Cybersécurité : quatre projets personnels pour se démarquer auprès des recruteurs

Cybersécurité : quatre projets personnels pour se démarquer auprès des recruteurs Pour accéder à leur premier emploi, les étudiants en cybersécurité ne peuvent plus se contenter de leurs diplômes. Ils doivent se démarquer en concevant un homelab ou un lançant une activité en freelance.

En cybersécurité, trouver un stage, une alternance ou un premier emploi est devenu un véritable défi pour de nombreux étudiants. "Aujourd'hui, la plupart des étudiants n'arrivent même pas à avoir de stages. Je le vois tous les jours. Des étudiants me contactent pour me dire que même avec une centaine de candidatures ils ne trouvent rien", regrette Jodry Bibila, un consultant en cybersécurité de 26 ans, chez Squad. En parallèle de son métier, il conseille des étudiants en cybersécurité pour les aider à trouver leur première expérience professionnelle via sa chaîne YouTube et en toute connaissance de cause.

"J'ai en effet rencontré les mêmes difficultés dans mon parcours, quand je cherchais des stages et que je ne trouvais pas grand-chose. Car aujourd'hui le diplôme ne suffit plus. Il faut se démarquer ! Il faut démontrer qu'on a de l'expérience, même pour trouver des stages. Et pour cela, il n'y a pas d'autre moyen que de se lancer dans des projets personnels pour démontrer la valeur qu'on peut apporter au recruteur". Ces projets personnels peuvent se concrétiser de différentes manières. Tour d'horizon.

Le homelab : projet indispensable pour les profils techniques

Pour séduire son premier recruteur, Jodry Bibila avait décidé de concevoir son propre homelab. Un homelab est un laboratoire informatique personnel permettant de tester et administrer des infrastructures informatiques dans des conditions proches de celles d'un environnement professionnel. Il existe des environnements en ligne permettant de les concevoir sans grandes difficultés comme TryHackMe, Hack the Box, Toot Me, ou DVWA.

"Dans mon homelab, j'ai installé tous les outils nécessaires pour simuler un SOC : les firewall, les IDS et IPS, etc. Puis j'ai simulé des attaques et des actions de défense", raconte-t-il. "Moi aussi j'ai conçu un petit homelab chez moi. Orange a sorti un game of active directory que j'ai hébergé et utilisé pour m'entraîner à chercher des vulnérabilités", ajoute Théo Cygan, actuellement alternant et élève à l'école 2600, et qui conçoit aussi des projets personnels pour trouver son premier emploi.

"Cela m'a pris une semaine pour le monter, en m'aidant de ChatGPT, mais aussi de Reddit, pour apprendre des autres, GitHub, etc. Quand tu conçois un homelab, tu fais des erreurs. Et c'est le but : faire des erreurs permet de chercher à les corriger, et donc apprendre", observe Jodry. Pour démontrer aux recruteurs les compétences que ce projet lui a permis d'acquérir, il a réalisé une vidéo en guise de retour d'expérience. "Il faut toujours montrer ce qu'on a appris d'un projet personnel. J'ai mis le lien de la vidéo sur mon CV. Cela a vraiment intéressé le recruteur qui m'a ensuite embauché. Cela lui a démontré que j'étais techniquement compétent".

Des analyses de risques fictives pour les profils GRC

Pour les étudiants qui se spécialisent dans la gouvernance, risque et conformité (GRC), il est toutefois préférable de se lancer dans des projets personnels qui démontrent leurs compétences à appliquer les méthodes et normes de management de la cybersécurité. "Pour eux, ce que je conseille est de mettre en œuvre une analyse de risques pour un système d'information d'une entreprise fictive. ChatGPT peut par exemple générer la structure de l'entreprise, avec ses différentes vulnérabilités. Puis, ils appliquent une méthode d'analyse de risques, comme Ebios Risk Management, pour proposer des plans de remédiation et résoudre les différentes exigences de conformité", précise Jodry.

