Olivier De Raeymaeker (Groupe Rossel) "La dynamique d'évolution de la marge brute de Rossel France est très encourageante"

Possédant une quarantaine de médias en France, le groupe belge Rossel met la priorité sur la conquête de nouveaux abonnés sur le digital. Ses recettes de pub digitale sont en hausse ce semestre malgré un marché baissier, selon Olivier De Raeymaeker, directeur général de Rossel France.

JDN. Où en est le groupe Rossel en France ?

Olivier De Raeymaeker. Le groupe Rossel réunit environ 280 000 abonnés en France tous titres confondus, un chiffre encore en légère décroissance à cause de la baisse des abonnés papier, qui est structurelle dans notre secteur. C’est pour cela que notre priorité n° 1 est le développement de nos abonnés sur le digital. Pour certains titres, notre base d’abonnés (papier + digital) est en voie de stabilisation voire de croissance grâce à la hausse des abonnements numériques. C’est le cas par exemple de Nord Littoral et du Messager en 2025. En 2025, tous titres confondus, nous avons enregistré une hausse de 18% de nos abonnés digitaux, ce qui est une très bonne performance, mais nous devons aller encore plus loin.

Pour ce qui est de la diffusion, Rossel France vend 300 000 exemplaires au quotidien et 47 000 sur les hebdomadaires (chiffres ACPM). A noter que, sur le digital, notre audience est de 1,5 million de visiteurs uniques par jour en moyenne sur nos titres de presse. La digitalisation nos activités s’accompagne d’un rajeunissement de notre lectorat : à titre d’illustration, l’âge moyen des abonnés que la Voix du Nord recrute sur le digital navigue selon les mois entre 40 et 45 ans.

Parmi la quarantaine de médias locaux que le groupe Rossel possède en France, lesquels sont vos moteurs de développement ?

Notre dynamique est collective : tous nos titres sont inscrits dans cette même stratégie de développement et enregistrent des hausses de leurs bases d’abonnés numériques. Sur l’ensemble de nos titres, entre 20% et 35% de nos abonnés sont 100% digitaux.

Que pouvez-vous nous dire sur votre chiffre d’affaires et objectifs de rentabilité en France ?

Nous ne communiquons pas des montants mais je peux vous dire que la dynamique d’évolution de notre marge brute est très encourageante. Un point qui pose problème sur le marché aujourd’hui, c’est la baisse généralisée des revenus publicitaires. Ce phénomène, qui touche tout le secteur des médias et que nous observons depuis juin 2024, est lié à l’instabilité politique et macroéconomique en France. Sur le total de nos revenus, 25% sont issus de la publicité, 75% des ventes. Un tiers de nos revenus publicitaires sont digitaux. Bonne nouvelle : ces derniers sont en croissance depuis le début de l’année.

Quelles sont les perspectives de Rossel France pour 2026 ?

Pour Rossel France, 2026 est une année de consolidation de notre dynamique sur l’abonnement et de meilleures performances sur le marché de la publicité locale grâce à de nouveaux produits que nous avons lancés, ce qui est très encourageant dans un contexte pourtant si compliqué. Nous avons lancé fin 2025 de nouveaux écrins, dont notamment "L’Instant", une offre lifetsyle présente désormais sur l’ensemble de nos titres, en papier et digital.

La presse, et notamment la PQR, traverse une crise inédite. Quelle est votre analyse de cette situation ?

La presse vit une transformation profonde depuis plusieurs années. La décroissance du support papier est inéluctable et la conquête de nouveaux abonnés numériques est aujourd’hui une tâche bien plus complexe, vu que beaucoup d’informations, notamment de nature servicielle, se trouvent désormais disponibles un peu partout. Viennent s’y ajouter d’autres nouveaux défis qui sont bien réels. Je pense par exemple à la montée en puissance des moteurs conversationnels, sur le digital, qui se sont pourtant construits en se basant sur les contenus de la presse. Je peux également citer la hausse du coût de la distribution des journaux par La Poste.

La presse doit aujourd’hui travailler de manière très volontariste le développement de sa base d’abonnés, ce qui suppose de renforcer en continu sa qualité éditoriale, de la rendre la plus pertinente et riche possible pour sa cible et de le faire savoir grâce au marketing éditorial. L’enjeu n’est pas le volume mais la qualité : aucun acteur gratuit ne peut disposer de rédactions aussi puissantes et pertinentes que celles de la presse écrite.

Où en êtes-vous du processus d’acquisition de 100% du capital de 20 Minutes, titre gratuit qui n’est d’ailleurs pas rentable ?

Les discussions entre les différentes parties prenantes sont toujours en cours, la volonté de concrétiser cette acquisition est pleinement confirmée. 20 Minutes est une marque très forte : c’est la quatrième marque d’information en puissance digitale derrière Le Monde, Le Figaro et Ouest-France et hors acteurs de l’audiovisuel. Mais, comme n’importe quel autre média gratuit en Europe, le titre a été fortement déstabilisé par la période Covid. Depuis 18 mois, 20 Minutes se consacre à 100% sur son offre numérique et renforce très fortement la vidéo, un choix qui porte déjà des fruits. Etant national et gratuit, 20 Minutes est très complémentaire à l’offre de Rossel en France, centrée sur le local et le modèle payant.

Vous avez un projet de partenariat avec Mistral. De quoi s’agit-il ?

Le partenariat potentiel avec Mistral portera sur le développement d’un agent conversationnel permettant d’interagir avec nos contenus récents ainsi que les archives sur nos sites et applications. Nous sommes dans l’attente du feu vert de la BPI pour le financement de ce projet.

Au-delà de votre projet de partenariat avec Mistral, quelle est votre stratégie vis-à-vis des LLM ?

Les LLM ont utilisé les contenus des titres de presse pour se développer, ils ont littéralement pillé nos contenus et ils continuent de le faire pour alimenter leurs réponses et résumer l’actualité. Ces acteurs développent des usages qui nous concurrencent, ils nous coupent d’audiences qui sont aussi des abonnés potentiels, tout en se servant de nos contenus. Pour nous protéger, nous avons bloqué nos sites à l’ensemble des LLM. Une seule exception est faite à nos pages lifestyle, qui rentrent dans nos offres aux annonceurs y compris pour des dispositifs GEO. Nous restons très ouverts à discuter avec les IA pour faire évoluer la situation, bien que la réciproque ne semble pas tout à fait d’actualité.

En bloquant Gemini, vous n’avez pas été pénalisé par Google sur le référencement ?

Non, nous n’avons remarqué aucun problème au niveau des résultats sur les moteurs de recherche.