Débat e-commerce vs commerce physique : un non sujet...

Le projet de loi ELAN avait pour noble but de créer un terreau favorable à l’innovation et à la production de bâtiments. Mais comment atteindre cet objectif alors que la complémentarité entre commerce physique et électronique ne semble pas encore évidente pour le gouvernement ?

Lancé en avril dernier, le projet de loi ELAN avait pour noble but de faire évoluer les politiques de logement, d’aménagement et du numérique vers plus d’équilibre et de justice. En un mot, créer un terreau favorable à l’innovation et à la production de bâtiments. Mais comment atteindre cet objectif alors que la complémentarité entre commerce physique et électronique ne semble pas encore évidente pour le gouvernement ?

Le volet logistique joue un rôle  dans le cadre de ce projet de loi. En effet, si les Français ont besoin de logements en phase avec leurs modes de vie contemporains : plus connectés, plus écologiques, plus modulables et mieux adaptés à la diversité de leurs parcours ; ils ont également le souhait d’accéder de manière optimisée à leurs indispensables du quotidien. L’implantation de plateformes logistiques semble donc incontournable. Or, l'amendement N°344 récemment voté semble sous-entendre que le e-commerce s’impose au détriment du commerce physique, et compte ainsi imposer aux entrepôts un processus implantation commercial encore plus fastidieux qu’il ne l’est déjà. Aussi contre-productive qu’obsolète, cette disposition s’inscrit au contraire comme un vrai suicide économique.

Brick&mortar et e-commerce : deux facettes d’une même activité

Comme tout secteur économique, la logistique est l’un des fers de lance de la revitalisation et de l’équité territoriale. Pour mémoire, elle pèse aujourd’hui en France près de 2 millions d’emplois dont 85% de CDI et 93% de temps plein. A ce titre l’activité logistique apporte aux centres-villes une fonction-support essentielle, aussi bien au tissu économique qu’aux citoyens. Outre les livraisons en flux tendus ou le stockage déporté qui est très utile aux commerçants, elle génère une animation urbaine importante pour susciter l’acte de d’achat. N’est-il pas coutumier de profiter d’un retrait colis pour faire quelques courses ? La logistique est une nouvelle industrie et une activité pleinement imbriquée avec le commerce, notamment dans les zones peu denses et les centres des villes moyennes, dont le principal problème reste l’attraction de flux. En conséquence, dans une époque où la tendance est la porosité des modes de consommation, commerce électronique et commerce de centre-ville ne peuvent être opposés.

Toujours plus de millefeuille administratif 

En contraignant les implantations d’entrepôts dans le vain espoir de contribuer à la redynamisation des bourgs français, le gouvernement pourrait au contraire  freiner indirectement les commerces de centre-ville. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces derniers s’appuient sur des plateformes logistiques pilotées à l’aide d’outils numériques et sont ainsi indispensables à leur activités. Qui plus est, contrairement aux idées reçues, les entrepôts e-commerce ne revêtent pas nécessairement les traits de grands mastodontes, qui eux possèdent des actifs immobiliers en propre, mais se partagent généralement une activité duale, utile aussi bien au commerce classique que numérique. A titre d’exemple, des marques 100% françaises, telle que Petit Bateau dans l’Aube, exploitent un seul et même entrepôt pour leur activité commerciale de boutiques et leur e-commerce. Autre exemple, Vemars est le point de départ des livraisons e-commerce de Claudie Pierlot en France, mais aussi en Asie ou Etats-Unis.

Quand bien même quelques géants subsisteraient, les pure players d’aujourd’hui ne le seront  quasiment plus demain. Comme il le fait déjà aux Etats-Unis, Amazon envisage d’ouvrir des boutiques physiques en France. Une taxation des pure players pourrait ainsi avoir un effet "pervers". Cela pousserait ces derniers à accélérer leur développement d’antennes physiques. Ces acteurs allieraient alors leur force de frappe dématérialisée à une présence physique, et viendraient concurrencer sur leur terrain les commerces de centre-ville. Est-il alors utile d’aggraver la fracture ?

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