Vessel, la start-up qui rêve de faire vaciller Youtube

Vessel, la start-up qui rêve de faire vaciller Youtube Et si un "petit" américain réussissait là où Dailymotion et Yahoo ont échoué ? Sa différence : proposer un modèle de rémunération plus vertueux pour les producteurs de contenus.

Difficile se faire une place aux côtés du gigantesque Youtube dans le monde des plateformes vidéos. Le français Dailymotion en fait le constat depuis quelques années, lui qui peine à passer du statut de pépite hexagonale à celui d'acteur d'envergure internationale. Alors que des géants comme Facebook, Amazon ou Yahoo planchent eux aussi sur le sujet, c'est un nouveau venu qui attise la curiosité des médias depuis son lancement fin mars 2015 : l'américain Vessel.

Fondée par deux anciens d'Hulu, Jason Kilar et Richard Tom, la plateforme vidéo propose un accès à des vidéos disponibles en exclusivité pendant au moins 3 jours, moyennant le versement de 2,99 dollars par mois. 72 000 vidéos et 165 chaînes étaient ainsi accessibles au lancement de la plateforme. Et parmi les premiers partenaires, quelques grosses pointures du monde média US telles qu'Ellen DeGeneres, NBS Universa, A+E Networks, Vevo ou encore Universal Music Group. Tous séduits par les conditions très avantageuses proposées par Vessel qui leur verse 60% des revenus générés par les abonnements et 70% des revenus générés par la publicité (les contenus non exclusifs sont proposés gratuitement et accompagnés de pre-rolls vidéos).

Vivre aux côtés de Youtube... Pour mieux le supplanter par la suite ?

Car c'est là toute l'intelligence de Vessel : ne pas tenter de démonter l'édifice Youtube d'un coup de bélier et tâcher plutôt d'en grignoter les fondations centimètre par centimètre. Conscient que la plateforme vidéo de Google représente aujourd'hui un passage obligé pour les producteurs de contenus, Vessel n'impose pas à ces derniers de choisir entre les deux services. Au contraire, la start-up se positionne comme un canal complémentaire. Chez Youtube, la visibilité et chez Vessel, la rentabilité. Son cofondateur Jason Kilar assure ainsi que les producteurs de contenus pourront toucher jusqu'à 50 dollars pour 1 000 visionnages. Soit 25 fois plus que chez son rival, assure-t-il à Associated Press

Si la réalité de ces chiffres reste à démontrer (Youtube a nié les estimations de Jason Kilar), la difficulté à monétiser correctement leurs  vidéos vues sur Youtube est un constat effectué par de nombreux producteurs de contenus, comme l'expliquait ce blogueur dans une vidéo très pédagogique... et un sujet tabou du côté de chez Youtube. Car le colosse a les pieds d'argile. Pour cause, ce dernier a beau compter près d'un milliard de visiteurs uniques par mois, il serait à peine rentable. Une constante chez la majorité des plateformes de contenus (musique, vidéos ou autres) aujourd'hui financées par des publicités dont les CPM restent bas. Et un vrai problème pour Youtube qui a lui aussi la tentation du payant en tête (via un programme d'abonnement qui permettrait à ses utilisateurs d'échapper à la publicité).

Aujourd'hui, seul le modèle de la SVOD permet d'atteindre la rentabilité

Il faut dire que les exemples de Netflix et Hulu (sur du contenu plus long toutefois) laissent à penser que le modèle de l'abonnement est pour l'instant le seul qui soit viable économiquement. Il n'en reste pas moins difficile à imposer et Vessel sera confronté dans cette optique à un vrai casse-tête : proposer du contenu en quantité et qualité suffisante pour attirer les nouveaux abonnés sur un marché où la gratuité s'est imposée comme la norme. Le tout en assurant une audience suffisamment importante aux producteurs de contenus pour que ces derniers y trouvent leur compte économiquement. L'oeuf et la poule donc. 

Mais dans le laps de temps, Vessel pourra toujours offrir de grosses avances à ses partenaires pour les inciter à diffuser de l'exclusivité en son sein. La start-up vient en effet de finaliser une seconde levée de fonds de 57,5 millions de dollars auprès d'Institutional Venture Partners (IVP). De quoi lui permettre de grignoter tranquillement, et l'audience de Youtube, et ses partenaires les plus prestigieux ?

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