Covoiturage : Karos et Klaxit, deux leaders autoproclamés en pleine guerre de com'

Covoiturage : Karos et Klaxit, deux leaders autoproclamés en pleine guerre de com' Ces deux concurrents frontaux revendiquent la première place du marché du covoiturage courte distance français. Chacun le fait à sa manière… contestable.

L'heure est à la concentration dans le secteur du covoiturage courte distance. Le 10 juillet dernier, on apprenait le rachat d'iDVroom, filiale de la SNCF, par son concurrent Klaxit pour créer "le leader européen du marché". Le lendemain, c'était au tour d'Ecov d'annoncer le rachat d'une autre plateforme, OuiHop. Pas question pour Karos, le principal concurrent de Klaxit, de rater cette fenêtre d'attention autour du covoiturage : la start-up y est elle aussi allé de son communiqué pour s'affirmer leader du marché français. Car en l'absence de données publiques, indépendantes et transparentes, chacun peut se proclamer numéro un.

Commençons par Klaxit. Grâce à son rachat d'iDVroom, la start-up revendique la place de leader européen. Sur quelle base ? Le passage de 215 000 à presque 1,2 million d'inscrits. Or les inscrits, en particulier pour un service quotidien, n'ont que peu de valeur pour mesurer l'importance d'une entreprise sur un marché. Contrairement aux utilisateurs mensuels actifs, que la start-up refuse de communiquer. La chose est encore plus vraie dans le secteur du covoiturage courte distance que dans le reste de la tech : l'année 2018 a été marquée par les grèves SNCF, durant lesquelles les pouvoirs publics ont poussé le covoiturage comme solution d'appoint, entraînant de nombreuses inscriptions sur les plateformes qui ne sont pas forcément traduites par des trajets, ou bien n'ont créé que des utilisateurs éphémères.

Leader d'inscrits

Interrogé il y a quelques mois sur l'avenir d'iDVroom, le PDG de Klaxit, Julien Honnart, illustrait ce biais en expliquant au JDN que la start-up avait réalisé énormément d'acquisition client, notamment grâce à de gros investissements marketing, sans forcément avoir converti ces inscrits en utilisateurs actifs. Il confirme aujourd'hui cet état de fait. "Klaxit a cinq fois moins d'utilisateurs qu'iDVroom, mais nous générons cinquante fois plus de covoiturages. "IDVroom est une pépite qui n'a jamais pu éclore", ajoute-t-il, lui qui espère désormais transformer ses inscrits en utilisateurs actifs.

De son côté, Karos se dit numéro un en "parts de marché". Si cette mesure est effectivement plus parlante que les inscrits pour déterminer qui domine un secteur, le périmètre retenu par la start-up pour s'arroger la première place est, là aussi, contestable. Elle a en effet affirmé le dans un communiqué le 8 juillet détenir "65% de parts de marché sur le registre national de preuves du covoiturage". Ce registre est une plateforme développée par la Dinsic, les services du Premier ministre en charge de la transformation numérique de l'Etat. Une première version fonctionnelle permet aux opérateurs volontaires d'attester des trajets réalisés sur leurs plateformes pour, notamment, se faire rembourser par les collectivités qui ont mis en place une subvention.

Premier sur les preuves

Or, deux acteurs manquent à la plateforme : iDVroom, racheté par Klaxit donc, et surtout BlaBlaLines, la déclinaison courte distance de BlaBlaCar. Karos a donc rapporté un volume global, public mais parcellaire, de trajets agrégés sur la plateforme à son propre nombre de voyages, qu'on ne peut vérifier indépendamment. Et le tout sur une période de seulement trois semaines (du 17 juin au 8 juillet. "Je ne dis pas qu'il s'agit d'une information complète sur le marché, mais seulement que Karos réalise 65% des volumes sur la plateforme de preuve du covoiturage", se défend le PDG de Karos Olivier Binet. "Et pour ce qui est de la période de trois semaines, nous sommes sur une activité quotidienne, c'est déjà un bon échantillon pour se faire une idée de ce qu'il se passe", poursuit-il.

Selon nos informations, suite à cette communication, les équipes de la Dinsic ont envoyé un avertissement à Karos et rappelé aux opérateurs qu'il était "tout simplement impossible" d'utiliser les chiffres de la plateforme de preuve de covoiturage pour déduire les parts de marché du covoiturage domicile-travail en France. D'abord en raison de l'absence de plusieurs entreprises dans le dispositif, ensuite parce que la grande majorité des trajets réalisés par des particuliers se font hors des plateformes. Et de demander à Karos de publier un démenti ou une deuxième version de son communiqué précisant ces limitations ainsi que la fenêtre temporelle utilisée. Ce que Karos a fait le 10 juillet.

Bataille d'attention

Toujours selon nos informations, le 16 juillet, les équipes de la Dinsic en charge de la plateforme de preuve du covoiturage ont saisi leur service juridique pour étudier l'envoi du dossier à la DGCCRF. Si la Dinsic confirme cette information, elle refuse de préciser si le dossier a été transmis à la répression des fraudes. Elle confirme également que Karos a réalisé 65% des trajets sur leur plateforme aux dates mentionnées, tout en rappelant les limites d'un tel calcul.

La place de numéro un est un enjeu majeur pour Klaxit et Karos, qui évoluent sur le même segment de marché : les covoiturages domicile-travail en banlieue et zones périurbaines financés par les subventions des collectivités et par les entreprises. Elles doivent assurer à ces derniers qu'elles sont à même de leur offrir le réseau disposant de la meilleure masse critique. C'est-à-dire avec les meilleures chances de mettre en relation un maximum de conducteurs et de passagers, ce qui n'est jamais garanti à 100%. Et elles doivent aussi s'assurer d'attirer l'attention de futurs investisseurs, car les deux start-up sont encore loin de la rentabilité.

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