Faut-il miser sur les néobanques à l’avenir ?

Pour survivre, les néobanques doivent atteindre une taille significative ou proposer de nouveaux services, en dehors du compte courant. Car les banques traditionnelles lancent tour à tour des offres similaires.

Saviez-vous que 2,6 millions de Français sont déjà titulaires en 2019 d’un compte dans une néobanque ? Nickel, N26 ou encore Revolut sont les nouvelles têtes de gondole issues de la fintech et semblent inquiéter depuis quelque temps les dinosaures du monde bancaire. Ces derniers ont vu l’émergence des premières banques en ligne dans les années 90.

Avec l’avènement de l’ADSL dans les années 2000, une deuxième vague de banques en ligne a déferlé avec les créations de Boursorama ou ING Direct. Les banques traditionnelles ont répondu à cette nouvelle concurrence avec la création de clones comme BforBank pour le Crédit Agricole. Ces dernières années, le formidable essor des smartphones et de l’internet mobile a permis l’émergence d’une nouvelle offre sur le marché : les néobanques.

Alors que les banques classiques contre-attaquent avec la création d’offres concurrentes, on peut se demander si l’avenir de ces néobanques est assuré.

Qu’est-ce qu’une néobanque ?

Avez-vous déjà entendu parler de la possibilité d’ouvrir un compte directement sur votre smartphone ? Vous avez peut-être vu ce type d’offre dans une publicité en regardant le dernier épisode de votre série préférée. Cependant, vous n’êtes pas encore au clair avec ces nouvelles offres. Nous allons vous aider à décrypter ce nouveau paysage financier.

Une néobanque est une banque digitale souvent accessible uniquement à l’aide de son mobile. Elle permet à ses clients d’ouvrir un livret A directement sur un smartphone via une application dédiée. Ainsi, vous pouvez consulter et piloter votre compte directement depuis votre mobile.

Attention à la confusion avec les établissements bancaires classiques, les neobanques ne proposent pas les mêmes services. En fait, elles ne possèdent généralement même pas de licence bancaire.

Ces  banques mobiles proposent principalement des solutions de paiement en ligne connectées. Ce sont des acteurs du quotidien parfaits pour gérer votre budget et régler les commerçants. Par contre, contracter un crédit ou ouvrir un livret A est encore impossible.

Comment fonctionne une néobanque ?

Armé de votre smartphone, il suffit de télécharger l’application d’une néobanque pour ouvrir un compte de dépôts avec le minimum de formalité. En quelques minutes et après avoir téléchargé votre carte d’identité et quelques justificatifs, votre compte est déjà activé et sans condition de revenus.

En quelques jours et souvent en moins d’une semaine, vous recevrez ensuite gratuitement une carte de paiement de type Visa ou Mastercard. Pour chaque transaction, le système de la néobanque vérifie immédiatement le solde du compte avant d’autoriser la transaction. En effet, il n’y a pas de possibilité de découvert.

À partir de l’application mobile, le pilotage de votre compte est direct sans l’intervention d’un conseiller et permet de :

  •          modifier le code PIN de votre carte
  •          verrouiller la carte en cas de perte ou de vol
  •          modifier les plafonds de retrait et de paiement
  •          débloquer les paiements en ligne
  •          débloquer les paiements à l’étranger
  •          désactiver les retraits au distributeur
  •          commander une nouvelle carte

Grâce à la technologie de ces banques mobiles, vous êtes maître de votre compte de manière instantanée.

Une néobanque pour vous ?

Avec 18 établissements au compteur en 2019, le nombre de banques mobiles a triplé depuis 2017. Mais 80 % de ce nouveau gâteau est partagé par seulement 3 acteurs : Nickel, N26 et Revolut. Ainsi, les solutions de paiement sont au cœur du commerce actuel et les précurseurs comme Anytime ont parfaitement compris cette nouvelle tendance.

