Stéphane Barbier (Transpolis) "Nous avons reproduit une ville pour tester les véhicules autonomes"

Le directeur du développement de Transpolis explique pourquoi la société d'essais de véhicules déménage sur un nouveau site de 80 hectares pensé pour les véhicules connectés et autonomes.

JDN. Que trouvera-on sur votre nouveau site ?

Stéphane Barbier, directeur du développement de Transpolis © Transpolis

Stéphane Barbier. Sur 80 hectares, nous en avons livré 50 en août qui ont commencé à être utilisés par nos clients. Dans cette partie du site, nous avons reproduit une ligne droite d'un kilomètre de type autoroute, mais aussi une route de campagne sinueuse de six kilomètres, des nationales et départementales, des ronds-points… toutes les caractéristiques qui permettront de tester un maximum de configurations dans un environnement clos. Sur les trente derniers hectares, qui seront pleinement opérationnels en novembre, nous avons reproduit une ville avec une quarantaine de bâtiments. Et pas à l'américaine avec des grandes rues à angles droits. Elle est à l'image des villes européennes : rues sinueuses et étroites, routes de deux ou trois voies... Nous proposons suffisamment d'intersections et de mises en scène (feux, marquages au sol, passages piétons, abribus, trottoirs…) pour que le client puisse tester de nombreux scénarios urbains. Nous acceptons tous types de véhicules sur note site, mais il a été pensé pour les véhicules connectés et autonomes.

Qui sont vos clients ?

Principalement des constructeurs et équipementiers comme Navya, Renault-Nissan ou Iveco. Nous avons aussi des clients dans le monde des infrastructures et des travaux publics (Bouygues, Eiffage, Vinci). Des producteurs de capteurs comme Hikob, des opérateurs de télécom (Bouygues Telecom) ou encore des fabricants de bornes de recharge font également appel à nous.

Que viennent chercher vos clients en environnement fermé, alors qu'ils peuvent tester leurs véhicules autonomes sur routes ouvertes ?

On se rend bien compte aujourd'hui que le véhicule autonome embarque beaucoup de technologies nouvelles qui n'ont pas fait leurs preuves. Il est nécessaire de travailler sur un maximum de scénarios et cas d'usage critiques avant d'aller dans l'espace public. Cela permet de convaincre plus facilement les villes de déployer des services de véhicules autonomes par la suite. Certains clients fonctionnent également par itération : ils testent leurs véhicules dans l'espace public, puis reviennent sur route fermée pour essayer des ajustements, et ainsi de suite. Par ailleurs, certains tests sont plus difficiles à réaliser sur routes ouvertes, par exemple rouler de nuit avec un véhicule autonome.

Comment facturez-vous vos clients et quels services leur proposez-vous pour les aider dans leurs tests ?

"Des figurants peuvent être embauchés pour faire office de piétons"

Ils peuvent réquisitionner l'ensemble du site ou seulement certaines parties. La ville est notamment scindable en quatre. Ensuite, tout dépend du client. S'il a juste besoin d'utiliser l'infrastructure en l'état sans intelligence additionnelle, il s'agit alors d'une simple location à la journée. Mais s'il vient chez nous pour que nous l'aidions à réaliser un projet, il s'agit alors d'un budget plus global. Nous pouvons en effet réfléchir à des scénarios de tests, adapter l'infrastructure, amener des partenaires technologiques et de la matière grise, voire réaliser les tests nous-mêmes.

Transpolis a démarré il y a deux ans sur un plus petit site à côté de l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry, pour effectuer des tests de véhicules autonomes et connectés. Jusqu'à aujourd'hui, nous nous sommes concentrés sur la détection d'obstacles, de piétons et de marquage au sol, le repérage dans l'environnement, ainsi que la connectivité. Désormais, nous souhaitons mettre à disposition le plus grand nombre possible de solutions technologies disponibles sur le marché afin d'offrir une plus grande liberté de test à nos clients. Nous voulons aussi prendre en compte la cybersécurité et étudier la possibilité de simuler des cyberattaques sur des véhicules de manière sécurisée.

A quel point le site est-il modulable ?

Hormis les chaussées, quasiment à l'infini, comme un studio de cinéma. On retrouve tous les 50 mètres des points d'ancrage plug and play qui permettent de connecter n'importe quel équipement nécessitant de l'électricité, comme des bornes Wi-Fi, de l'éclairage intelligent ou des feux tricolores. Nous pouvons ajouter ou modifier des façades de bâtiments, et amener le décorum nécessaire pour tester dans les meilleures conditions. Il est possible de reproduire un maximum de situations de trafic, avec des véhicules factices ou véritables. Nous disposons d'un garage avec des camions, bus, vélos, motos et pouvons en louer davantage si nécessaire. Des figurants peuvent également être embauchés pour faire office de piétons, en plus des silhouettes en mousse. Les seules limites sont la rationalité financière et la sécurité. Et afin de préparer les infrastructures du véhicule autonome, nous avons laissé 7000 m² vierges pour permettre aux industriels de travailler sur la logistique urbaine. Ils peuvent ainsi tester différentes configurations de livraison par véhicule autonome. Cela leur permettra de proposer des solutions concrètes aux villes afin de faciliter l'arrivée de leurs services.

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