Google fige les médias

La politique adoptée par Google en matière de duplicate content pourrait figer les médias. En attribuant la paternité d'un contenu à un site, sous prétexte qu'il est plus gros que celui dont il a pourtant reproduit un article, le moteur de recherche empêche les médias émergents de se développer et encourage les médias établis à se cantonner au rôle de simples agrégateurs de contenus.

Quelle n'a pas été la surprise du jeune média 7X7 de découvrir à l'occasion d'un audit SEO, qu'au prétexte que plusieurs de ses articles avaient été dupliqués sur de plus gros sites que le sien, tels que le La Tribune ou LinkedIn, Google lui infligeait des pénalités en matière de référencement naturel. Dit plus simplement, 7X7 voyait sa position dans les résultats fournis par le moteur de recherche se dégrader précisément parce qu'il produisait des contenus originaux et de qualité, si bien que les plus gros que lui qui les republiaient sur leurs sites s'en voyaient attribuer la paternité.

Le système de double peine que Google a mis en place donne un tour nouveau à l'évolution du paysage médiatique. D'un côté, tout nouveau média, pour peu qu'il soit à l'origine de bons articles et donc potentiellement promis à un succès prochain, se voit condamné à finalement ne pas pouvoir émerger puisque ses articles seront lus mais ailleurs que chez lui. De l'autre, les médias les plus importants se livrant une concurrence telle, les poussant à sans arrêt devoir publier de plus en plus de contenus, de plus en plus fréquemment et surtout les meilleurs contenus, se voient condamnés à emprunter de plus en plus d'articles aux autres médias et par là même, à devenir de simples agrégateurs de contenus, et non plus des médias auteurs de leurs propres articles avec une ligne éditoriale, une exigence, des partis-pris, une posture, un style, un ton... bref tout ce qui fait qu'un média mérite ce nom.

Mais Google n'est-il pas lui-même une sorte d'agrégateur de contenus ? En mettant en place sa politique actuelle sur le duplicate content, la firme de Mountain View utiliserait les médias établis pour faire un pré-tri des meilleurs articles de la toile (les contenus que ces médias ont précisément dupliqués), afin de mieux les indexer ensuite dans son moteur de recherche ? Sous prétexte de servir les médias, Google se servirait d'eux ? Gageons que les médias en prendront conscience et réagiront un jour. En publiant cet article par exemple. Mais non, surtout pas ! Ce serait du duplicate content.

Il ne s'agit pas d'un exemple isolé. Nombre de petits sites proposant de très bons contenus, parfaitement originaux, se retrouvent doublement punis. Tout d'abord, parce que des sites médias mieux établis, plus connus, bénéficiant d'une audience plus importante, dupliquent leurs meilleurs contenus. Ensuite, parce que Google les sanctionne en leur infligeant des pénalités. Le cas du site Pierrepapier.fr est symptomatique. A peine créé, le site a publié de très bons articles que de plus gros acteurs de son secteur ont reproduits sur leurs sites. Son référencement naturel en a alors cruellement pâti.

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