La cible naturelle des néobanques est le particulier. En 2019, près de 80% des utilisateurs de la téléphonie mobile utilisent un smartphone d’après Statistita. C’est une aubaine pour de nombreuses start-up souhaitant révolutionner leur secteur. Évidemment, la finance n’y échappe pas.

Quand les premières offres apparaissent en France en 2012, les jeunes ont plébiscité ces nouveaux services financiers. Ayant peu d’épargne et pas à l’aise avec la complexité des banques classiques, les jeunes sont une cible très captive pour les néobanques.

Les grands voyageurs ont également rapidement adopté ces nouvelles solutions. Avec des frais bancaires gratuits à l’étranger, les néobanques ont séduit rapidement de nombreux globetrotters. Revolut, par exemple, a percé sur le marché français avec ses conditions tarifaires concernant le transfert de devises à l’étranger et le paiement dans les pays étrangers.

Depuis quelques mois, de nouvelles néobanques s’adressent à des publics précis. Ainsi, Kard s’adresse aux adolescents à partir de 12 ans avec une offre spécifique.

Le marché des professionnels ne fait pas exception à la déferlante des néobanques. Le marché vise en priorité les créateurs d’entreprises et les indépendants. Ils sont séduits par les tarifs de ces services mais aussi pour la rapidité, la flexibilité et la connectivité à d’autres outils comme des applications de comptabilité. Ainsi, le gain de temps administratif est également un argument de poids pour ces nouveaux clients. Des acteurs spécialisés occupent ce marché comme Qonto mais d’autres néobanques comme N26 commencent à proposer également des offres dédiées.

Les faux jumeaux : néobanques vs banque en ligne

Alors que la banque en ligne arrive à peine à maturité, les néobanques donnent un nouveau coup de pied dans le marché. Souvent confondues, les banques en ligne et les néobanques sont pourtant bien différentes. Nous allons détailler les points qui les distinguent.

1. Le statut réglementaire

La banque en ligne est un établissement de crédit comme sa grande sœur, la banque de détail. La grosse différence se situe aujourd’hui dans le réseau de distribution. La banque en ligne offre ses services à distance avec accès internet comme porte d’entrée. La banque de détail s’appuie sur son réseau d’agence pour servir ses clients.

La banque en ligne dispose d’une licence bancaire. Leurs clients bénéficient donc de la garantie bancaire de 100 000 euros en cas de faillite.

La néobanque est souvent un établissement de paiement permettant l’ouverture d’un compte courant et ne dispose pas de la garantie bancaire. Ce statut ne permet ni de déposer de chèques ni des espèces. Le solde du compte courant du client doit rester positif en permanence. En cas de faillite d’une néobanque, la garantie bancaire ne s’applique pas. Cependant, N26 et Orange Bank font figure d’exception dans le paysage des neobanques. Elles disposent d’une licence bancaire pour le marché français.

2. La souscription

En passant par une banque en ligne ou une néobanque, une personne peut ouvrir un compte en ligne via une application ou un site internet. La différence se situe sur la procédure d’ouverture. Étant un établissement bancaire complet, la banque en ligne doit procéder à des vérifications réglementaires complètes : identité, domicile, conditions de revenus, etc. L’ouverture du compte sera effective en quelques jours suite à l’analyse de votre demande.

La néobanque permet une ouverture de compte simple et rapide. N26 promet d’effectuer cette démarche sur leur site en seulement 8 minutes ! Effectivement, les obligations d’un établissement de paiement sans licence bancaire sont légères. Un justificatif d’identité est souvent suffisant sans condition de revenus ni de justificatif de domicile.

3. Les services

Par son statut, la banque en ligne propose une gamme de services équivalente de celles des banques traditionnelles avec un coût inférieur et une interface en ligne adaptée.

