Anglais courant exigé : bientôt un test de langue pour nos politiciens ?

L’idée paraîtra saugrenue. La pratique d’une langue étrangère peut-elle entrer en ligne de compte quand il s’agit d’élire nos représentants ? Ce n’est pas demain la veille pensera-t-on. Pourtant, le sujet est d’actualité. Il n’y a qu’à voir le bruit autour de chaque prise de parole en anglais d’Emmanuel Macron pour s’en persuader.

Le premier ministre australien et sa "delicious" épouse en savent quelque chose ; l’emploi d’un faux-ami, pas bien méchant en l’occurrence, a été largement repris et commenté. Nous sommes pourtant loin du "beautiful time, isn’t it ?" de Nicolas Sarkozy. Ne serait-il pas souhaitable que nos responsables politiques soient capables de tenir une conversation en anglais ? N’est-on pas en droit d’attendre un niveau courant de la part de nos "élites" ? Ce type de compétences influencera-t-il un jour notre vote ? Il ne faut jurer de rien...

Il est vrai que le français est une langue officielle dans les instances internationales et qu’il est d’usage, dans la diplomatie, d’entendre les chefs d’État s’exprimer dans leur propre langue. Mais l’usage n’est pas gravé dans le marbre. On peut critiquer le président actuel pour ses nombreuses déclarations en anglais, mais en vérité, c’est une querelle d’épiciers. On peut être en désaccord avec tout le reste sans dénigrer pour autant ce parti pris. On se moque de sa prononciation et de ses fautes d’accent ? Réellement, combien de Français parlent mieux que lui ? Il semble bien que nous soyons les seuls à voir cela d’un mauvais œil. Ailleurs dans le monde, voir un président français échanger, sans traducteur derrière le rideau, avec ses homologues étrangers, c’est nouveau, ça change. Et ce n’est pas si mal en termes d’image. Bien sûr, ne soyons pas dupes, il y a là une forme de communication. Mais c’est aussi une forme de crédibilité, de politesse, et même un signe de culture.

Excuse my english

Derrière la poudre aux yeux (et de perlimpinpin), nos élus ont bien souvent des difficultés à parler dans une langue étrangère. Ce n’est peut-être pas un problème, mais quand il s’agit de représenter la France, par exemple dans de grands rendez-vous internationaux, la question se pose. On se souvient du discours (lu, pourtant, et probablement appris) de la maire de Paris à l’occasion du One Summit Planet. Ce n’est encore que de l’image, dira-t-on. Oui, mais l’image est somme toute calamiteuse... 

Et l’image, c’est aussi le reflet. La France au miroir de ses lacunes, très loin dans les classements internationaux sur le niveau de langue et comme résignée à cette réputation de mauvaise élève. Il apparaît que nos représentants, théoriquement très bien formés et certainement très bien payés, pourraient donner l’exemple, à la fois, donc, dans leurs interventions et, pourquoi pas, en se prêtant à un test de langue quand ils prétendent à une fonction impliquant de s’exprimer en anglais. Comme le font chaque année des milliers de candidats à un poste en entreprise.

Avec la professionnalisation croissante de la politique, d’une part, et l’affaiblissement des partis traditionnels (comme des intentions de vote traditionnelles), de l’autre, est-il si saugrenu de penser que l’on puisse un jour juger un candidat à une élection comme un recruteur évalue un candidat ? 

C’est-à-dire pour ses qualités humaines, bien sûr, ses valeurs, ses idées, son parcours, mais aussi pour ses compétences ? On peut se demander pourquoi certaines compétences, comme la pratique d’une langue étrangère, requise pour bon nombre d’emplois, deviennent moins nécessaires quand il s’agit de nos élites passées par Sciences Po et l’ENA. Il n’est pas absurde de penser qu’un anglais courant devrait être un prérequis pour ceux et celles qui auront à intervenir sur la scène internationale ou à gérer des éléments de politique étrangère. 

D’un point de vue pratique, d’ailleurs, se dispenser d’interprètes et de traducteurs payés aux frais du contribuable pourrait réduire les dépenses de l’État (d’un rien, mais rien c’est déjà beaucoup). Moins onéreuses, les discussions sans interprète seraient sans doute aussi moins longues et plus ouvertes, permettraient davantage de simplicité et de liberté dans le propos, qui sait même peut-être de la complicité. 

Mieux évaluer pour évoluer ?

On peut se demander d’où vient cette difficulté à échanger en anglais chez tant de nos représentants. Sans s’attarder sur le rayonnement passé et présent du français, ni sur les faiblesses de certains cours d’anglais qui ont vu des générations de collégiens passer maîtres dans la conjugaison du present perfect, mais incapables, dix ans plus tard en week-end à Londres, de passer commande au restaurant, on peut se pencher sur le mode d’évaluation qui prévaut depuis tant d’années. 

De fait, l’expression orale est de loin le critère le plus pertinent quand il s’agit d’évaluer le niveau de quelqu’un. Or en France (pardon pour la généralisation excessive), la compréhension écrite et orale, ainsi que l’expression écrite, ont curieusement l’avantage. Malgré de louables efforts, ici et là, la France demeure sur ce point une du discours appris et de la question préparée. Car même dans les concours aux grandes écoles, quand il s’agit d’expression orale, les élèves disposent souvent d’un temps donné pour préparer leur réponse. Ce n’est évidemment pas le cas dans la vraie vie, à plus forte raison dans un cadre professionnel, politique et diplomatique.

Techniquement, bien sûr, on imagine mal envoyer nos élus en salle d’examen pour passer un test obsolète du type TOEIC... Mais ces derniers ne pourraient-ils pas se prêter à un test de langue en ligne, essentiellement oral ? D’une certaine manière, c’est ce qu’a tenté de faire Emmanuel Macron pendant sa campagne en mettant en ligne son échange téléphonique avec Barack Obama : outre un soutien de poids, on le voit capable de discuter avec l’ancien président américain, gage d’une capacité à négocier et travailler avec les présidents à venir. Bref, ce coup de fil (et de com), aussi bref fût-il, a été son test de langue. On connaît la suite... Alors, à quand un test de langue pour nos représentants ? Et surtout, qui vote pour ?

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