Le minage de cryptomonnaies, nouvel eldorado des clouds français

Le minage de cryptomonnaies, nouvel eldorado des clouds français Brique centrale des blockchains, le minage vise à assurer que ces dernières ne sont pas corrompues. Dans l'Hexagone, OVH, Online ou Ikoula hébergent des spécialistes mondiaux du domaine.

La promesse des systèmes de blockchain est d'être infalsifiables. Pour ce faire, les transactions qu'ils mettent en musique sont répliquées sous forme de registres numériques (ou blocs) au sein d'un réseau. Un maillage dont chaque terminaison peut comparer sa copie à celles des autres, et ainsi traquer d'éventuelles anomalies. Réaliser des transactions sur une blockchain passe donc par la création de blocs "sécurisés". C'est ce qu'on appelle le minage. Le processus se veut exigeant. En amont, il nécessite des contrôles (en termes de signature, d'autorisation…). Dans le cas de blockchains publiques comme c'est le cas des cryptomonnaies comme bitcoin ou ethereum, son exécution est en plus conditionnée par la résolution d'un calcul mathématique complexe impliquant de posséder un certain niveau de puissance informatique. Objectif : éviter qu'un membre du réseau (ou "mineur"), même très riche, ne s'accapare plus de 50% de la chaîne, et soit en capacité de la hacker. A la base du bitcoin, cette logique dite de preuve de travail est fondatrice de la blockchain.

Qu'en est-il de la position des clouds et hébergeurs français dans ce domaine ? Ils ne font pas pâle figure, loin de là. Au cœur de la mêlée, OVH apparaît parmi les plus actifs. Sur ce terrain, le groupe est même parvenu à imposer sa marque au niveau mondial. Pour preuve : les deux principaux pools de minage d'ethereum, que sont (par ordre d'importance) Ethermine et Nanopool, adossent leur cluster de calcul en Europe à ses serveurs. C'est aussi le cas de Dwarfpool, l'un de leurs challengers. OVH est très discret sur cette activité. L'entreprise roubaisienne n'a d'ailleurs pas souhaité répondre à nos sollicitations sur le sujet.

Pourtant l'information est publique. Lors de la panne qui a touché en novembre dernier plusieurs de ses data centers (sur Roubaix et Strasbourg), les puits de minage européens d'Ethermine, Nanopool et Dwarfpool tombaient au même moment... Bitfly, la société qui se cache derrière Ethermine, avait alors officiellement confirmé sur Twitter que l'arrêt de son service provenait bien d'une indisponibilité de ses serveurs chez OVH. Tout comme Nanopool. D'après nos investigations, il semble que tous ces acteurs aient majoritairement recours à l'offre d'hébergement d'OVH sur serveurs dédiés, et moins à ses ressources informatiques en mode cloud.

Ethereum, mais pas bitcoin

L'analyse des adresses internet (IP) d'Ethermine confirme que ses infrastructures sur le Vieux continent sont bel et bien installées au sein des centres de données français d'OVH. De même du côté de Nanopool. Fait intéressant : quelques adresses IP de ce dernier en Europe renvoient en parallèle sur des serveurs opérés chez Online (en France et aux Pays-Bas). Mais également à des machines virtuelles de Scaleway, l'activité cloud de cet hébergeur. Conclusion : la filiale informatique du groupe Iliad tire elle-aussi parti du segment. Comme OVH, la direction d'Online n'a pas souhaité répondre à nos questions sur le sujet. Au total, le marché pourrait se révéler juteux tant pour OVH que pour Online, du fait des volumes importants de ressources informatiques nécessaires pour miner de l'ethereum (des milliards de calculs peuvent être nécessaires pour créer un nouveau bloc au sein du réseau).

