Ce que coûte vraiment un colis de vêtements venu de Chine
Depuis le 1er septembre, le malus sur la mode ultra express s'ajoute au droit de douane de 3 euros par catégorie appliqué depuis juillet aux petits colis.
Deux mesures, un seul colis
La première est française. La loi n° 2026-602 du 8 juillet 2026 crée une pénalité sur les vêtements des marques qui combinent une gamme très large et une réparabilité jugée insuffisante. Pour 2026 et 2027, le barème va de 0,50 euro pour certains sous-vêtements à 2 euros pour un T-shirt, 6 euros pour une chemise, 9 euros pour un jean et 12 euros pour une veste ou un manteau. Il montera jusqu'à 19,50 euros par pièce en 2030. Le malus est plafonné à 50 % du prix de vente hors taxe et il est collecté par Refashion, l'éco-organisme de la filière textile, auprès du metteur sur le marché.
La seconde est européenne. Depuis le 1er juillet 2026 et jusqu'au 1er juillet 2028, un droit de douane forfaitaire de 3 euros s'applique à chaque catégorie tarifaire présente dans un envoi de moins de 150 euros vendu à distance à un consommateur de l'Union. Le mot important est catégorie. Le droit ne se compte pas par article mais par ligne de classification douanière. Le texte et les questions-réponses de la Commission sont ici.
Un colis de cinq références, à la main
Prenons un colis type commandé sur une application chinoise par un client en France. Un T-shirt, une chemise, un jean, une veste légère et une paire de chaussettes. Valeur intrinsèque déclarée : 60 euros.
Côté douane, ces cinq articles relèvent en général de cinq positions tarifaires différentes. Le droit forfaitaire s'élève donc à 5 fois 3 euros, soit 15 euros, que le client ait commandé une pièce ou trois de chaque. Le même colis avec cinq T-shirts n'aurait payé que 3 euros. La classification exacte dépend de la déclaration réelle, mais l'ordre de grandeur tient.
Côté malus, si le vendeur entre dans le champ de la loi, la pénalité théorique de ce panier serait de 2 + 6 + 9 + 12 + 0,50 euros, soit 29,50 euros. Le plafond de 50% du prix hors taxe joue ensuite pièce par pièce. Avec des prix hors taxe de 5, 12, 18, 20 et 5 euros, seule la veste est plafonnée, à 10 euros, et le malus du panier tombe à 27,50 euros. Un T-shirt vendu 3 euros hors taxe ne supporterait, lui, que 1,50 euro.
Au total, une quarantaine d'euros de charges nouvelles viennent se poser sur un colis de 60 euros, avant la TVA à l'importation et avant les frais de dossier du transporteur. À ce niveau, la question n'est plus de savoir si le client le verra, mais où.
Ce que montre le côté fournisseur
On entend souvent que la solution, pour un commerçant français, consiste à remonter à la source et à acheter en gros là où Shein ou Temu s'approvisionnent. J'ai voulu mesurer ce que cette source propose réellement.
Avec mon équipe, nous avons lu, via l'API publique en lecture seule de 1688, la plateforme de gros d'Alibaba pour le marché chinois, les dix premières annonces de douze recherches en anglais, soit 120 lignes. La quantité minimale de commande médiane était d'une unité. 102 annonces sur 120 acceptaient deux unités ou moins. Et 84 annonces sur 120 n'affichaient qu'un seul prix, sans aucun palier de volume. Les 36 autres proposaient bien des paliers, mais l'écart médian entre le premier et le dernier prix n'était que de 9%, et le dernier palier commençait le plus souvent à 500 pièces.
Une précision. Cet échantillon porte sur de petits accessoires et objets cadeaux, pas sur des vêtements. Il a été relevé sur une seule journée et n'est pas aléatoire. Les données ligne par ligne sont publiées ici, sous licence CC BY 4.0.
Autrement dit, la couche que l'on imagine comme un grossiste est déjà tarifée pour le colis unitaire. Il n'existe pas, dans la majorité des cas, de remise de volume que le nouveau malus ou le droit de 3 euros pourraient venir manger. Le commerçant qui remonte à la source retrouve à peu près le prix que paie la plateforme, et hérite en plus des formalités.
Trois vérifications avant de payer un acompte
Pour un commerçant français qui veut malgré tout acheter directement en Chine, trois questions valent la peine d'être posées avant tout paiement.
D'abord, demander par écrit un prix par palier de quantité, avec la quantité de départ de chaque palier. Si le fournisseur répond par un prix unique, il vend au détail, quel que soit le nom de la plateforme.
Compter aussi les lignes tarifaires du colis avant de composer l'assortiment. Un envoi de cinq catégories paie cinq fois le droit forfaitaire. Regrouper les expéditions par famille douanière change le montant sans changer la marchandise.
Reste à savoir qui sera le metteur sur le marché en France. Si c'est le commerçant lui-même, c'est lui qui déclare à Refashion et qui supporte l'éventuel malus. Il faut alors vérifier si sa propre gamme et sa politique de réparation le placent dans le champ de la loi, ce qui relève d'un conseil juridique et non d'un fournisseur.
Rien de tout cela ne demande un outil particulier. Il faut surtout le faire avant l'acompte, parce qu'après, le fournisseur n'a plus aucune raison de répondre.