Cette baignoire coûte deux milliards de dollars et appartient à un empereur romain
Dans les musées du Vatican, au milieu des statues antiques, se trouve un immense bassin en pierre. Installée dans la salle ronde du musée Pio-Clementino, cette cuve est traditionnellement associée à Néron, empereur romain qui a régné de 54 à 68 après Jésus-Christ, et qui est tristement célèbre pour son pouvoir autoritaire, sa mégalomanie, et sa persécution des chrétiens. Il l'utilisait comme baignoire.
Cette baignoire aurait été conçue pour la Domus Aurea, la "Maison dorée", le palais extravagant que l’empereur fit bâtir. Pensée pour impressionner, cette résidence s'étendait sur 50 hectares au centre de Rome, entre le Palatin et l'Esquilin. Dans cet immense palais, redécouvert à la Renaissance, une baignoire monumentale n’avait rien d’un simple objet pratique. Elle participait à la mise en scène du pouvoir de l'empereur.
Ce qui rend ce bassin exceptionnel, c’est d’abord sa matière. Il est taillé dans du porphyre impérial, une pierre rouge violacée, mouchetée, dont la couleur évoquait directement la pourpre. Dans le monde romain, cette teinte était associée au prestige, au rang et à l’autorité. Le porphyre n’était donc pas seulement décoratif : il disait la puissance de celui qui pouvait se l’offrir.

Cette pierre était d’autant plus précieuse qu’elle venait d’un seul lieu, le Mons Porphyrites, une carrière située dans le désert oriental d’Égypte, entre le Nil et la mer Rouge. Pour arriver jusqu’à Rome, les blocs devaient être extraits, transportés par voie terrestre, chargés sur le Nil, traverser la Méditerranée, puis être acheminés jusqu’à la capitale. À l’époque, déplacer une telle masse relevait presque de l’exploit.
La difficulté ne s’arrêtait pas au transport. Le porphyre est une roche extrêmement dure, dense et lourde. Le tailler demandait une maîtrise technique remarquable et des centaines d'heures de travail. Dans l’Antiquité, posséder un objet de cette taille dans une telle matière prouvait que l’Empire pouvait mobiliser des hommes, des outils, des routes et des navires pour transformer une pierre rare en symbole politique.
Au fil des siècles, le porphyre est devenu un marqueur de pouvoir. Les empereurs, les papes et les grandes familles européennes l’ont recherché, parfois en réutilisant des fragments antiques. Il évoquait Rome, les empereurs et l’idée d’une autorité presque sacrée. La baignoire de Néron concentre tout cela en un seul objet.
Sa valeur supposée, souvent présentée autour de deux milliards de dollars, doit toutefois être prise avec prudence. Elle n’a jamais été vendue et son prix de marché n’a donc jamais été prouvé. Mais cette estimation s’explique par une accumulation exceptionnelle : sa taille, sa rareté, son état de conservation, son matériau presque introuvable et son histoire impériale.