Jean-Marc Nourel (Checkout.com) "Checkout.com lancera une offre de paiement omnicanal d'ici la fin de l'année"

Rencontré lors de la Big Boss Summer Edition 2019, le directeur général France du très discret prestataire de paiement britannique nous en dit plus sur l'entreprise et dévoile sa stratégie dans l'Hexagone.

JDN. Checkout.com a levé 230 millions de dollars début mai. Avant cela, vous étiez très discret. Pouvez-vous nous présenter Checkout.com ?

Jean-Marc Nourel, directeur général France de Checkout.com. © Checkout.com

Jean-Marc Nourel. Checkout.com propose une solution de paiement unifiée et cross border. Unifiée car elle regroupe toute la chaîne de valeur du paiement. Nous offrons la passerelle de paiement, l'acquisition et nous sommes processeur de paiement. Très peu d'acteurs ont ces trois aspects. En général, ils sont soit gateway (passerelle de paiement, ndlr), soit ils font l'acquisition et font donc appel à un processeur de paiement. Ces trois aspects nous permettent de maîtriser la technologie de A à Z et donc de proposer une solution plus fiable et plus rapide car il y a moins d'intermédiaires. Autre avantage, nous sommes capables de faire redescendre beaucoup de données aux marchands. 

Pourquoi n'êtes-vous pas aussi connu qu'Adyen et Stripe, en particulier en France ?

Historiquement, on est très actif au Royaume-Uni et sur la zone Moyen-Orient. Notre siège social est basé à Londres et nous avons une forte présence à Dubaï. Le Moyen-Orient est une porte d'entrée très intéressante pour adresser des groupes internationaux. En tout, nous avons huit bureaux : Londres, Dubaï, l'île Maurice, où il y a une grande partie de nos développeurs, Paris, Singapour, Berlin, Hong-Kong et San Francisco. On est en train de se développer sur ces différentes régions. Notre récente levée de fonds va clairement nous aider à aller encore plus vite.

Quels types de clients adressez-vous ?

Aujourd'hui, on adresse tous les verticaux. En termes de volumes, on est plutôt sur des comptes importants, à partir de 25-30 millions de dollars par an. Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas de valeur pour les petits comptes mais notre solution est plus intéressante quand une entreprise a déjà beaucoup de volumes et quand elle veut aller à l'international. Les grandes entreprises ont au minimum deux PSP - pour en avoir un en back up - ou un par pays. Aujourd'hui, nous avons des gros noms comme Transferwise, Deliveroo, Easy Group… Sur la France, nous avons des clients comme la fintech Sharepay, Oney, qu'on accompagne sur tous les flux internationaux ou encore Vente Privée (désormais Veepee, ndlr) sur les flux au Royaume-Uni.  Nous avons fait gagner trois points de taux d'acceptation à Vente Privée par exemple. 

Vous visez plutôt des pure players…

Oui mais cela va changer. Nous lancerons d'ici la fin de l'année des solutions pour les marketplaces, des produits d'émission de carte bancaire pour les fintech et une offre omnicanal avec des terminaux en point de vente. Nous aurons donc une chaîne de valeur complète.

Votre business model est-il classique pour un prestataire de paiement ?

Oui, nous facturons une commission sur les volumes de transactions, des fees sur la partie gateway et nous appliquons une marge sur les volumes de transactions. Notre architecture est en interchange ++, ce qui signifie que les frais d'interchange et les frais de réseaux de carte sont transparents pour le marchand. Notre marge varie en fonction du marchand, de son business, de ses volumes, du nombre de pays qu'il couvre… Il y a plusieurs critères à prendre en compte.

Depuis combien de temps êtes-vous présent en France ?

Nous avons ouvert le bureau français en octobre 2018. Avant, le marché français était géré par des personnes basées à Londres. Nous sommes actuellement une dizaine de collaborateurs à Paris. Le but est de renforcer au fur et à mesure nos équipes commerciales et support. On va également installer une partie des équipes techno du siège en France pour travailler sur un projet particulier, ce sera une sorte de hub techno. On ouvre également un hub technique à Porto.

"Nous lancerons d'ici la fin de l'année des solutions pour les marketplaces"

Ces différentes implantations nous permettent d'aller chercher des licences locales ou régionales, ce qu'on a fait pour la France. On a demandé un agrément d'émetteur de monnaie électronique à l'ACPR (l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, ndlr). Cela facilite les choses avec les marchands locaux et il y a aussi le Brexit à prendre en compte.

Pourquoi avoir choisi la France alors que de nombreuses fintech sont plus tentées par la Lituanie, l'Estonie ou le Luxembourg ?

Cela peut être intéressant d'aller en Lituanie ou en Estonie, mais finalement Paris a pris une place forte en tant que place financière et place de la fintech en Europe. Plusieurs institutions financières ont bougé de Londres à Paris. En plus, cela permet de ne pas être trop loin du siège social. Enfin, il y aussi une part d'affect pour la France car nous avons beaucoup de salariés français.

Le marché français n'est-il pas trop bouché entre les acteurs historiques et les nouveaux entrants type Adyen ?

Historiquement, le paiement est très compétitif. Effectivement, sur le marché français il y a beaucoup d'acteurs. Quand on regarde ce qui se passe, on remarque que chacun a sa ligne directrice. Certains sont focalisés sur des marchands franco-français, d'autres sur des entreprises avec un certain volume, d'autres uniquement sur les marketplaces. Adyen est par exemple très tourné vers l'omnicanalité. Finalement, même si certaines deviennent des mastodontes, très peu couvrent toute la chaîne de paiement. Aujourd'hui, nous avons de très bons retours de nos clients et prospects français. On est contacté par de nombreux CTO, ce qui est gage de qualité.

Allez-vous recruter en France ?

On est en plein recrutement. Il est probable que d'ici fin 2020 on soit une centaine de personnes en France.  Au niveau global, nous avons environ 330 salariés et nous serons 450 d'ici fin 2019.

Aviez-vous déjà levé des fonds auparavant ?

Pas du tout. Cette levée de fonds est une très belle série A. Nous avions déjà été approchés par plusieurs investisseurs mais ce n'était pas le bon moment. Il fallait encore construire le produit. Nous sommes plutôt du genre à travailler dans l'ombre, sortir le produit, faire une bêta avec deux ou trois clients et une fois que c'est fonctionnel, on fait du marketing. Jusqu'à présent, nous faisions l'inverse des Stripe et Adyen sur le marketing. En plus, nous étions déjà rentables. Aujourd'hui, nous avons besoin d'accélérer, c'est le bon moment.

Communiquez-vous sur un volume d'affaires, un chiffre d'affaires ?

Non.

Nous avons rencontré Jean-Marc Nourel à la Big Boss Summer Edition 2019, événement dont le JDN est partenaire et qui permet aux professionnels du digital de se rencontrer au cours d'un weekend de networking.

Jean-Marc Nourel a rejoint Checkout.com fin 2018 en tant que country manager France. Auparavant, il était directeur général France de MangoPay. En 2013 il a fondé Eduklab, une plateforme de crowdfunding dédié aux projets éducatifs. Il a également créé Startup Outremer (désormais ConnectX Outremer), un collectif qui promeut l'entrepreneuriat dans les territoires d'outremer. 

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