De l’urgence pour les Français d’acquérir des compétences numériques

Drôle d’anniversaire que les 30 ans du web alors qu’en 2019, un Français sur cinq demeure mal à l’aise face au digital. Plus inquiétant, 66% de la population française active ne ressent pas l’urgence de se former au numérique et 90% de nos concitoyens pensent qu'il est de la responsabilité de leur employeur de les faire monter en compétences sur ce sujet selon une récente étude internationale[1].

Ces deux chiffres à eux seuls révèlent l’un des risques majeurs qui pèse sur notre compétitivité à long terme : l’absence de dextérité digitale couplée d’un manque de responsabilisation d’une partie de la population face aux défis de la révolution numérique. 

Gardons-nous cependant d’accabler ou d’effrayer ceux qui n’en maîtrisent pas encore les rouages. Le numérique est devenu un mot valise. Sa rhétorique, trop souvent abstraite, peut laisser un sentiment de vertige. Que cache cet impératif digital ? Quelles nouvelles compétences faut-il acquérir ? Car si le marché du travail manque cruellement de profils technologiques, l’économie n’a pour autant pas besoin de transformer chaque travailleur en data scientist, en spécialiste de l’intelligence artificielle ou en développeur web. 

Nous le savons aujourd’hui, tous les secteurs et tous les métiers sont concernés par le numérique. Un chirurgien peut-il ignorer la télémédecine ? Le fonctionnement d’une machine connectée peut-il rester obscur pour les ouvriers qui l’opèrent ? Un consultant RH peut-il faire équipe avec un chatbot recruteur dont il ne comprend pas les ressorts ? Je ne le pense pas. 

Dans ce contexte, l’acquisition d’un socle de connaissances numériques est essentielle (savoir naviguer sur internet, se créer une adresse email, communiquer par visioconférence, utiliser une tablette …). Mais cela présuppose de susciter un appétit pour la culture digitale, en particulier pour la génération déjà en emploi. A cet égard, l’agilité et la curiosité se posent comme un préambule nécessaire à toute plongée dans le digital. Le train numérique est lancé à toute vitesse et chacun doit avoir les moyens de monter à bord. La question est : qui doit être le chef de gare? Qui doit rendre possible cette montée en compétences collective ? L’Etat, l’entreprise ou le salarié ? 

Assurément, la responsabilité des entreprises est majeure mais celles-ci doivent revoir leur posture. Investir dans le développement des compétences de ses collaborateurs, et donc dans leur employabilité, peut paraître contre-intuitif dans un contexte d’évolution du salariat, où les carrières sont de moins en moins linéaires. Pour que cette responsabilité ne soit pas perçue comme une charge par les employeurs, la formation continue doit devenir un processus naturel, sous des formats toujours plus agiles et collaboratifs. 

Cette nouvelle philosophie de la formation, plus attractive, créative et sur-mesure, contribue à limiter une posture attentiste qui consisterait à tout attendre de son employeur. Quand tout s’accélère, l’employabilité doit aussi devenir une préoccupation individuelle et l’auto-formation un réflexe. La responsabilité des entreprises est réelle mais l’essentiel réside dans la capacité qu’auront les individus à se préoccuper de la mise à jour régulière de leurs compétences, y compris en dehors du cadre de l’entreprise, grâce à des ressources gratuites et faciles à mobiliser de manière autonome (forums d’échanges, MOOC, tutoriels en ligne….). 

C’est sur cette part d’autonomie que la récente réforme de la formation professionnelle initie un changement de paradigme avec le compte personnel de formation (CPF), le gouvernement souhaite partager la responsabilité entre tous les acteurs, publics et privés, y compris les Français eux-mêmes incités à se prendre en main. Il y a un an, notre enquête auprès de 6 000 salariés français sur les principaux motifs de non-recours à la formation confirmait ce besoin de changement: le défaut d’organisation personnelle et la méconnaissance des droits arrivaient dans le trio de tête[2]. 

Un manque d’aisance sur le numérique, notamment pour les salariés moins qualifiés, ne peut que creuser des fractures existantes avec ceux qui ont déjà intégré les codes du digital. Lutter contre l’obsolescence programmée des compétences digitales des Français doit devenir un défi collectif prioritaire. 


[2] Enquête Randstad sur la formation professionnelle dans le cadre de la Randstad Employer Brand Research 2018.

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