Taavet Hinrikus (TransferWise) "TransferWise est désormais valorisé 3,5 milliards de dollars"

La fintech britannique accueille de nouveaux VC à son capital grâce à la revente de stock-options de salariés et investisseurs historiques. Le montant s'élève à 292 millions de dollars.

JDN. Vous annoncez une levée de fonds de 292 millions de dollars menée par Lone Pine Capital, Lead Edge Capital et Vitruvian Partners, un an et demi après votre tour de table de 280 millions de dollars. Vous n'aviez plus de cash ?

Taavet Hinrikus, cofondateur de TransferWise © TransferWise

Taavet Hinrikus. Il s'agit en fait d'une levée de fonds secondaire. L'entreprise ne reçoit pas les fonds. Des employés de longue date et des investisseurs historiques vendent une partie de leurs stocks options (moins de 20%, ndlr). Chaque salarié de TransferWise a des stocks options. L'entreprise est rentable depuis deux ans. Nous n'avons pas brûlé un seul dollar, euro ou livre ces deux dernières années.

Que change l'entrée au capital de ces nouveaux investisseurs ?

Cela ne change rien d'un point de vie financier pour l'entreprise à part que nous sommes désormais valorisés 3,5 milliards de dollars. Notre objectif est de continuer à croître aussi vite que possible. Nous sommes actuellement 1 600 salariés répartis dans 12 bureaux dans le monde et avons prévu de recruter 750 personnes dans les mois à venir. Nous cherchons des personnes qui nous aident à construire le produit, c'est-à-dire des ingénieurs, des designers, des data scientists et des product managers. Mais aussi des personnes côté support client et marketing.

Pour effectuer cette opération, vous avez utilisé votre propre produit TransferWise for Business. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette offre ?

Quand nous avons construit TransferWise, nous avons pensé le produit d'un point de vue consommateur. Puis nous avons réalisé que les petites et moyennes entreprises avaient les mêmes problèmes, voire pire, car souvent les banques facturent des frais plus élevés aux entreprises qu'aux particuliers. Nous avons donc décidé de proposer il y a plus d'un an une offre de transfert d'argent à l'international pour les entreprises avec un compte multidevises et une carte bancaire (aussi disponible pour les particuliers, ndlr).

Combien avez-vous de clients entreprises ?

Nous ne donnons pas de chiffre. Nous pouvons seulement vous dire que nous avons 5 millions de clients au total dans le monde. Nous leur permettons d'économiser un milliard de livres sterling chaque année (1,14 milliard d'euros, ndlr).

Plusieurs fintech européennes se sont spécialisées sur le segment des entreprises, Swift améliore de semaine en semaine ses services, IBM a récemment lancé un service de paiement à l'international. Comment comptez-vous tirer votre épingle du jeu ?

De la même façon dont nous concurrençons les banques depuis notre lancement : en construisant un meilleur produit à un prix bas. Notre avantage est d'avoir construit notre propre réseau. C'est cela qui nous permet de transférer de l'argent très rapidement à travers le monde. Nous utilisons le même réseau pour les entreprises. Nous continuons évidemment à investir dans le produit pour capturer la plus grande part de marché possible. 

Vous avez lancé en début d'année une carte bancaire pour les particuliers et les entreprises. Est-ce que votre but est d'être une néobanque comme N26 et Revolut, qui pratiquent aussi des prix bas pour les paiements internationaux ?

Il est plus sensé pour nous de nous focaliser sur ce que nous faisons très bien, le paiement à l'international. Ceux qui essaient de construire des néobanques comme Revolut et Monzo le font très bien. Nous les voyons comme des partenaires, pas des concurrents. Monzo a d'ailleurs intégré TransferWise dans son application tout comme la néobanque néerlandaise Bunq.

20% des transferts d'argent que vous effectuez sont instantanés. Comment parvenir aux 100% ?

Tout d'abord, il faut savoir que si vous souhaitez faire un virement entre la France et le Royaume-Uni, cela vous prendra environ deux jours via votre banque. Sur TransferWise, l'argent sera transféré en général en 20 secondes. Pour effectuer plus de transactions en instant payment, nous allons continuer à nous intégrer aux différents systèmes de paiement dans le monde. Au Royaume-Uni, nous sommes devenus le premier acteur non bancaire à faire partie de Faster Payments, le système de paiement en temps réel du pays. Nous souhaitons faire pareil partout dans le monde. Mais c'est un processus long. 

Envisagez-vous d'utiliser la blockchain pour accélérer les transferts d'argent à l'international comme Santander l'a fait en ayant recours au protocole Ripple ?

Nous utiliserons tous les moyens disponibles pour nous aider à transférer de l'argent plus rapidement et pour moins cher dans le monde. Aujourd'hui, nous processons 4 milliards de livres sterling chaque mois (4,56 milliards d'euros, ndlr). Nous sommes disponibles dans plus de 40 pays. Je ne connais pas les derniers chiffres de Ripple mais je ne pense pas que beaucoup de personnes utilisent Ripple. Quand des centaines de banques travailleront avec Ripple, nous serons ravis de travailler avec eux.

Vous venez d'obtenir un agrément de monnaie électronique en Belgique. Pourquoi ce choix alors que de nombreuses fintech choisissent la Lituanie ou l'Estonie, pays d'où vous êtes d'ailleurs originaire ?

Nous avons fait un tour en Europe et nous avons vraiment été impressionnés par ce qui se passe en Belgique dans le paiement et l'innovation. Grâce à cet agrément, nous pourrons continuer à servir nos clients européens en cas d'un hard Brexit. Nous allons également ouvrir un bureau à Bruxelles, qui sera notre siège européen.

Et le marché français ?

La France a toujours été un pays important pour TransferWise. Il y a beaucoup de personnes qui voyagent entre Paris et Londres. Nous avons beaucoup de clients français vivant à Londres et beaucoup de clients britanniques vivant à Paris. La France est aujourd'hui notre deuxième plus gros marché de la zone euro. Nous continuons à investir en France.

Avez-vous prévu d'y embaucher un directeur général ?

Nous ne voyons  pas l'intérêt d'avoir un directeur général en France. Nous avons une équipe dédiée à la France basée à Londres. 

Il y a un an, vous avez signé un partenariat avec BPCE. Où cela en est-il aujourd'hui ?

Nous sommes très contents de notre collaboration avec BPCE. Ils sont en train de faire des tests pour intégrer TransferWise dans leurs applications. On espère que le lancement aura lieu prochainement. Nous continuons par ailleurs à discuter avec d'autres banques partout dans le monde mais nous ne pouvons pas encore partager de noms.

Taavet Hinrikus a cofondé TransferWise avec Kristo Käärmann fin 2010. Auparavant, l'Estonien a été pendant cinq ans le directeur de la stratégie de Skype. Il est diplômé de l'Insead. 

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