Pourquoi la sécurité au travail doit réapprendre à faire sourire

Doomap

La prévention au travail n'a rien à perdre à se raconter autrement, Il s'agit juste de revoir la forme sans toucher au fond.

Le cerveau humain n’aime pas être confronté à sa vulnérabilité, surtout entre deux vidéos de chat et le message d’un ami. Pourtant, c’est précisément parce que le sujet est “touchy” que j’ai fini par me convaincre d’une chose : si le secteur de la sécurité au travail veut vraiment se faire entendre, il doit apprendre à faire sourire un peu plus.

Le paradoxe du marketing de la peur

Le marketing de la prévention est unique en son genre : son seul levier émotionnel naturel est la peur : la peur de l’accident, la peur de la chute, la peur de mourir seul sans que personne ne le sache. C’est un levier puissant, mais c’est aussi un levier que les gens fuient instinctivement. Sur les réseaux sociaux, personne ne s’arrête volontairement sur un contenu qui lui rappelle sa propre mortalité. On scrolle, on referme, on passe à autre chose. Résultat : les risques liés à l’activité professionnelle restent dans la catégorie “tabou”. 

J’ai passé pas mal de temps à observer les pratiques marketing des acteurs de la sécurité (principalement sur le marché de la protection des travailleurs isolés, sujet avec lequel je suis familier) : le secteur souffre d’un manque de visibilité et n’est pas aguicheur sur le papier. 

Une approche à réinventer

Sur le terrain, plusieurs acteurs ayant testé une approche volontairement plus légère rapportent un engagement nettement supérieur à la moyenne. Rien d'extraordinaire en soi, mais ça confirme une chose qu'on pressent depuis longtemps : le public n'attend pas un discours encore plus sérieux, il attend qu'on lui parle autrement d'un sujet qui, par nature, ne fait pas envie.

Ce ne sont pas des cas isolés : dans la prévention au travail au sens large, plusieurs campagnes ont déjà prouvé qu'on pouvait parler de sujets graves sans culpabiliser ni faire fuir. Le message de fond n’a jamais changé d'un iota, on a seulement modifié la porte d’entrée.

Sérieux sur le fond, la forme doit se réinventer

Il y a une nuance essentielle à poser ici : faire sourire sur un sujet sensible ne revient pas à le minimiser. La rigueur reste entière sur le fond : les obligations légales, la fiabilité du matériel, la rapidité de la chaîne d’alerte ne souffrent d’aucune légèreté. C’est la forme, et seulement la forme, qui peut et doit s’autoriser à sortir du registre institutionnel.

C’est un travail quotidien que de rendre le sujet plus accessible. Une personne qui sourit en regardant une vidéo sur les réseaux sociaux n’en retient pas moins le message, au contraire. Je suis convaincu qu’il y a un vrai besoin de se renouveler dans la manière d’aborder le thème de la sécurité au global mais cela ne peut se faire que sur la durée.

Le jour où la prévention au travail saura se raconter avec autant d’aisance qu’une marque de skincare ou une appli de méditation, elle touchera enfin les gens qu’elle est censée protéger, et pas seulement ceux qui signent les bons de commande.

Les professionnels de la sécurité devraient prendre ce virage progressivement, c’est, je le pense, la meilleure façon de sauver des vies.