Licencié pour faute parce qu'il était trop performant au travail, ce salarié saisit la justice

Licencié pour faute parce qu'il était trop performant au travail, ce salarié saisit la justice

Le licenciement pour faute simple de ce salarié a été justifié par un motif peu courant. Anthony Coursaget, avocat en droit du travail, nous raconte ce litige.

Trop bien travailler peut vous coûter votre emploi. C'est la leçon à tirer de ce contentieux entre un salarié et son entreprise. Une histoire surprenante qu’Anthony Coursaget, avocat en droit du travail à Paris, raconte au Journal du Net. Tout commence au milieu de l'année 2018. Cet homme que nous nommerons Léandre est recruté dans une entreprise qui met en relation médecins et patients. Elle permet de prendre des rendez-vous et de consulter les profils des professionnels de santé à proximité. 

"Les informations des praticiens doivent être validées. Entre l'authenticité des diplômes, les horaires d'ouverture des cabinets et les autorisations d'exercer des soins, il y a énormément de choses à modérer, et c'était justement le rôle de mon client. Tous les modérateurs ont des objectifs à accomplir qui donnent accès à une rémunération variable, une prime", raconte l'avocat. Les salariés restent généralement peu de temps en poste, entrainant un fort turnover dans l'entreprise.

Léandre lui, semble parti pour durer. "Dès 2019, il participe à la mise à jour des consignes destinées à tous les modérateurs. En 2020 il fait partie d'un dispositif renforcé pour faire face au coronavirus et l'année suivante il a formé jusqu'à 13 nouveaux modérateurs", décrit Anthony Coursaget. Son efficacité est telle qu'il dépasse ses objectifs tous les mois, atteignant parfois jusqu'à 150 % de sa prime. 

Il ne se repose plus et ne fait que modérer. Lorsqu'il a fini son travail, il ne prend pas de pause et se contente d'aller faire les tâches confiées à d'autres salariés. Il ne s'arrête jamais. Et c'est ce qui va poser problème. "En février 2023, il est licencié pour faute simple. On lui reproche de surperformer et d'empêcher ses collègues d'atteindre leurs objectifs. Il est également décrit comme insubordonné car il ne notait pas ses temps de pause malgré les consignes de l'entreprise", souligne Anthony Coursaget. 

Logiquement, Léandre conteste son licenciement devant le Conseil de Prud'hommes. L'employeur avançait que les performances du salarié empêchaient ses collègues de toucher l'intégralité de leur prime. Un argument remis en cause par la défense. "En échangeant avec les salariés, nous avons constaté qu'ils avaient tous 100% de leur prime, malgré les surperformances. Deuxièmement, l'entreprise basait les statistiques du salarié sur une plateforme interne qui était considérée comme peu fiable d'après les employés, et l'entreprise elle-même. Les chiffres pouvaient donc être remis en cause", précise l'avocat.

Les performances de Léandre n'ayant aucune incidence sur le reste de l'équipe, son licenciement est logiquement déclaré sans cause réelle et sérieuse par la juridiction prud'homale. Le salarié n'a pas été réintégré, car le licenciement n'a pas été déclaré nul. De plus, il ne souhaitait pas continuer avec cette entreprise, ce qui peut se comprendre. Il repart avec un chèque avoisinant les 15 000€. Une belle somme à laquelle il peut ajouter l'anecdote "j'ai été viré car je travaillais trop bien". Une histoire qui fera sensation à n’importe quel apéro.