Entre VTC et covoiturage, le futur "Heetch rural" du gouvernement prend forme

Entre VTC et covoiturage, le futur "Heetch rural" du gouvernement prend forme Le gouvernement envisage de créer un nouveau statut dans les zones rurales qui autoriserait un transport individuel à la demande, proche de la flexibilité du VTC et des prix du covoiturage.

Malgré les tentatives des gouvernements successifs et de start-up spécialisées, l'offre de transports en milieu rural demeure insuffisante (voire inexistante) et inadaptée. La faute à une demande trop faible, une masse critique difficile à atteindre et l'absence de modèle économique, qui font reposer sur des collectivités désargentées la responsabilité d'organiser des services condamnés à être déficitaires. Dans le cadre de la loi d'orientation des mobilités (Lom) et d'une réforme du transport public particulier de personnes (T3P), le gouvernement envisage une nouvelle solution pour les territoires ruraux : la création d'un statut à mi-chemin, en termes de service et de prix, entre, le VTC et le covoiturage. "Une mission interministérielle est en cours sur la régulation de ce secteur, qui doit nous permettre de définir quel modèle de régulation nous voulons. C'est à l'aune de ce travail que nous voulons travailler sur cette piste de nouvelle solution en milieu rural", précise un porte-parole du ministère chargé des Transports au JDN.

Surnommé "Heetch rural", ce statut a pourtant peu de rapport avec le service que proposait la start-up française éponyme la nuit. Interdit par la justice en 2017, il permettait à des chauffeurs non-professionnels de réaliser des bénéfices moins importants que chez les VTC traditionnels en transportant des passagers à un prix lui-aussi inférieur. Ici, il s'agit plutôt de permettre à des chauffeurs bénévoles de transporter des passagers sans perdre d'argent, en passant du partage de frais au remboursement des frais du conducteur.

Illégalité

"La définition légale et jurisprudentielle du covoiturage en France impose que le conducteur assume une partie des coûts et réalise le même trajet que les passagers", explique Thomas Matagne, fondateur de la start-up de covoiturage en zones peu denses Ecov. Ce nouveau statut permettrait d'organiser du transport individuel à un prix largement inférieur aux taxis et VTC mais un peu plus élevé qu'un covoiturage, puisqu'une seule personne paie le voyage à prix coûtant. 

Si les conducteurs sont des bénévoles, il s'agit bien d'un nouveau marché pour les start-up de mobilités. Les collectivités qui souhaiteront mettre en place une telle offre de transport passeront par des plateformes qui opéreront le service et géreront sa communication. Elles seront rémunérées via des des contrats et abonnements des collectivités, voire des commissions sur les recettes d'exploitation. Les VTC et les taxis n'ont manifesté aucun intérêt pour cette solution, incompatible avec leurs modèles économiques. Ce sont plutôt les sociétés de covoiturage qui se positionnent sur cet éventuel marché. Ecov se dit notamment intéressée.

Les collectivités qui souhaiteront mettre en place une telle offre passeront par des plateformes 

Pour avoir une idée de la forme que prendrait un tel service, il faut aller voir du côté de la start-up Atchoum, qui a d'ailleurs été consultée par le gouvernement sur la réforme à l'étude. Lancée l'année dernière, elle teste son service dans deux communes de quelques milliers d'habitants et démarrera dans une troisième en fin d'année. Elle organise pour les collectivités du covoiturage classique pour une population qui réalise des trajets domicile-travail. Mais elle propose aussi un second service de transport individuel à la demande, dans lequel des bénévoles du milieu associatif, souvent des retraités, transportent des passagers sans moyen de transport où ils le souhaitent, puis viennent les récupérer et les ramènent chez eux.

"Notre service est utilisé à 70% par des personnes âgées qui ne peuvent plus conduire et 30% de jeunes en recherche d'emploi, qui n'ont pas de permis ou pas de voiture," précise Vincent Desmas, fondateur d'Atchoum. Il reconnaît que cette activité flirte avec  l'illégalité, car la proposition de covoiturage ne vient pas vraiment du conducteur, mais plutôt des passagers. Pour se couvrir, l'entreprise demande aux conducteurs d'indiquer  des plages horaires et trajets qu'ils sont prêts à effectuer.

Synergies avec le covoiturage

Une réforme permettrait donc à la société de sortir de cette zone grise ainsi qu'à d'autres start-up de se lancer. Elle aiderait aussi à professionnaliser et passer à l'échelle une pratique déjà menée de manière informelle et locale par le secteur associatif. Pour Thomas Matagne, ce nouveau statut pourrait également offrir de belles synergies avec l'activité de covoiturage en milieu rural. "Ce sont les mêmes territoires, les mêmes publics et les mêmes modèles économiques. L'utilisateur pourrait se dire : 'je ne trouve pas de covoiturage, alors je paie un peu plus cher pour prendre le transport individuel à la demande.'"

Reste à définir les contours de ce nouveau statut, notamment la taille des collectivités éligibles, puisque qu'il n'est pas question de l'autoriser partout en France. "Le ministère m'a demandé ce que je pensais d'un plafond à 10 000 habitants, raconte Vincent Desmas. "J'estime que 5 000 est une limite plus raisonnable". Le gouvernement devra aussi réussir à éviter le conflit avec les taxis qui s'opposent à une telle réforme. Bien qu'ils ne soient pas intéressés par cette nouvelle offre de transport, ils la considèrent comme concurrentielle avec leur activité dès lors que les voyages se font depuis ou vers les zones urbaines dans lesquelles ils opèrent. Sauf qu'un tel service cantonné aux voyages entre zones rurales n'aurait aucun intérêt. Il n'est donc pas encore exclu que le "Heetch rural" disparaisse ou change radicalement au gré des discussions.

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