Blackout numérique de la délégation Trump en Chine, rien de nouveau sous le soleil de Pékin
Espionnage mutuel généralisé, protocoles anti-écoute des deux côtés du Pacifique et de l'Atlantique, logiciels espions vendus à 26 pays : l'ère de la naïveté est terminée, sauf au Parlement français.
La presse mondiale s'est émue cette semaine d'une révélation qui n'en est pas une. Tim Cook, Jensen Huang, Larry Fink et les quatorze autres capitaines d'industrie accompagnant Donald Trump à Pékin ont laissé leurs téléphones personnels aux États-Unis, voyagé avec des appareils vierges et communiqué par documents papier dans des salles blindées et sécurisées.
Or ce protocole est appliqué par les délégations américaines de haut niveau depuis plus d'une décennie. Theresa Payton, ancienne directrice des systèmes d'information de la Maison-Blanche, l'a résumé ainsi dans plusieurs médias : "Nous disons toujours aux gens de partir du principe que tout ce qu'ils disent et font est potentiellement surveillé."
D’ailleurs, ce conseil vaut aussi pour les dirigeants européens puisqu’en 2013, Snowden révélait que la NSA écoutait le téléphone d'Angela Merkel depuis dix ans, dans le cadre d'un programme ciblant au moins trente-quatre chefs de gouvernement. "S'espionner entre amis, cela ne se fait pas", avait protesté mollement Merkel. La NSA n'a pas cessé pour autant. L'opération Dunhammer a ensuite documenté la complicité des services danois avec l'agence américaine pour surveiller leurs propres voisins européens.
Cela étant, le protocole mis en place en Chine est évidemment plus drastique que celui mis en place en Europe, dont les pays sont des alliés des Etats-Unis. Il témoigne de deux fractures.
La première fracture est technique. Le professionnalisme des Chinois en termes de cyber-espionnage et de maîtrise de leurs infrastructures n’est en effet plus à prouver. Par exemple, le groupe chinois Salt Typhoon a compromis les systèmes d'écoutes légales du FBI et infiltré en 2024 les plus grandes entreprises de télécommunication américaines. A tel point que le gouvernement a reconnu ne pas savoir comment ils s’y étaient pris et a conseillé à ses fonctionnaires d’utiliser la messagerie chiffrée Signal.
La seconde fracture est bien sûr géopolitique, à ceci près que la paranoïa est présente des deux côtés puisqu’en juillet 2025, le régulateur chinois de l'internet a convoqué Nvidia pour exiger des comptes sur la puce H20, soupçonnée de contenir des portes dérobées. Des parlementaires américains avaient en effet nourri les soupçons chinois en déposant un texte, le US Chips Security Act, prévoyant d'imposer des technologies de suivi dans les puces dédiées à l’IA exportées par les entreprises américaines.
En résumé, tout le monde espionne tout le monde mais la Chine est un adversaire à prendre très au sérieux. D’autant plus qu’il faut se remémorer qu’il existe un marché florissant des logiciels espions commerciaux. Pegasus, de l'israélien NSO Group, a été vendu à vingt-six pays. En juillet 2021, on apprenait que le numéro d'Emmanuel Macron aurait été ciblé par les services marocains. Quant au logiciel espion Predator, développé par Cytrox au sein de l'alliance Intellexa, dont fait partie le français Nexa, il a ciblé des journalistes et eurodéputés dans plus d'une douzaine de pays. Le contexte de cyber-espionnage est donc global mais révélateur.
Car, dernier symptôme de la dégradation des relations transatlantiques, en avril 2025, le Financial Times a révélé que la Commission européenne fournissait désormais des téléphones jetables à ses fonctionnaires en déplacement aux États-Unis.
L’ère de la naïveté est donc en principe terminée. Pour autant, ce contexte global n’empêche pas nos députés de continuer de communiquer sur WhatsApp malgré les nombreux risques d’interception que comporte la messagerie.