L'absentéisme dans le privé a grimpé de 25,5% depuis 2019 pour atteindre 4,3%, porté par des arrêts plus longs et la santé mentale, selon Malakoff Humanis

L'absentéisme dans le privé a grimpé de 25,5% depuis 2019 pour atteindre 4,3%, porté par des arrêts plus longs et la santé mentale, selon Malakoff Humanis L'étude publiée mardi 9 juin décrit une "norme" d'absentéisme post-Covid plus élevée, avec des durées en hausse chez les cadres et les seniors.

Publié mardi 9 juin, le travail de Malakoff Humanis met en évidence une progression nette de l'absentéisme des salariés du privé depuis la crise du Covid-19. Entre 2019 et 2025, le taux global a augmenté de 25,5% pour atteindre 4,3%, signe que "les niveaux pré-Covid sont durablement derrière nous" et que "la norme s'est établie plus haut" après la rupture de 2020. Cette hausse s'accompagne d'arrêts de travail plus longs.

Des arrêts plus longs, la santé mentale en tête des motifs

Si le taux d'absentéisme des cadres reste près de deux fois inférieur à celui des non-cadres, il progresse plus vite sur la période 2019-2025 (+35,2%), tiré par l'allongement des arrêts. La durée moyenne des arrêts-maladie des cadres atteint 20,2 jours. Chez les salariés seniors, la durée des arrêts s'allonge "sous l'effet du vieillissement de la population active", ce qui pèse sur la dynamique globale.

Les pathologies liées à la santé mentale constituent désormais le premier motif des arrêts longs (plus de 30 jours), devant les troubles musculo-squelettiques et la traumatologie. Elles expliquent 37,8% des arrêts en 2025, contre 30,3% en 2019. Cet accent rejoint les travaux en santé au travail qui documentent l'impact psychologique de la crise sanitaire sur les salariés.

Une dynamique de dépenses déjà à l'œuvre avant la pandémie

Cette accélération récente s'inscrit dans une tendance de fond documentée par la DREES sur un périmètre plus large, celui des salariés du privé et des contractuels de la fonction publique. Entre 2010 et 2019, le nombre de journées indemnisées a progressé en moyenne de 2,3% par an pour la maladie et de 2,1% pour les arrêts liés aux accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP). Les montants versés ont crû plus vite que le nombre de journées (+2,9% par an pour la maladie ; +3,2% pour les AT-MP), sous l'effet de la hausse tendancielle des salaires. Depuis 2019, la DREES observe une accentuation de cette dynamique, avec une forte croissance des arrêts-maladie durant la pandémie marquée par deux pics exceptionnels, tandis que les congés maternité reculaient sur la période.

L'étude de Malakoff Humanis combine un baromètre Ifop auprès de 3 000 salariés, l'analyse des arrêts déclarés par ses 3,8 millions de clients et le suivi médical de 300 000 arrêts longs, croisant ainsi fréquence, durée et motifs des arrêts pour étayer le constat d'un changement de régime post-2020.

Face à ces tendances, Malakoff Humanis recommande d'investir dans la prévention et de mieux accompagner le retour au travail pour limiter la durée des arrêts, via le "temps partiel thérapeutique" et l'"aménagement de poste". Côté pouvoirs publics, les pistes évoquées incluent un "kit de prévention", un "bouton d'alerte" et des "parcours de réadaptation".

Sans action sur la prévention et l'accompagnement de la reprise, l'allongement des arrêts — notamment chez les cadres et les seniors — risque d'entretenir un niveau d'absentéisme durablement supérieur à l'avant-crise.