Xavier Devaux (SBA) "La vraie problématique du smart building est la reversibilité des données "

La Smart Buildings Alliance travaille à définir le smart building et à dresser un cadre de référence pour aider les porteurs de projet à rendre cohérent leur plan et les solutions choisies plus efficientes.

Xavier Devaux, consultant smart building à la SBA. © SBI Consulting

JDN. La Smart Buildings Alliance (SBA) va publier au cours du premier trimestre 2022 un livre blanc sur la data gouvernance du smart building. Qu'est-ce qui vous a poussé à mener cette initiative ?

Xavier Devaux. L'objectif est d'expliquer pourquoi l'on a besoin de créer des bâtiments intelligents et les caractéristiques des solutions. La difficulté rencontrée aujourd'hui est double : il n'y a pas de définition claire et l'univers du smart building est constitué d'acteurs hétérogènes qui n'ont pas la même vision et proposent chacun leur solution. Pour les clients, il est compliqué de s'y retrouver alors qu'une mise en œuvre de smart building représente des investissements lourds. Résultat : certains projets sont mis en avant comme des smart buildings alors qu'ils n'en ont pas les caractéristiques. Il s'agit surtout d'un terme marketing. Il faut ainsi un cadre de référence, que la SBA met en œuvre à travers le référentiel R2S, pour pouvoir catégoriser et comparer les projets.

Justement, comment se définit un smart building ?

Dans la définition que l'on a élaborée, le smart building est caractérisé par différentes couches de composants majeurs du système smart attaché au bâtiment : les applications/services ; le BOS, les équipements, le réseau dans la couche informatique ; ainsi que les deux composants complémentaires - les SI métiers des usagers et les SI bâtimentaires des autres bâtiments pour répondre aux cinq exigences du concept :

  • assurer le fonctionnement opérationnel et réglementaire du bâtiment,
  • assurer la maintenance du bâtiment de sa livraison à sa destruction ou son recyclage,
  • apporter des services complémentaires aux usagers,
  • être rentable financièrement
  • et être rentable voire être durable écologiquement tant en termes de ressources que de rejets.

Avez-vous des exemples de bâtiments en France qui remplissent ces caractéristiques ?

La tour Alto à la Défense (voir notre diaporama photo) et le hub à énergie positive dédié à l'innovation de Schneider Electric, IntenCity, situé à Grenoble, sont deux exemples réussis. Ils ont réussi à hybrider le bâti, destiné à durer dans le temps, et l'IT, dont les solutions évoluent en permanence. La greffe est prometteuse mais difficile à prendre. Il n'y a pas encore beaucoup d'autres exemples comme on l'entend mais la technologie est là, d'autres projets vont se concrétiser.

Quelle est la difficulté majeure menant selon vous à l'échec des projets de smart building ?

La vraie problématique est la reversibilité des données, mal comprise et mal solutionnée. Cette notion signifie que le bâtiment doit être maître de ses données. J'ai rencontré l'exemple d'un lycée qui a mené un projet de rénovation de bâtiment pour piloter neuf salles. La solution était propriétaire. Conséquence : quand le projet en R&D a pris fin, un an de collecte de données a disparu car ces dernières n'étaient pas archivées. Les clients veulent des solutions personnalisées avec des outils génériques, c'est une contradiction difficile à gérer.

Quel est le critère auquel penser en priorité avant la création d'un smart building ?

L'ouverture ! Le bâtiment doit offrir la capacité de remplacer une solution. C'est indispensable car les challenges évoluent. Le bâtiment doit répondre aujourd'hui à des besoins serviciels et environnementaux. Demain, ce sera peut-être d'autres besoins et les technologies innovantes installées ne seront peut-être plus adéquates dans un an. Par exemple, un client a installé des capteurs d'ouverture de porte automatique et des lumières connectées, mais les solutions sont propriétaires et non flexibles. Elles seront peu évolutives et tout changer coûterait cher. Consommer moins impose par ailleurs de mutualiser les solutions. Avant de débuter un projet, il est indispensable de dresser ce que l'on appelle une "big picture" du bâtiment pour savoir comment positionner les réseaux, le BOS qui est le premier élément de la couche informatique, les capteurs IoT, etc., et ainsi maîtriser les besoins.

Xavier Devaux est informaticien architecte en SI complexe chez IBM et consultant smart building au sein de la Smart Buildings Alliance. Il contribue au sein de l'association à deux groupes de travail, sur le référentiel R2S et sur la data gouvernance, et conçoit une formation smart building dédiée aux bâtiments tertiaires.