Rentrée 2026, quelles décisions les entreprises doivent-elles prendre pour réduire leur vulnérabilité climatique ?

Axys

Une chronique de Clément LAURENT – Responsable RSE du cabinet Axys

Quarante-deux degrés, 7 300 décès en excès pendant les périodes de canicule, 42 000 hectares parcourus par les flammes en Gironde et une production agricole que Bercy estime en recul de 8 % en 2026. 

Cet été 2026 ne doit pas devenir un souvenir que l’hiver effacera, il doit marquer un basculement. La question n’est plus de savoir combien d’avertissements seront nécessaires pour agir, mais combien nous en reste-t-il avant que nous ne puissions plus rien faire pour limiter le réchauffement climatique à un niveau auquel nous puissions encore nous adapter.

Le climat d’hier ne peut plus guider nos décisions futures

Nous ne rattraperons pas en quelques années cinq décennies de retards, mais nous pouvons encore agir. Nos entreprises, nos villes, notre agriculture et nos chaînes d’approvisionnement ainsi que nos politiques d’investissement restent largement organisées autour d’un climat qui a disparu. Décider comme si les conditions d’hier existaient encore, c’est entretenir notre vulnérabilité.

Nous devons donc changer de paradigme. La transition écologique et sociale représente une stratégie de souveraineté, de performance et de résilience pour le pays comme pour les entreprises. Il faudra des investissements, mais pouvons-nous nous en passer ? Si le coût de l’action est visible dans les budgets, intégrons aussi celui de l’impréparation : les arrêts de production, les tensions sur les matières premières, la hausse des assurances, et la perte de valeur des actifs.

Evidemment, l’État a un rôle majeur à jouer, mais les hésitations politiques ne peuvent plus justifier l’attentisme des acteurs privés. Chaque tonne de CO2 évitée, chaque chaîne d’approvisionnement sécurisée et chaque euro réorienté vers une activité compatible avec les limites planétaires accroît nos marges de manœuvre.

Quatre chantiers pour passer de l’alerte à l’action

Pour les dirigeants d’entreprise, cette rentrée doit ouvrir quatre chantiers.

D’abord, cartographier les vulnérabilités : Où l’activité s’interrompra-t-elle lors de la prochaine canicule ? Quels fournisseurs dépendent d’une ressource sous tension ou appelée à le devenir ? Quels métiers seront les plus exposés ? Les réponses à ces questions doivent permettre de passer d’une fragilité à une préparation opérationnelle avec des seuils d’alerte, et des plans de continuité.

Ensuite, s’il faut anticiper les conséquences il faut aussi agir sur les causes. La décarbonation et l’adaptation doivent devenir des outils pour orienter les décisions que ce soient les achats, la conception, et l’ensemble de la chaîne de valeur en pesant dans chaque arbitrage aussi concrètement que le triptyque : coûts, délais et rentabilité.

Chaque investissement doit également être analysé selon plusieurs scénarios climatiques, ses effets sur la santé et les ressources et du risque d’obsolescence prématurée. Les projets, les équipements et les contrats décidés aujourd’hui devront fonctionner dans le climat de demain. Investir sur la base du climat passé revient à financer une vulnérabilité future.

Enfin, aucune entreprise ne pourra assurer sa résilience seule. Cette capacité se construit avec les territoires, par la restauration des sols, la végétalisation et la coopération avec les collectivités et les filières agricoles. Tout ce travail relève de la continuité économique. Une entreprise ne sera résiliente que si le territoire qui la fait vivre l’est également.

Manquons-nous de moyens ou de volonté pour les réorienter ?

Ce programme nous invite finalement à poser une question cruciale : que désignons-nous encore par la performance ? S’agit-il de produire toujours davantage, au prix d’une consommation croissante de matières, d’énergie et d’attention ? Ou de créer une valeur durable, décarbonée et sobre, tout en protégeant la santé, en restaurant les écosystèmes dont dépend toute activité économique ?

Les solutions et compétences sont là. L’urgence aussi. Nos entreprises ont montré qu’elles savaient débloquer rapidement des budgets et mobiliser des équipes autour de l’IA générative, y compris lorsque ses bénéfices restent à démontrer et ses risques à maîtriser.

Alors pourquoi la transition écologique ne serait pas dotée des mêmes capacités d’exécution ? Ce décalage traduit la persistance d’un paradigme obsolète, plus qu’un manque de moyens. Tant que l’efficacité technique et la rentabilité immédiate l’emporteront sur la santé, le climat et les écosystèmes dans nos décisions, nous ne sortions pas de l’impasse actuelle.

Longtemps renvoyée à un horizon incompatible avec le temps des affaires, la lutte contre le dérèglement climatique détermine désormais les résultats de l’année prochaine. L’été 2026 nous place devant un choix : subir la vulnérabilité croissante d’un modèle inadapté ou organiser sa transformation. La transition écologique n’est pas ce qui menace notre économie, c’est ce qui peut encore la relancer, la rendre résiliente et capable de créer une valeur durable et partagée.