Ensuite, un retour d'expérience doit être produit afin de démontrer les compétences qu'un tel projet a permis d'acquérir. "Cela peut par exemple être un rapport réalisé grâce à la méthode Ebios Risk Management, mis en ligne, et qui préconise des recommandations. Ou alors la réalisation d'une vidéo sur YouTube. Je pense que la vidéo est le moyen le plus efficace pour prouver ses compétences, car elle ne permet pas de tricher".

Lancer son activité en freelance

De son côté, Zaki Boumaza, étudiant en première année de mastère cybersécurité à Hetic, une école spécialisée dans les métiers du numérique, s'est lancé dans l'entrepreneuriat, en freelance, pour monter en compétences et parfaire son CV. Sur son temps libre, il aide les petites entreprises à renforcer leur cybersécurité, en développant notamment "un EDR intelligent qui intègre de l'IA et qui va ajouter une couche de sécurité dans l'infrastructure de l'entreprise qui l'utilise. Je destine la solution aux très petites et petites entreprises qui manquent de solutions souveraines adaptées à leur situation. Les tarifs seront bas afin que ces entreprises, qui manquent de moyens, puissent se la procurer".

Actuellement, Zaki Boumaza intervient auprès d'un client dans le cadre d'une mission de maintenance d'un réseau informatique. Le mémoire de recherche qu'il doit produire pour valider son mastère portera principalement sur l'EDR qu'il conçoit. "Une fois que le prototype de la solution sera réalisé, il est aussi prévu que je présente le projet au campus cyber", affirme-t-il fièrement, sourire aux lèvres. "Mon activité en freelance et ce projet d'EDR constituent un tremplin professionnel. Dans mon CV, cela me permet de démontrer de nombreuses compétences techniques. Mais aussi de mettre en avant mon autonomie, ma détermination, ma curiosité, ma passion pour l'informatique, et mes compétences en termes de communication, étant donné que je vais présenter la solution au Campus Cyber".

Profiter du matériel et des compétences de l'école

Pour mener à bien son projet, Zaki a bénéficié du soutien de son école. Son responsable pédagogique le conseille en effet dans le développement de sa solution. Sans se lancer dans l'entrepreneuriat, d'autres élèves profitent aussi de l'expertise de leurs enseignants et du matériel mis à leur disposition par leur école, pour développer des projets personnels valorisables dans leur CV. Grâce à douze ordinateurs obsolètes qu'il a récupérés au sein de son école, Michel Kouamé, lui aussi étudiant en mastère à Hetic, a par exemple conçu un cluster. Il s'agit d'un ensemble d'ordinateurs qui travaillent ensemble, et qu'il met à disposition des autres élèves pour des expériences de sécurité informatique.

Mais ce n'est pas tout : il a développé la cybersecurity by desin de ce cluster. Pour cela, il utilise Talos Linux, un système d'exploitation immuable conçu pour sécuriser les clusters Kubernetes, une plateforme permettant de gérer automatiquement des applications réparties sur plusieurs serveurs. Talos Linux limite les risques d'attaque en supprimant les accès à distance inutiles et en réduisant le nombre de services accessibles depuis le réseau. De son côté, Gédéon Kinkgouari, camarade de classe de Michel Kouamé, a profité de ce cluster pour "créer un outil qui sert à scanner le réseau, connaître comment ce réseau fonctionne et qui détaille tous les appareils utilisés sur ce réseau".

"Dans mon CV, ce projet me permet de mettre en valeur mes compétences en DevSecOps, en déploiement de cluster Kubernetes, mais aussi ma capacité à composer avec une quantité de ressources matérielles limitée", assure Michel Kouamé. "Je présente ce projet de telle sorte que le recruteur comprenne bien qu'il émane de ma propre initiative. Puis je détaille le projet, sa finalité, et les outils utilisés pour atteindre mes objectifs", ajoute Gédéon Kinkgouari.

"Je constate une différence réelle entre ceux qui ont développé des projets personnels et les autres. Actuellement, ceux qui se sont contentés d'aller à l'école et d'obtenir des certifications trouvent difficilement un emploi. Récemment, j'ai aidé trois élèves à construire des projets personnels et je remarque qu'ils disposent déjà de nombreuses notions techniques à mobiliser lors de l'entretien d'embauche et savent de quoi ils parlent", conclut Jodry Bibila.