Libra : le G7 Finances inquiet mais déterminé à "agir vite"

Libra : le G7 Finances inquiet mais déterminé à "agir vite" Réunis les 17 et 18 juillet, les sept ministres des finances du G7 ont passé en revue les problèmes réglementaires et politiques que soulève la future crypto-monnaie de Facebook.

[Article mis à jour le 18 juillet 2019 à 08h20] "Sur les stable coins, l'inquiétude est partagée par tous les membres du G7 Finances", a indiqué la présidence française du G7 au terme de la première journée de réunions qui a eu lieu à Chantilly (Oise). La libra, future crypto-monnaie de Facebook, était particulièrement visée. Des inquiétudes techniques ont été évoquées. "Il y a des règles qui sont les mêmes pour tout le monde", a également déclaré la présidence française du G7 en faisant référence au blanchiment d'argent et au financement du terrorisme. Et aussi des raisons politiques. "La souveraineté des nations ne peut pas être compromise", a de son côté estimé le ministre français de l'Economie et des finances Bruno Le Maire. Le G7 Finances a indiqué vouloir "agir rapidement". Pour rappel, la crypto-monnaie de Facebook doit être lancée au premier semestre 2020. Mais David Marcus, à l'initiative du projet, a récemment indiqué que la libra ne sera lancée que si elle répond à toutes les préoccupations des régulateurs. Les questions réglementaires sont considérées comme trop floues. "Si vous regardez le document (de présentation de la libra, ndlr), la partie sur la régulation est inexistante", a mis en avant la présidence française du G7.

"La souveraineté des nations ne peut pas être compromise"

Les ministres des finances du G7 ont toutefois reconnu que les systèmes de paiements actuels sont très fragmentés et doivent être améliorés. "Il y a un besoin pour un nouveau système de paiement pour réduire les coûts de change entre les pays et les continents", a souligné la présidence française du G7, qui souhaite pousser l'innovation dans les services financiers tout en protégeant les consommateurs. La Banque centrale européenne a de son côté lancé fin 2018 une infrastructure de paiement instantané dans l'Union européenne pour contrer les wallets américains existants comme Google Pay et Apple Pay.

Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, doit rendre un rapport sur les défis soulevés par les stable coins et la libra à l'automne.

Qu'est-ce que la libra ?

La libra est le nom donné à la future crypto-monnaie de Facebook.  "La mission de Libra est de développer une devise et une infrastructure financière mondiales simples, au service de milliards de personnes", résume le livre blanc du projet, qui a été révélé le 18 juin 2019. La libra sortira au premier semestre 2020.  

La libra sera une crypto-monnaie indexée à un panier de devises fiat stables (non définies pour le moment), probablement le dollar, l'euro, la livre sterling et le yuan. Il s'agira donc d'un stable coin, c'est-à-dire une crypto-monnaie stable. Par exemple, si le prix du bitcoin est à 10 000 dollars et que vous échangez 1 bitcoin contre de la libra, vous aurez donc 10 000 unités de libra. Si le cours du bitcoin descend à 5 000 dollars, vous aurez toujours 10 000 dollars en libra. En plus d'être stable, la crypto de Facebook sera échangée de façon instantanée puisqu'elle n'aura pas besoin de passer par le réseau bancaire. 

A quoi sert la libra ?

La libra pourra être échangée entre les internautes comme il est aujourd'hui possible de se faire des transferts d'argent de pair à pair via des applications comme Lydia, Pumpkin ou PayPal. Pour ce faire, il sera possible de s'échanger des libras via une application créée par Facebook : Calibra. Il s'agit en fait d'un wallet qui permettra d'acheter, vendre et stocker la crypto de Facebook. Enfin, il sera également via les plateformes de Facebook, WhatsApp et Messenger. Au total, plus de 2,7 milliards de personnes utilisent chaque mois au moins une plateforme de l'écosystème du groupe (Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp). La libra servira aussi à régler des achats chez les commerçants partenaires. Pour l'heure, on peut notamment compter Uber, Booking, Spotify, eBay, Lyft et Iliad. Concernant les frais de transactions, il y a de grandes chances pour qu'ils soient faibles. "Les intérêts perçus sur les actifs de la réserve serviront à couvrir les coûts du système, à garantir des frais de transaction minimes, à verser des dividendes aux investisseurs qui ont fourni des capitaux pour lancer l'écosystème, et à soutenir sa croissance et son adoption sur le long terme", précise le le livre blanc.