La néobanque se concentre uniquement sur le compte courant. Même si le découvert et le chéquier est impossible actuellement avec leurs services, ces nouveaux acteurs misent sur une expérience utilisateur de plus grande qualité grâce à leur maîtrise des technologies digitales. Ainsi, leurs services sont souples et rapides tout en proposant de nouvelles fonctionnalités comme  le paiement par SMS, des alertes, le classement automatique des dépenses ou bien la consultation du solde du compte actualisé en temps réel.

4. Accessibilité  

Comparer les banques en ligne aux néobanques c’est comme opposer l’ordinateur au smartphone pour se connecter à Internet.

Les banques en ligne ont construit la base de leurs services en s’appuyant sur leur site Internet. Depuis, elles ont développé des applications pour smartphone pour faciliter la gestion du compte courant. Malgré tout, le moyen d’interaction privilégié reste l’ordinateur. L’ADN des néobanques est le service via une application sur smartphone. Leur objectif est de proposer blanchiment d’argent la plus intuitive possible sans contrainte de lieu ou de temps.

5. Tarifs  

Les néobanques possèdent une tarification très compétitive sur certains points par rapport aux banques traditionnelles : carte de paiement gratuite, frais de tenue de compte gratuits ou réduits, paiement en devises parfois gratuit. Cependant, certains services peuvent être coûteux comme les retraits.

Les banques en ligne proposent actuellement les services les moins chers au global avec la tenue gratuite des comptes par exemple. Les coûts annuels sont au minimum de sept euros par an pour une banque en ligne, de 16 euros pour une néobanque et de 71 euros pour une banque traditionnelle.

Ainsi, néobanques et banque en ligne sont en réalité bien différentes. Elles paraissent complémentaires dans les usages. Fortuneo vient d’ailleurs de proposer un service "néobanque" dénommé Fosfeo pour compléter son offre.

Pourquoi les néobanques cartonnent

Le succès météorique de ces services de paiement n’est pas le seul fruit du hasard.

Une offre lisible. Les néobanques proposent seulement un service de compte courant. C’est simple  à comprendre pour un public néophyte et dans l’air du temps.

Un accès facile. L’ouverture du compte est simple et rapide via une application mobile. Vos comptes sont en permanence à votre portée sur votre smartphone.

Souplesse. Plus besoin de joindre votre conseiller pour paramétrer votre compte, vous fixez vos plafonds et commandez votre carte par vous-même directement sur l’application.

Gratuité. L’ouverture d’un compte avec une carte de paiement est gratuite. L’accès avec une application mobile est également offert.

Paiements en devises compétitifs. Certaines néobanques comme Revolut se sont forgé un nom en proposant des tarifs très avantageux pour les paiements et les virements en devises.

Un système de parrainage alléchant. La plupart des néobanques proposent des primes à leurs clients s’ils arrivent à en recruter des nouveaux. La plupart du temps en partageant des codes disponibles directement depuis leurs espaces clients, comme le code avantage BforBank par exemple. 

Indépendance. Les néobanques sont des start-up créées en marge des grands groupes bancaires. Depuis la crise des subprimes en 2008, les clients sont méfiants avec les acteurs traditionnels. L’arrivée de ces néobanques offre donc une nouvelle alternative au marché. Cependant, les banques traditionnelles comme le Crédit Agricole proposent désormais des offres similaires aux néobanques.

Une absence de discrimination. Les personnes ayants peu de revenus ou interdits bancaires peuvent ouvrir facilement un compte.

Les limites des néobanques

Le succès de ces start-up est indéniable et six nouvelles néobanques vont apparaître en France avant fin 2020.

Cependant, ces nouvelles offres ne répondent pas à tous les besoins du marché et présentent certains désavantages.

Un monoservice incomplet. Les néobanques proposent une solution de paiement avec un compte de dépôt. Cependant, il faudra vous dispenser d’un découvert et d’un chéquier. Par ailleurs, si vous avez besoin d’un crédit pour financer un projet ou d’une solution d’épargne alors il faudra entrer en relation avec une banque en ligne ou une banque classique. Le statut actuel des néobanques ne permet pas de proposer ces services financiers.

