il passe un test automatique, que ce soit pour un poste de programmeur ou de comptable, puis un entretien avec une entreprise externe chargée de faire un premier tri dans les talents en contrôlant le bagage du candidat, tout cela avant même une rencontre avec l'entreprise qui recrute.

Les start-up d'interactions sociales ont disparu. Sur les 146 startups qui ont pitché, seulement deux étaient des réseaux sociaux. La première était une plateforme de réseautage pour d'anciens étudiants et l'autre a débuté en tant qu'application de rencontres lesbiennes avant de se transformer en un réseau social pour femmes. Aucune des start-up présentes ne proposait de service de messagerie ni d'application de partage de photos.

L'argent du capital-risque tombe du ciel, et toutes les petites entreprises veulent leur part du gâteau. Un grand nombre des "start-up tech" qui ont pitché étaient en fait des PME classiques et rentables qui n'avaient rien à voir avec le secteur tech. L'une d'entre elles, qui fabrique des préservatifs, a affirmé avoir conçu un préservatif non toxique, produit qui serait très attendu par les femmes. Mais au lieu de présenter la nouvelle technologie et d'expliquer pourquoi ce produit répond aux attentes des femmes, le fondateur s'est contenté de citer des chiffres : le coût de fabrication pour une pièce est de 5 centimes, chaque boîte est vendue 15 dollars et contient 12 préservatifs.

Chaque startup se présente comme le "X de Y". Une nouvelle génération de "Bloomberg des investisseurs" et de "Bloomberg des données gouvernementales" émerge, de même qu'un "Twitch du live coding" ou qu'un "Twitch de l'illustration". Se comparer à une entreprise existante est un moyen simple de présenter son produit au cours d'un pitch de trois minutes. Avec un "Uber du déménagement", on imagine aisément une application pour entrer en contact avec un déménageur. Mais les start-up ne se rendent pas compte qu'il leur sera difficile de devenir la nouvelle "licorne" en vogue si un oiseau offrant un produit similaire s'est déjà lancé sur le marché.

Les start-up voient plus loin que la Silicon Valley (bien plus loin). Sur certains aspects, la vie à San Francisco est vraiment belle. La nourriture et les voitures peuvent se présenter sur le seuil de votre porte en quelques clics suite à un simple clic sur une Apple watch. Pourtant, les nouvelles start-up finissent par se tourner vers d'autres marchés et proposent leurs solutions hors des Etats-Unis. Beaucoup suivent le modèle "X de Y", comme par exemple le "Venmo de l'Asie du Sud-Est", mais toutes proposent des solutions différentes pour leur marché respectif. Chaldal, "l'Amazon Fresh du Bangladesh" bâtit des micro-entrepôts répartis dans la ville densément peuplée de Dhaka pour vendre des produits d'épicerie. D'autres, comme Red Carpet, investissent le marché indien et le modernisent : les utilisateurs peuvent faire leur marché en ligne grâce à un système de points de vente.

Les start-up mènent des stratégies de niche. Même si un secteur en particulier est bouché, les start-up qui se créent trouvent toujours un moyen de se faufiler et de se faire une petite place. Pour y arriver, elles ciblent un marché plus restreint mais accaparent un segment encore inexploité (comme la livraison de nourriture sur les campus des universités réalisée par des étudiants) ou se concentrent sur un produit, comme le café, au lieu de proposer une large gamme. Avec un segment de marché restreint il est plus difficile de générer les revenus attendus par les investisseurs. Pourtant, Facebook est un très bon exemple de la façon dont une niche peut s'avérer extrêmement rentable : un simple réseau social pour étudiants s'est transformé en une plateforme mondiale.

 

Article de Biz Carson. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : Social is dead: What 146 startup pitches showed me about the next wave of tech companies

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