[Mis à jour le 17 mai 2018 à 9h00] Octave Klaba, le PDG fondateur d'OVH, a réagi à la publication de notre article sur Twitter :

Reste à savoir pourquoi OVH comme Online attirent les mineurs spécialistes d'ethereum et moins de bitcoin (qui demeure pourtant, et de loin, la première cryptomonnaie, en valeur et volume, de la blockchain). "Les principaux acteurs de la filière bitcoin sont basés en Chine. Les serveurs informatiques étant fabriqués là-bas, ils ont pu créer de gigantesques fermes de calcul à bas coûts et s'accaparer le marché", explique Fennel Aurora, consultant pour l'éditeur de logiciels de sécurité F-Secure. Quatre des cinq plus importantes plateformes de minage de bitcoins sont originaires de l'empire du Milieu (BTC.com, AntPool, ViaBTC et F2Pool). Et à elles seules, elles totalisent plus de 55% de toute la puissance de hachage du réseau, selon blockchain.info.

Mais un obstacle empêche "ces bassins miniers" de s'attaquer à d'autres cryptomonnaies : le pare-feu mis en place par le gouvernement chinois pour contrôler les échanges avec l'extérieur. "Il stoppe les blocs au-delà d'une certaine taille. Or, les blocs de bitcoin sont suffisamment petits pour passer, mais pas les autres", explique Fennel Aurora. Cette limitation est imposée pour éviter que la bande passante ne s'envole. Ce qui impliquerait de redimensionner profondément l'infrastructure télécoms sous-jacente, avec à la clé des investissements colossaux (sans compter des contrôles qui pourraient se trouver plus complexes à opérer).

Chez Ikoula, 100 serveurs physiques

Fort de leurs clients dans les cryptomonnaies, OVH et Online auraient-ils des velléités de développer le filon en mettant sur pied des offres de blockchain ad hoc et markétées comme telles ? Difficile à dire, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas pour le moment. Le premier n'affiche aucun projet de ce type dans son Labs (où il regroupe ses prototypes et services en bêta). Quant à Online, il a lancé en début d'année une campagne de recrutement de 250 personnes avec pour objectif de booster son cloud. Mais  aucune des annonces d'emploi mises en ligne depuis ne fait référence à un besoin de compétences sur la blockchain.

"Nous enregistrons une très forte demande"

Face à OVH et Online, il est en revanche un cloud français qui, lui, développe résolument une solution centrée sur le minage de blockchain. Il s'agit d'Ikoula. La société de Boulogne-Billancourt propose un serveur dédié, à base de processeurs graphiques (GPU), taillé pour ce type de workload. Deux consultants spécialisés pouvant, si besoin, accompagner les clients dans l'optimisation de leur architecture.

L'offre n'est pas là par hasard. "Nous enregistrons une forte demande dans ce domaine. Nous comptons déjà entre 40 à 50 clients sur le créneau, dont plusieurs ESN d'origine française et chinoise qui hébergent des frameworks de blockchain chez nous", reconnaît Jules-Henri Gavetti, cofondateur et président d'Ikoula. Mises en œuvre pour le compte de grands groupes français, les infrastructures en question ciblent des problématiques de traçabilité, de signature électronique, d'espace de confiance. "Il s'agit pour l'instant d'environnements de test, mais avec une volonté d'aller vers des déploiements réels", précise Jules-Henri Gavetti. "Au total, une centaine de VM sont provisionnées sur notre cloud pour opérer ces activités, et en parallèle une centaine de serveurs physiques GPU ont été déployés pour exécuter les calculs sous-jacents liés au minage."

En revanche, Ikoula peine à identifier parmi ses clients ceux qui ont recours à son infrastructure de cloud pour le minage de blockchains publiques orientées cryptomonnaies. "Un client peut tout à fait recourir à nos machines virtuelles pour ce type de tâches sans que nous en ayons connaissance. C'est le propre du cloud", souligne Jules-Henri Gavetti. Quant à Online comme OVH, ils pourraient faire face à la même question pour ce qui est de leur propre IaaS.

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