Un an après avoir retrouvé le ciel français, le coavionnage cherche ses adeptes

Un an après avoir retrouvé le ciel français, le coavionnage cherche ses adeptes Wingly et Coavmi se sont lancés dans les voyages en avion partagés, avant de voir leur service limité par la sécurité aérienne française en 2016. Elles sont de retour depuis leur réautorisation il y a un an.

Depuis juin 2017 les start-up de coavionnage peuvent librement exercer leur activité en France. A cette date, le conseil d'Etat a annulé une circulaire de la DGAC, le régulateur de la sécurité aérienne, qui pendant un an et demi a très fortement limité le développement du secteur. Le texte imposait un niveau de qualification possédé par une infime partie des pilotes amateurs français. A cela s'ajoutait une limitation à 30 minutes de vol et 40 kilomètres parcourus. Impossible dans ces conditions de continuer à mettre en relation des pilotes amateurs et des passagers qui souhaitent réaliser le survol d'une zone touristique, ou partir en weekend de manière inhabituelle. Les deux principales start-up du secteur, Wingly et Coavmi, lancées en 2015,  sont alors forcés de s'internationaliser très rapidement dans les pays limitrophes, notamment en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suisse.

Désormais, les start-up doivent rattraper le temps perdu. "Nous avons perdu au moins un an et demi, c'est long pour une start-up", regrette Yousseff Oubihi, fondateur de Coavmi. Il faut désormais changer les mentalités des pilotes amateurs, dont beaucoup croient que le coavionnage est toujours interdit. "Certains clubs aéronautiques avaient même interdit le coavionnage", ajoute Emeric de Waziers, cofondateur de Wingly. Pour se réintégrer dans le milieu, la start-up a signé un accord avec la Fédération française aéronautique (FFA), qui rassemble tous les aéroclubs louant des avions aux pilotes. Ce soutien institutionnel rassure les pilotes et les aéroclubs, en plus de donner de la visibilité à Wingly.

Il faut désormais changer les mentalités des pilotes amateurs, dont beaucoup croient que le coavionnage est toujours interdit

Autre possibilité pour les deux start-up depuis la fin de leurs contraintes réglementaires : les levées de fonds. Difficile de convaincre des investisseurs lorsque son activité est menacée sur l'un de ses principaux marchés. Coavmi a clôturé en mars une levée de fonds en equity crowdfunding, pour un montant non communiqué. Son rival Wingly semble avoir pris de l'avance, avec l'annonce d'un tour de table à 2 millions d'euros, également en mars, portant son total de fonds levés à 2,5 millions d'euros. La société s'est distinguée fin mai en remportant le concours européen Startup Battlefiled organisé par VivaTech et TechCrunch.

Les deux start-up sont donc déjà présentes sur les principaux marchés européens. Avant de se développer davantage sur le continent, leur priorité sera de consolider ces marchés. En particulier pour que la France retrouve la place qui lui revient. Elle est seulement le troisième marché de Wingly, derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne, alors qu'elle compte le plus grand nombre de pilotes licenciés en Europe (environ 40 000). "La France est d'ailleurs en train de rattraper Le Royaume-Uni", précise Emeric de Waziers.

Wingly et Coavmi doivent désormais démontrer la rentabilité du coavionnage en recrutant beaucoup plus d'utilisateurs : sur l'ensemble de ses marchés, Wingly a transporté 1 100 passagers en mai et compte 1 000 pilotes qui ont proposé des vols récemment, tandis que Coavmi ne communique pas ses chiffres. Pour Emeric de Waziers, de nombreux business model restent à inventer dans l'aviation. "Le secteur est très avancé technologiquement, mais n'a pas vraiment connu de rupture numérique en termes de service. Et l'aviation privée est vue comme un service de riches, avec de gros jets à 5 000 euros qu'il faut réserver en entier. Il faut descendre en prix et en gamme pour montrer que ce n'est pas réservé à une élite."

"Il ne suffit pas de dire qu'on est une start-up nation, il faut aussi faut que l'administration soit dans cette optique."

Encore faut-il avoir le soutien de l'administration, rappelle Youssef Oubihi, qui a vu une grande différence d'accueil entre les régulateurs français et ceux d'autres pays européens. "Quand il a fallu communiquer négativement sur la limitation de notre service, la DGAC l'a fait. Mais lorsque le Conseil d'Etat a annulé ces limitations, elle ne l'a pas fait. Il ne suffit pas de dire qu'on est une start-up nation, il faut aussi que l'administration soit dans cette optique. "

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