La blockchain Libra 

La crypto-monnaie libra repose sur une blockchain "de permission", ce qui signifie que l'accès au protocole doit être validé, contrairement au bitcoin, une blockchain publique, ouverte à tous. Facebook souhaite que la blockchain soit sans permission à terme mais que ce n'est pas possible car "il n'existe actuellement pas de solution éprouvée capable d'offrir l'ampleur, la stabilité et la sécurité nécessaires pour prendre en charge des milliards de personnes et de transactions à travers le monde dans le cadre d'un réseau sans permission", est-il écrit dans le document de présentation. 

L'association Libra 

Pour gérer la libra, Facebook a opté pour une association basée en Suisse. Une façon de montrer que le géant américain n'aura pas le contrôle total de la crypto puisqu'il est un membre parmi d'autres. Le réseau social a signé des partenariats avec 27 entreprises pour sa future crypto-monnaie. Ils devraient être une centaine d'ici la fin de l'année. Visa, Mastercard, Uber ou encore PayPal ont investi au moins 10 millions de dollars dans le projet.  Iliad est le seul français à faire partie de cette short list. Cet investissement leur permet de détenir un nœud de la blockchain, qui sous-tend la crypto-monnaie. Chaque participant peut siéger dans la fondation que Facebook a créé en Suisse pour gérer la crypto.  "Les décisions majeures concernant les politiques ou les choix techniques nécessitent l'obtention de deux tiers des voix, soit la majorité absolue du réseau requise par le protocole de consensus", indique le white paper. 

L'équipe derrière la libra 

Derrière ce projet, il y a toute une équipe montée en mai 2018, avec à sa tête le Français David Marcus, ancien vice-président de Messenger et ex-président de PayPal (2012-2014). Ce bon connaisseur du secteur des paiements a fait partie du conseil d'administration de la plateforme d'échanges de crypto-monnaies américaine Coinbase. Il a quitté cette fonction pour des raisons de conflits d'intérêt. D'après le site Cheddar, l'équipe comptait une quarantaine de personnes, dont des anciens de PayPal, en décembre 2018. Selon nos informations, corroborées par CNBC, ils sont à ce jour 100 personnes à travailler sur le projet. Une vingtaine de postes sont ouverts actuellement, notamment pour des profils d'analystes financiers et de data scientists pour son siège de Menlo Park mais aussi pour San Francisco, Singapour et Tel Aviv.

Des discussions avec les régulateurs

La firme de Menlo Park doit aussi discuter avec les régulateurs. Le Financial Times a révélé début juin que Facebook a entamé des discussions avec la Commodity and Futures Trading Commission (CFTC), l'agence américaine chargée de la régulation des bourses de commerce, notamment des contrats à terme et des produits dérivés aux Etats-Unis. Christophe Giancarlo, son président, a indiqué n'en être "qu'aux premiers échanges" avec le réseau social mais a déclaré que "c'était très futé", suite à une démo. "Nous ressentons un très vif intérêt à mieux comprendre ce produit. Cependant, on ne peut agir que suite à une saisine officielle, or rien ne nous a été présenté", a-t-il ajouté. Selon plusieurs médias américains, Mark Zuckerberg a déjà consulté le Trésor et la SEC, le gendarme financier US pour déterminer la nature du GlobalCoin. Les deux institutions n'ont pas confirmé ni infirmé ces informations. A noter également que le patron du géant US a rencontré le gouverneur de la banque centrale anglais, Mark Carney. 

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Le dictionnaire de la cryptomonnaie

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