Réseaux IoT : Matooma s'attaque à Sigfox et aux opérateurs télécoms

Les cartes SIM multi opérateurs de la start-up française font figure de solution miracle aux difficultés des fabricants d'objets connectés pour faire transiter les données.

Un senior tombe dans les escaliers. Il a installé chez lui un système de téléassistance, fonctionnant avec un bracelet qu'il porte toujours autour du bras. Il appuie sur le bouton d'alerte pour prévenir ses proches qu'il a un problème, mais le signal n'est pas transféré. La machine, qui transmet les données avec la carte SIM d'un opérateur X ou Y via la 2G, ne capte pas correctement dans cette pièce.

Grâce aux cartes SIM, les données transitent via le réseau qui capte le mieux à l'instant T

"Pour éviter ce type de problèmes, nous avons décidé en 2015 de tester sur nos nouveaux appareils les cartes SIM multi opérateurs de la société Matooma", explique Sébastien Segura, chef de projet logiciels embarqués chez Intervox, une filiale de Legrand qui exploite en France 300 000 équipements de téléassistance.

Concrètement, les cartes SIM de Matooma, start-up basée à Montpellier, sont reliées aux principaux opérateurs mobiles. Les objets connectés équipés font transiter leurs données via le réseau qui capte le mieux à un instant T, dans un espace donné. "Nos techniciens ne se promènent plus avec trois cartes SIM différentes dans leurs poches. Ils ne perdent plus de temps à tester le réseau de chaque opérateur sur les machines, ils sont plus efficaces", se félicite Cyrille Giraud, DSI de Photomaton. L'entreprise équipe progressivement son parc de machines avec ces cartes SIM en France en Belgique et en Hollande depuis 2012. "Ce sont essentiellement les données des paiements bancaires qui transitent via ces cartes SIM", détaille l'opérationnel.

La commercialisation de ces cartes multi opérateurs est pour l'instant un succès, affirme Matooma : "Après trois ans d'existence, nous avons réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 3,5 millions d'euros. Nous avons levé 1 million d'euros en mai 2014 mais nous générons pour l'instant suffisamment de résultat pour financer notre R&D. Nous préférons donc conserver notre capital pour le moment", indique le président de la jeune pousse Frédéric Salles. Son entreprise compte aujourd'hui 30 salariés et devrait embaucher 25 personnes supplémentaires d'ici fin 2017. La start-up est déjà positionnée à l'international : elle a installé des locaux à New York et à Madrid.

MatooWan permet à ses utilisateurs de communiquer de façon bidirectionnelle avec leurs appareils connectés

Non contente de transformer les opérateurs en simples intermédiaires, Matooma veut offrir aux entreprises de l'IoT des services supplémentaires, que ne peuvent leur fournir les acteurs traditionnels des télécoms. L'outil qui lui permettra de parvenir à ses fins s'appelle MatooWan. Ce réseau privé, commercialisé depuis janvier 2016, est destiné aux entreprises qui ont installé sur leur parc de machines les cartes SIM multi opérateurs de Matooma. Son objectif numéro un : permettre à ses utilisateurs de communiquer de façon bidirectionnelle avec leurs appareils.

"Ce n'est pas possible avec les opérateurs traditionnels, qui font transiter une partie des données des objets connectés via Internet, qui est un réseau public. Ces appareils ne sont pas dotés d'une adresse IP fixe : elle change périodiquement, sans que l'entreprise propriétaire ne soit tenue au courant. Les machines équipées de cartes SIM traditionnelles peuvent se connecter au réseau de la société qui les opère de façon régulière, pour vérifier s'ils n'ont pas de mise à jour à faire. Mais ladite société ne peut pas prendre directement la main sur ses appareils, car elle ne connait pas leur adresse IP", détaille Frédéric Salles.

MatooWan est un réseau privé, sur lequel chaque objet connecté dispose d'une adresse IP fixe. "Il arrive que nos clients entrent dans la cabine d'un Photomaton, payent leurs photos d'identité par carte bancaire, mais ne récupèrent pas les clichés", explique Cyrille Giraud, DSI de Photomaton. Pour éviter que les victimes d'une panne ne quittent furieux les lieux, l'entreprise déploie depuis le début de l'année 2016 le réseau MatooWan sur ses appareils équipés de la carte SIM Matooma.

"Nous pouvons prendre à distance la main sur une machine et la redémarrer. Si le problème n'est pas lié à une panne mécanique, le client peut souvent récupérer ses photos sans attendre l'arrivée d'un technicien. Nous pouvons également réaliser des mises à jour de nos appareils à distance, sans attendre qu'ils ne se connectent automatiquement à notre réseau", explique Cyrille Giraud.

L'autre avantage de MatooWan par rapport au réseau public des opérateurs : les adresses IP des appareils restent privées. Personne d'extérieur à l'entreprise cliente ne peut accéder aux objets connectés, dont le fonctionnement est complètement sécurisé. "A l'été 2015, des hackers ont créé des logiciels capables de repérer les adresses IP des appareils IoT sur Internet et d'envoyer sur les objets connectés liés des centaines de milliers de data pour les saturer. Résultat : les factures de transmission de données de ces machines ont explosé. Les pirates ont également pu prendre la main sur certains objets connectés. Imaginez le problème pour une caméra de surveillance sensée prévenir son utilisateur lorsqu'un intrus entre dans son domicile.", souligne le patron de Matooma.

Concurrence du bas débit

Quid des entreprises qui transfèrent les données de leurs objets connectés via un réseau bas débit comme celui de Sigfox ? La jeune pousse de Montpellier n'a-t-elle pas peur de se priver d'un important marché en ne rendant pas MatooWan opérable avec ce type de systèmes ? "Non", répond le président de l'entreprise. "Premièrement car il est impossible de réaliser des mises à jour sur un appareil avec un réseau bas débit : les données à transférer sont trop lourdes."

"Nous croyons par ailleurs que les entreprises de l'IoT connecteront de plus en plus leurs appareils avec des cartes SIM dans un futur proche", poursuit-il. Ces sociétés ne choisissent pas une solution bas débit pour des questions de tarifs (transférer chaque mois un méga octet de données coûte autant que de connecter son appareil au haut débit), affirme le patron. Elles leurs permettent surtout d'économiser au maximum la batterie de leurs objets connectés pour qu'ils fonctionnent pendant 5 ou 10 ans.

Les équipes commerciales sont en négociation avec une cinquantaine d'entreprises

Or les principaux acteurs du secteur de la carte SIM devraient s'être mis d'accord d'ici un an sur deux standards (le NB-IOT et le LTE-M). Ils permettront aux objets connectés de faire transiter leurs données en bas débit à partir de cartes SIM standards. "Ce problème de consommation d'énergie sera résolu. Nous faisons le pari que la plupart des sociétés de l'IoT choisiront alors la carte SIM, car elle offre plus de flexibilité. Un appareil qui aurait besoin de temps à autre de transférer un important volume de données pourrait basculer pendant quelques minutes sur une connexion haut débit, ce qui est impossible avec la technologie de Sigfox", détaille Frédéric Salles.

Les équipes commerciales de MatooWan sont aujourd'hui en négociation avec une cinquantaine d'entreprises chez qui elles espèrent avoir installé ce nouveau réseau privé d'ici fin 2016.

 

 

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