Si peu, si tôt : les raisons de l'entrée en Bourse de Navya

Si peu, si tôt : les raisons de l'entrée en Bourse de Navya Le constructeur de navettes autonomes sera coté sur le marché EuroNext Paris pour lever seulement 50 millions d'euros et vise une valorisation de 225 à 300 millions d'euros.

Seulement quatre ans après sa création, le constructeur de navettes autonomes français Navya s'apprête à entrer en Bourse. L'entreprise sera cotée sur le marché EuroNext Paris à partir du 20 juillet. Elle est l'une des rares start-up de mobilités de l'Hexagone à avoir franchi le pas, alors que de plus grosses et plus anciennes sociétés comme BlaBlaCar attendent toujours. L'entreprise cherche à lever au moins 50 millions d'euros, pour une valorisation comprise entre 225 et 300 millions d'euros. En janvier dernier, le directeur des opérations de Navya, Christian Leborgne, déclarait au JDN que la société voulait lever entre 50 et 60 millions d'euros afin de "continuer à financer nos investissements en R&D le temps que nous atteignions la rentabilité à l'horizon 2020". Sans préciser s'il s'agirait d'une levée de fonds en Bourse ou en capital-risque.

Pourquoi la société entre-t-elle en Bourse alors qu'elle n'est pas encore rentable, que le marché des navettes autonomes n'en n'est qu'à ses débuts et que son nouveau produit, le robot-taxi Autonom Cab, n'a pas encore fait ses preuves en conditions réelles ? Et pourquoi passer par la Bourse pour une somme qui aurait pu être trouvée en private equity ? Un investisseur au fait de la stratégie pour avoir participé à une précédente opération de financement de Navya explique au JDN les raisons du constructeur de navettes, qui a décliné notre demande d'interview.

Des fonds peu friands de hardware

Selon lui, le plan de Navya a toujours été de passer par la Bourse pour financer cette opération. Car il est difficile de lever plus de 50 millions d'euros sans la participation de gros fonds d'investissements. "Or très peu d'acteurs du monde du capital-risque traditionnel investissent dans ce type de start-up hardware aujourd'hui", explique-t-il. "Dans les problématiques de conduite autonome, les start-up que financent les fonds traditionnels font du pur software. La plupart de sociétés hardware sont financées par des fonds corporate." A l'image de la dernière levée de fonds de Navya (30 millions d'euros en octobre 2016), qui a vu entrer au capital l'opérateur de transport Keolis et l'équipementier automobile Valéo. Son concurrent français EasyMile s'est quant à lui rapproché de Continental et Alstom.

Pour Navya, il s'agit d'accélérer pour garder son avance sur ses concurrents directs (les fabricants de navettes autonomes historiques) mais aussi de préparer la confrontation avec des mastodontes de la conduite autonome. Car si le marché des transports par voiture autonome mettra du temps avant de décoller, celui des navettes autonomes, qui suivent des parcours balisés, séparés du reste de la circulation et plus simples à sécuriser, pourrait sortir bien plus rapidement des phases d'expérimentation.

"La concurrence de Baidu valide notre thèse selon laquelle le marché à court terme est plutôt porté sur les navettes"

Certains, jusqu'ici portés sur la voiture autonome, comme le chinois Baidu, prennent conscience des opportunités offertes par les navettes à moyen terme. L'entreprise, qui développe ses capacités de conduite autonome via un vaste programme open source impliquant des dizaines de partenaires, a annoncé début juillet qu'elle avait produit sa centième navette autonome, soit environ autant que Navya. "Cette concurrence va évangéliser le marché et valide notre thèse selon laquelle le marché à court terme est plutôt porté sur les navettes", se félicite notre investisseur. Dans ce contexte, la start-up doit doper ses capacités de production pour faire face à cette concurrence internationale.

Navya profite donc de l'élan des navettes autonomes pour se lancer en Bourse et espère ainsi attirer des investisseurs internationaux. Maintenant qu'elle a prouvé le fonctionnement de son concept et sa capacité à produire ses navettes, le temps est venu de passer à des services commerciaux. Reste à construire un business model avec les opérateurs de transport. En devenant cotée, Navya prend cependant le risque de la transparence financière, alors que ses concurrents n'y sont pas astreints. Mais grâce à sa faible valorisation, l'entreprise devrait échapper à des reportings trop détaillés et trop fréquents (seulement semestriels et annuels). Elle devra tout de même donner des objectifs et s'y tenir, sous peine d'être sanctionnée par les marchés.

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