La garantie bancaire. N’ayant pas le statut d’établissement de crédit, les clients des néobanques ne sont pas éligibles à la garantie financière de 100 000 euros en cas de faillite.

Un service client minimaliste. Le modèle économique des néobanques repose sur des coûts structurels réduits. Le service client est basé sur une aide en ligne avec l’application. Il vous sera difficile de joindre un conseiller compétent en cas de problème. Ces offres sont réservées avant tout aux personnes à l’aise avec les services numériques.

La sécurité. Même si ce point fait l’objet d’une attention particulière des néobanques, les moyens financiers et les infrastructures restent en retrait par rapport aux banques traditionnelles.

Le modèle des néobanques est-il viable ?

Choisir une solution bancaire est avant tout une affaire de confiance. Le succès des néobanques est incontestable mais ces établissements vont-ils perdurer alors que les banques en ligne perdent encore de l’argent. Boursorama a réalisé 28 millions de pertes en 2018 malgré son succès...

Pour l’instant, les néobanques proposent de loin la meilleure expérience bancaire sur smartphone. Ils disposent d’une avance certaine sur l’ergonomie et les fonctionnalités. Cet avantage permet aujourd’hui d’accélérer les ouvertures de compte. Néanmoins la concurrence se densifie avec l’arrivée de nouveaux acteurs. De plus, les banques classiques lancent également des offres similaires. Une consolidation dans quelques mois est inévitable. En attendant, cette émulation pèse sur la rentabilité.

Pour survivre, les néobanques doivent atteindre une taille significative. Le développement de ce marché semble prometteur. Seulement, il se réalise avec des services gratuits et des cadeaux pour souscrire un compte. Ainsi, le coût d’acquisition d’un client est onéreux. Rentabiliser cet investissement prochainement est nécessaire.

Les néobanques ont l’avantage de coûts de fonctionnement faibles. Du coup, elles en profitent pour proposer des offres très attractives. Cependant, le modèle low-cost laisse souvent peu de place à la rentabilité. On le voit par exemple dans le transport aérien avec plusieurs compagnies en faillite ou en grandes difficultés ces derniers mois. Le défi est donc de grossir pour jouer sur un volume important ou introduire de nouveaux services générant des revenus confortables. Ainsi, N26 propose des comptes premium payants avec des services supplémentaires.

À moyen terme, le risque le plus important est peut-être l’évolution de la réglementation. Les néobanques sont souvent pointées du doigt sur le sujet du blanchiment d’argent. Ainsi, les autorités de régulation souhaitent contraindre les acteurs à durcir les conditions d’ouverture. Par ailleurs, l’évolution de la réglementation européenne pourrait exclure les néobanques du marché ou les contraindre à modifier leurs services en profondeur.

Attiré par les néobanques ? Vous êtes maintenant informé sur la pertinence de ces nouveaux services bancaires. Si vous souhaitez ouvrir un compte rapidement auprès d’une néobanque, préférez les établissements français avec une licence bancaire pour votre protection.

Avez-vous avez besoin d’une offre bancaire complète ? Êtes-vous à l’aise avec la gestion vos finances personnelles ? La banque en ligne sera le meilleur choix en alliant autonomie et frais compétitifs. De plus, certaines banques en ligne proposent un service client à valeur ajoutée pour accompagner leurs clients dans leurs projets ou répondre à des besoins spécifiques.

Faut-il miser sur les néobanques à l’avenir ?
Faut-il miser sur les néobanques à l’avenir ?

Saviez-vous que 2,6 millions de Français sont déjà titulaires en 2019 d’un compte dans une néobanque ? Nickel, N26 ou encore Revolut sont les nouvelles têtes de gondole issues de la fintech et semblent inquiéter depuis quelque temps les dinosaures du...