ChatGPT Ads manager : "il est urgent d'attendre !"

ChatGPT Ads manager : "il est urgent d'attendre !" Le JDN a testé la plateforme publicitaire en libre-service de ChatGPT avec Alban Peltier (Stelleo). La configuration est un jeu d'enfants, mais les défaillances et les limites encore nombreuses.

Depuis lundi 31 août, l’ads manager de ChatGPT est disponible théoriquement à toute entreprise souhaitant y diffuser des campagnes publicitaires jugée "conformes" par la plateforme. Nous l’avons testé avec Alban Peltier, CEO de Stelleo, une plateforme agnostique pour la gestion des campagnes à l’aide d’agents d’IA. "ChatGPT Ads manager n’est pas franchement en bêta, mais plutôt en alpha. Le potentiel est énorme, mais à ce stade je conseille aux annonceurs d’attendre avant de s’y mettre", déclare-t-il, sans hésiter. Voici pourquoi.

Une première phase d’inscription : facile, rapide mais... très engageante

Pour s’y inscrire, rien de plus simple : il suffit de disposer d’un compte sur ChatGPT, de se rendre sur https://ads.openai.com/fr-FR et d’informer l’adresse de son site web. Aussitôt, l’outil examine l’url et propose un tout premier plan très sommaire, avec : une créa en bonne et due forme, un objectif, le pays de diffusion, le budget (proposé au départ par défaut en dollars) et une stratégie d’enchères optimisée par ChatGPT. On peut tout modifier, bien entendu : la créa,  l’objectif (clics ou vues), le pays, le budget (quotidien ou maximum) et la stratégie d’enchères, qui peut être aussi manuelle. Il n'y a en revanche pas la possibilité de choisir la ville ou la région de diffusion ni les créneaux horaires.

Dès cette première phase, on observe des erreurs basiques. Par exemple, nous avions communiqué au départ une url en .fr et la console nous a proposé de cibler… les Etats-Unis. Heureusement que l’on peut tout corriger ensuite, car dès le remplissage des données pour le paiement et la facturation, on est invité à cliquer sur : "lancer la campagne". Cela va (très) vite.

© Capture d'écran

ChatGPT valide (et facture) vite !

"Je me suis rendu compte que la campagne avait démarré lorsque j’ai reçu une première facture", déclare, amusé, Alban Peltier. Sollicité par le JDN, notre expert a lancé un test de l’outil pour sa propre start-up, Stelleo.ai. Objectif : générer des leads en ciblant des media managers. "Je m’y suis inscrit le jeudi 3 septembre. Moins d’une semaine plus tard, de petits montants ont commencé à m’être facturés. Alors que l’audit de ma société était toujours en cours, la campagne a débuté sans que j’en sois averti ou que je valide le lancement", déclare-t-il. ChatGPT a donc mis quatre jours pour valider son profil et lancer sa campagne, sans préavis.

Une campagne de surcroît pas tout à fait accessible à tous les annonceurs, vu que l’outil impose un budget minimum de 25 dollars par jour : "Un agent immobilier ne peut pas se permettre de consacrer 750 dollars par mois en pub, quel que soit le canal. Contrairement à Google Ads, ChatGPT n’est pas un outil adapté aux petits annonceurs", souligne-t-il.

Des fonctionnalités supplémentaires faciles à prendre en main

L’utilisateur se voit ensuite proposer trois types d’outils. Tout d’abord, la "création d’un événement", qui consiste à définir ce qui sert à compter une conversion (comme le remplissage d’un formulaire, la visite du site, une vente, etc.) et à installer le pixel de suivi de ChatGPT. 

Deuxième outil : l’ajout de flux produits, pour alimenter les campagnes de type shopping. Enfin, le troisième outil : les audiences. L’annonceur décrit en quelques mots l’audience ciblée, il peut également uploader sa base CRM pour opérer uniquement des exclusions. "A partir de la description que l’annonceur fait de la cible souhaitée, l’outil indique une prévision du nombre maximum d’individus pouvant être touchés sans plus de détails", poursuit l’expert. Dans le test d'Alban Peltier, la prévision de "moins de 25 000" media managers semble pour le moins approximative.

Une black box sans aucun contrôle possible

Ads manager fournit à tout moment une vue d’ensemble de la campagne en cours avec le budget dépensé, le volume d’impressions délivrés par type de device et d’environnement (web ou app), le taux de clics et le CPC moyen. Il est par ailleurs possible de changer le paramétrage en cours de route et d’ajouter d’autres assets créatifs.

Aucune information n’est donnée en revanche sur le pays de diffusion effective de la campagne, encore moins sur les villes ou régions. Ni d’indices sur les requêtes ayant généré les impressions, ni de performance par créa utilisée.... "J’ai certes mis 10 minutes maximum à paramétrer cette campagne, mais je ne sais en revanche rien de ce qui est opéré : quelle que soit l’option de base et la fonctionnalité supplémentaire choisie, l’annonceur n’a la main sur strictement rien", résume Alban Peltier.

La preuve : l’ads manager a dépensé le budget d’un coup pendant la nuit… pas franchement le moment le plus idéal pour parler business à des responsables marketing, à moins que la campagne n’ait été diffusée aux Etats-Unis malgré les consignes données au départ… Pire encore, la machine a pris des décisions importantes à notre place : elle a doublé d'elle-même le montant journalier alloué à la campagne. De 25 dollars, il est passé à 50. "ChatGPT Ads Manager est simple à utiliser, mais encore opaque et inachevé… il est urgent d’attendre !", conclut Alban Peltier.