Philippe Dufour, Edenred Capital Partners "C'est un leurre de penser qu'un groupe comme Edenred peut accélérer des start-up"

Edenred Capital Partners a bouclé quatre investissements dans le secteur tech depuis le début de l'année. Le fonds corporate émerge sur la scène du capital-risque. Philippe Dufour, administrateur, décrypte sa stratégie.

Philippe Dufour, administrateur d'Edenred Capital Partners et directeur général des investissements alternatifs du groupe Edenred. © Edenred

JDN. Quand a été créé Edenred Capital Partners ? 

Philippe Dufour. Edenred Capital Partners a été créé en 2012 et dispose de 30 millions d'euros sous gestion. On opère très différemment des fonds traditionnels puirsqu'on est dans le corporate venture. On a un seul LP, Edenred [entreprise française de services prépayés aux entreprises, à l'origine notamment du Ticket Restaurant et de Kadeos, ex Accor Services, ndlr], ainsi que les managers du fonds qui coinvestissent pour montrer l'alignement d'intérêt avec les fondateurs des start-up au portfolio. Depuis 2012, nous avons bouclé dix opérations. ProWebCE en 2012, LCCC en 2013, LuckyCart et Launchpad en 2014, puis Zenchef, Finsquare, Beamery au Royaume-Uni et Ouiteam cette année. Si le rythme s'accélère, c'est que nous avons pris le temps de nous structurer. Nous avons aussi finalisé cette année notre première sortie, avec ProWebCE [Le groupe Edenred a déboursé 50 millions d'euros en mars pour prendre le contrôle de la société en augmentant sa participation à 64%, ndlr].

 

En quoi être un fonds corporate influe sur vos investissements ? Choisissez-vous spécifiquement des start-up qui pourront être partenaires ou se faire racheter par Edenred ?

"Un écosystème de sociétés qui gravitent autour du core system"

L'objectif du fonds s'inscrit dans une démarche stratégique du groupe. Notre thématique d'investissement s'appuie sur le potentiel de synergies avec Edenred. Quand nous investissons dans une start-up, c'est que nous avons le sentiment qu'il pourrait y en avoir un jour. Pour autant, nous ne signons aucuns contrats commerciaux quand nous investissons dans une start-up et nous sommes seuls à décider, avec un comité d'investissement bien sûr mais qui exclut totalement les opérationnels d'Edenred. L'idée est de pouvoir créer autour d'Edenred un écosystème de sociétés qui gravitent autour du core system.

 

Quels tickets investissez-vous ? Dans quels pays ?

Nous investissons des tickets de 250 000 à 5 millions d'euros, de l'early stage à la série B. Puisque nous poursuivons une thématique industrielle, on ne veut pas en plus se restreindre sur le stade de maturité. Nous sommes proactifs en France, en Angleterre et en Allemagne et deux des six personnes de l'équipe sont basées à Londres –les autres sont à Paris.

 

Edenred est aussi l'un des souscripteurs de Partech. Ne vous retrouvez-vous pas en concurrence sur certains dossiers ? Et pourquoi une start-up devrait choisir un fonds corporate plutôt qu'un VC traditionnel ?

Synergies opérationnelles... Voire rachat

Quand un fonds industriel est actionnaire financier d'une société avec les mêmes conditions qu'un VC, qu'il n'a pas de droits préférentiels, alors l'intérêt pour la start-up est de pouvoir créer des synergies opérationnelles avec l'industriel. On est en fait souvent sollicités par des fonds, Partech entre autres, pour coinvestir à leurs côtés car nous pouvons apporter des synergies opérationnelles. C'est le cas pour LuckyCart, par exemple, société dans laquelle nous avons investi avec Partech. Et dans le cas de ProWebCE, la synergie opérationnelle était telle qu'Edenred a proposé un LBO.

 

Racheter les start-up au portefeuille, c'est donc une option pour Edenred ?

Si l'une des sociétés au portefeuille se trouve à vendre, qu'elle s'est bien développée et s'est rapprochée des activités d'Edenred, alors le groupe se positionnera. Ce n'est pas le modèle d'Edenred Capital Partners mais ce n'est pas exclu.

 

De plus en plus de fonds et de corporates lancent des accélérateurs ou des espaces de co-working pour accompagner davantage les start-up. Vous qui êtes un fonds corporate, avez-vous envisagé l'idée ?

"On ne serait pas meilleurs que TheFamily ou Techstars"

C'est une thématique en réflexion mais je ne pense pas que ce soit un projet valable à long terme. Il faudrait faire vivre une telle structure, recruter une équipe, etc… Et je ne pense pas qu'avec notre thématique industrielle très particulière, on puisse avoir suffisamment de sociétés pour faire vivre un accélérateur. Certes, Edenred a hébergé Ouiteam, mais la start-up a été créée par un ex-salarié, qui a commencé à développer l'idée en interne. Aujourd'hui, l'équipe part s'installer à Paris&Co. L'accélération, ce n'est pas notre rôle. Industrialiser la démarche, c'est un autre métier : il faudrait des personnes dédiées et de nombreux dossiers incubés. C'est un leurre de penser qu'une entreprise comme la nôtre puisse efficacement développer un accélérateur. Est-ce qu'on sera meilleur que TheFamily ou Techstars ? Je ne crois pas. On n'a pas le même réseau, le même état d'esprit, les mêmes compétences…. Les corporates, par essence, sont très différents des start-up, prennent des décisions sur du temps plus long… C'est une fausse bonne idée.

 

Philippe Dufour est directeur général des investissements alternatifs du  groupe Edenred et administrateur d'Edenred Capital Partners. Il est le fondateur de PrePay Technologies, une société qu'il a cédée en 2007 à la division Accor Services, désormais rebaptisée Edenred après la scission du groupe Accor. Suite à la cession de sa société, Philippe Dufour a continué d'occuper la fonction de PDG afin de mener à bien la transformation de PrePay Technologies en une joint-venture entre Accor Services et MasterCard International. En janvier 2010, Philippe a rejoint le groupe Edenred en tant que directeur général de la stratégie et du développement, puis est devenu directeur général des investissements alternatifs en avril 2012. Philippe Dufour est membre du comité exécutif du groupe Edenred. Il  est titulaire d'une maitrise de sciences économiques de l'Université d'Aix en Provence et d'un MBA de la London Business School.

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