Stripe, l'une des briques fonctionnelles qui changent peu à peu la face de l'e-commerce

Stripe sur le paiement, Algolia sur la recherche, Izberg sur les marketplaces... Nombreux sont les marchands qui adoptent des API qui leur permettent de se développer plus vite.

De passage à Dublin à l'occasion du Web Summit, John Collison, fondateur du système de paiement Stripe, a fait un crochet le 6 novembre par Paris pour rencontrer les start-up qu'avait réunies Alven Capital : Lengow, qui accueillait la "Alven family", mais aussi Happn, Mailjet, Wynd, Izberg… L'occasion pour le fonds de révéler son investissement dans Stripe, réalisé il y a quelques mois. Et pour Stripe, valorisé 5 milliards de dollars depuis mai 2015, de faire le point sur sa feuille de route.

La start-up californienne permet aux e-marchands d'accepter facilement les paiements par carte bancaire, sans avoir à passer par les banques. Elle édite une suite d'API qu'ils intègrent à leur site ou appli en un tournemain. Les consommateurs peuvent ensuite payer, sans compte utilisateur et dans leur monnaie, sans quitter le site du marchand. Et en plus de la carte bancaire, Stripe ajoute peu à peu d'autres modes de paiement afin que les acheteurs puissent payer de la façon qu'ils souhaitent : Alipay, Bitcoin, Apple Pay, Android Pay…

"Depuis 5 ans, les marchands utilisent de plus en plus de briques spécialisées"

Face à l'essor du m-commerce, la société a lancé il y a deux mois Stripe Relay. "Aux Etats-Unis, le mobile représente 60% du trafic des marchands mais seulement 15% de leurs ventes en ligne, car le processus d'achat est beaucoup plus laborieux, explique John Collison. Pour résoudre cette difficulté, nous travaillons avec Twitter, Facebook, Pinterest ou encore ShopStyle, qui ont tous annoncé un bouton Acheter permettant de passer commande très simplement sur leur plateforme, en évitant les N étapes habituelles du processus d'achat en ligne. Stripe Relay permet aux marchands, comme Warby Parker, Saks Fifth Avenue, Adidas ou encore Best Buy, d'utiliser ces boutons Buy."

Dans l'e-commerce, la tendance est à l'externalisation

L'entrepreneur irlandais explique d'ailleurs que l'e-commerce prend de moins en moins le visage d'un acheteur qui renseignerait ses coordonnées sur un site depuis un ordinateur dans son salon. "Maintenant, c'est le commerce sur mobile, ce sont des marketplaces qui mettent en relation acheteurs et vendeurs, ce sont des API qui servent de briques fonctionnelles aux marchands…" Car comme le confirme Jeremy Uzan, partner chez Alven Capital, l'e-commerce a bien changé en quelques années seulement. "De plus en plus, les marchands sont soit des marques, qui commercialisent leur propres produits, soit des marketplaces, qui se focalisent sur les utilisateurs et le trafic. Et alors qu'il y a 10 ans les marchands tendaient à intégrer tous leurs métiers, depuis 5 ans ils utilisent de plus en plus des briques spécialisées, telles que Stripe pour le paiement ou Algolia pour leur moteur de recherche."

"Cela permet à chacun, où qu'il soit, de lancer son idée"

Au sein de l'accélérateur de start-up The Family, Oussama Ammar constate le même basculement : "Maintenant, nous conseillons aux entrepreneurs d'externaliser autant que possible et d'utiliser des API pour se concentrer sur leur cœur de métier." Sinon, les concurrents qui, eux, procèdent ainsi iront plus vite. "Stripe, avec ses API bien documentées et compréhensibles en moins de 30 secondes par un développeur, fait partie de ce mouvement global. Et permet à chacun, où qu'il soit, de lancer son idée. Même si elle est stupide, d'ailleurs", s'amuse-t-il. John Collison abonde dans son sens : "Quand j'ai commencé, en Irlande, l'infrastructure n'était pas bonne et c'était un vrai frein. Les entrepreneurs devraient pouvoir développer leur business où qu'ils soient ! Et Stripe, comme d'autres outils, le leur permet."

L'avènement des start-up multinationales

Corollaire : les anciens schémas d'expansion internationale – d'abord le marché domestique, puis, en cas de succès, pays après pays – sont dépassés pour ce type de sociétés. "Ce qui nous motive est d'être globaux depuis notre lancement, explique John Collison. De même, Algolia ne dit pas qu'il propose des moteurs de recherche pour les sites français uniquement : il est employé partout dans le monde. Nous sommes loin des images de gratte-ciels qu'on associe aux multinationales, pourtant nous en sommes !"

Les VC misent maintenant plus sur ces outils que sur les e-marchands

Et en effet, Stripe est directement présent dans 21 pays, où les marchands peuvent donc l'utiliser, et permet aux acheteurs de payer sur ces sites dans 140 monnaies différentes. Le Portugal et le Brésil viennent d'être lancés en beta privée. En France, rien n'est officiellement annoncé, mais Stripe dispose déjà d'une équipe française depuis plus d'un an pour préparer son arrivée.

Oussama Ammar théorise d'ailleurs ce mouvement de fond : "Cette 'nation Internet' est composée de toutes ces personnes qui ne se sentent pas locales mais ont, au contraire, des clients partout dans le monde. Cela contribue aussi à bâtir un monde plus intégré ! Et cela permet à de plus en plus de start-up d'avoir déjà un revenu lorsqu'elles commencent à rencontrer des VC. Le coût pour devenir un entrepreneur a diminué."

Les pelles plutôt que les chercheurs d'or

Assez logiquement, ce phénomène conduit aussi lesdits VC à soutenir de plus en plus les start-up qui proposent des outils aux e-commerçants, marketplaces ou plateformes de services, plutôt qu'à ces derniers. "Prenez les marketplaces, explique Jeremy Uzan, chez Alven Capital. Elles sont difficiles à monter, les prix pratiqués ne cessent de décroître, les marges sont basses. Pour gagner de l'argent, il leur faut un fort trafic. Ce n'est pas un business facile. Si nous avons la solution de marketplaces Izberg dans notre portefeuille, c'est parce que plutôt que de miser sur les chercheurs d'or, nous préférons maintenant miser sur les pelles dont ils auront besoin." Le retour sur investissement ne sera pas forcément meilleur, mais il devrait être plus sûr.

Quant à Stripe, il cible avant tout les marketplaces de services. Les Blablacar, Deliveroo, Lyft, ZocDoc, Postmates et Instacart du monde, qui sont ravis de ne pas avoir à apprendre le métier du paiement et ses contraintes de sécurité pour déployer leur présence dans le monde aussi vite que toutes ces "briques facilitatrices" déjà globales le leur permettent.

 

 

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