Présidentielle 2027 : face aux fake news, adoptons les réflexes des veilleurs
La désinformation s'invite déjà dans la présidentielle. Les méthodes éprouvées des professionnels de la veille peuvent aider candidats et électeurs à distinguer l'information de la manipulation.
Nous entrons à peine dans la période électorale que les premiers signaux d’alerte sont déjà là. Cet été, plusieurs prétendants à l’Élysée ont été ciblés par des campagnes de désinformation attribuées à des réseaux prorusses. Édouard Philippe a fait l’objet de fausses informations concernant son état de santé. Raphaël Glucksmann a été visé par un faux média imitant l’identité visuelle de Blast et mettant notamment en cause sa compagne. Gabriel Attal, enfin, a été la cible de deepfakes, de faux reportages et de fausses unes de journaux. Ces deux derniers ont annoncé avoir porté plainte, tandis que la justice s’est saisie des différentes affaires. À huit mois du scrutin, ces opérations donnent un avant-goût de ce qui pourrait rythmer les prochains mois. Images truquées, faux sites, vidéos sorties de leur contexte, citations inventées : comment les électeurs, mais aussi les équipes des candidats, peuvent-ils s’y retrouver ?
Le veilleur, un professionnel habitué à se méfier de l’évidence
Une profession connaît bien cette difficulté : celle des veilleurs stratégiques. Dans les entreprises comme dans les organisations publiques, ces professionnels sont quotidiennement confrontés à l’infobésité, aux rumeurs, au bruit informationnel et parfois à des opérations de désinformation. Leur première force consiste paradoxalement à ne pas croire immédiatement ce qu’ils voient. Face à une information spectaculaire ou qui conforte parfaitement leurs convictions, ils suspendent leur jugement. Avant même d’apporter la moindre conclusion, ils cherchent à comprendre.
Cette méthode fait également appel à un sourcing rigoureux. Un veilleur ne se contente pas d’une publication devenue virale. Il identifie l’émetteur, apprécie sa fiabilité, remonte si possible à la source primaire et diversifie son champ d’observation : médias reconnus, institutions, experts, publications académiques, sources spécialisées… Cette pluralité permet d’éviter les bulles informationnelles dans lesquelles les algorithmes tendent à nous enfermer.
À cela s’ajoute un principe essentiel : une source fiable aujourd’hui ne le sera pas nécessairement demain. Le veilleur entretient donc en permanence son écosystème informationnel, afin de conserver un regard ouvert et critique sur son environnement.
Trois réflexes pour démasquer les fake news
Ces approches professionnelles peuvent facilement être transposées à notre vie citoyenne.
Premier réflexe : remonter à la source. Qui publie l’information ? Sur quel site ? À quelle date ? L’auteur est-il identifiable ? Une image présentée comme actuelle a-t-elle réellement été prise récemment ? Dans un univers numérique où l’apparence d’un média peut être copiée presque parfaitement, vérifier l’adresse d’un site ou rechercher la publication originale devient indispensable.
Deuxième réflexe : croiser l’information. Le nombre de partages ou de vues n’est jamais une preuve. Une information importante doit pouvoir être retrouvée auprès de plusieurs sources indépendantes les unes des autres, et si possible auprès d’une source primaire ou institutionnelle. La répétition massive d’une affirmation fausse ne la transforme pas en vérité.
Troisième réflexe : replacer l’information dans son contexte. Pourquoi apparaît-elle maintenant ? Une citation a-t-elle été tronquée ? Une photographie recadrée ? Une vidéo ancienne présentée comme récente ? Une information authentique peut elle-même devenir trompeuse lorsqu’elle est décontextualisée.
La sécurité de l’information, un pilier démocratique
La lutte contre les fake news ne peut reposer uniquement sur la loi, les plateformes ou les services de l’État. Elle relève également de notre responsabilité collective. Une démocratie suppose que chaque électeur puisse se déterminer à partir d’informations suffisamment fiables pour former librement son jugement.
À ce titre, la sécurité informationnelle est aussi importante que la cybersécurité : elle protège un bien commun, notre capacité à débattre sur une réalité partagée. Face aux manipulations qui accompagneront inévitablement et durablement la campagne présidentielle, inspirons-nous donc des veilleurs : doutons, vérifions, croisons et contextualisons. Préserver la qualité de l’information, c’est aussi préserver la qualité de notre démocratie.