Cal Henderson (CTO de Slack) "Nous proposons désormais un stockage local en Allemagne, la France suivra"

Du cloud à l'IA en passant par le big data, le CTO de la messagerie collaborative lève le voile sur sa stratégie et détaille sa nouvelle politique de data residency.

JDN. Quel bilan faites-vous de Slack depuis votre entrée en bourse ? Quid de vos ambitions ?

Cal Henderson est co-fondateur et chief technical officer de Slack. © Slack

Cal Henderson. Nous enregistrons plus de 100 000 clients payants (soit une hausse de 37% sur un an, ndlr), dont 720 représentent chacun plus de 100 000 dollars de revenu annuel récurrent. Au total, nous comptons 10 millions d'utilisateurs actifs quotidiens, dont la moitié en dehors de l'Amérique du Nord. En termes d'écosystème, nous référençons plus de 1 800 applications dans notre app store. Globalement, notre ambition est toujours de proposer une couche de communication horizontale aux départements et organisations. Une couche de communication qui fédère toutes les applications d'entreprise : CRM, marketing automation, collaboration orientée document, vidéo conférence, développement logiciel... Avec pour objectif de les rendre plus efficaces.

L'explosion des applications d'entreprise a rendu le travail de plus en plus fragmenté dans beaucoup de grandes organisations. Slack permet de casser ces silos, à la fois au niveau des départements et de l'ensemble de l'entreprise. En travaillant avec les channels dans Slack, les entités en charge des ventes ou du marketing par exemple peuvent travailler de manière plus transparente en partageant leurs informations, mais aussi optimiser leur collaboration et accélérer les prises de décision commune. Le tout en réduisant drastiquement le nombre d'e-mails échangés qui, à l'inverse, n'offrent aucune information sur le contexte de travail ou de décision. C'est également le cas des équipes de développement et de support qui, elles, peuvent réduire drastiquement le temps de résolution des questions clients en utilisant Slack. 

Slack est hébergé sur AWS (Amazon Web Services) mais sur quelles régions plus précisément du cloud d'Amazon ?

Slack repose historiquement sur l'infrastructure d'AWS basée aux Etats-Unis. Nous opérons en parallèle des centres de données répartis à travers le monde pour permettre un accès rapide à notre application. Ainsi si vous accédez à Slack depuis la France, vous vous connecterez à un data center à Paris. Mais vos données restaient jusqu'ici stockées au sein des régions cloud d'Amazon aux Etats-Unis. Ce qui va changer.

"Nous recourons au machine learning pour bâtir des modèles de ranking et optimiser la recherche d'informations dans Slack"

Nous annonçons en effet aujourd'hui un nouveau service de data residency pour donner la possibilité aux clients de choisir la région d'Amazon où ils souhaitent stocker leurs contenus. D'ici la fin de l'année, nous allons proposer un stockage local en Allemagne (par le biais de la région AWS de Francfort, ndlr). C'est un pays où les entreprises sont très exigeantes dans ce domaine, et que les autres pays européens considèrent comme un standard en matière de régulation des données. Cette possibilité de stockage outre-Rhin est lancée en bêta, et sera commercialisée en version finale d'ici la fin de l'année. Elle sera commercialisée avec les abonnements Slack Plus ou Enterprise Grid. A l'avenir, d'autres pays, dont la France, bénéficieront aussi d'un hébergement local.

Historiquement, vous recourez aux instances Amazon EC2 pour opérer votre application, le service Amazon S3 pour le stockage de fichiers, et Elastic Load Balancing pour l'équilibrage la charge. Vous utilisez aussi Amazon EBS pour sauvegarder vos instances de bases de données MySQL. Cette architecture a-t-elle évolué ?

L'infrastructure de Slack demeure adossée en majorité à cette architecture. Beaucoup de nos applications sont historiquement développées en PHP. Nous nous sommes également tournés vers le langage Hack, la version de PHP développée par Facebook. Côté serveur, nous utilisons Java, Go et JavaScript. Pour le déploiement des nouveaux services, nous faisons le choix de Docker et de l'orchestrateur de containers Kubernetes par défaut. Dans cette optique, nous avons opté pour le service Kubernetes managé d'Amazon : EKS.

Quelles technologies utilisez-vous en termes de monitoring ?

Nous nous sommes tournés vers Amazon CloudWatch pour monitorer nos ressources sur AWS. Mais nous avons aussi recours aux outils de supervision open source Prometheus, Elasticsearch, Logstash et Kibana. Côté data lake, nous nous adossons à Elastic MapReduce via le service Amazon EMR.

Où en êtes-vous côté IA ?

Nous nous appuyons sur le machine learning pour bâtir des modèles de ranking et optimiser la recherche d'informations dans Slack. Plus vous intégrez des données dans Slack, plus Slack prendra de la valeur pour votre organisation (en matière de recherche de contenus, ndlr). Données financières, de gestion de projets, de procédures internes... L'objectif est de pouvoir répondre à toutes ces questions automatiquement.

"Nous prenons la concurrence de Microsoft Teams très au sérieux"

Si la réponse n'est pas disponible, l'idée est de recommander à l'utilisateur un collaborateur susceptible de lui répondre compte tenu de son historique de travail, ou un channel dans lequel il pourra poser sa question et où il aura le plus de chance de trouver une réponse compte tenu de la proximité des thèmes échangés dans ce channel avec sa requête. L'apprentissage machine nous permet aussi de prioriser les messages et canaux en fonction de l'historique relationnel et de travail dans Slack.

Pour aboutir à ce résultat, vous avez développé un graph…

Comprendre la relation entre utilisateurs, sujets échangés et channels à travers un graph de connaissances nous permet en effet d'aboutir à cette personnalisation de la recherche et du ranking des messages en fonction des priorités des utilisateurs. Avec qui échangez-vous le plus souvent ? Quelles thématiques sont importantes pour vous, et pour les personnes avec lesquelles vous collaborez ? En répondant à ces questions, nous affûtons nos modèles d'analyse. Cette approche est particulièrement pertinente dans le cadre des grandes organisations où la gestion des connaissances et des compétences est très complexe compte tenu de l'importance des effectifs.

Quelle solution avez-vous retenue en matière de machine learning pour construire vos modèles d'apprentissage ?

Nous avons développé notre propre infrastructure de machine learning à partir de briques open source.

Pourriez-vous envisager d'évoluer vers une architecture multicloud et faire appel à des clouds tiers comme Microsoft Azure, Google Cloud, ou Alibaba Cloud pour vous déployer en Chine ?

Nous n'avons pas de projets à annoncer dans ce domaine pour le moment. Nous restons centrés sur AWS. Mais cela pourrait faire sens dans le futur.

Quand vous observez Microsoft intégrer Skype for business à Teams, comment réagissez-vous ?

Nous prenons ce concurrent très au sérieux. Il pousse beaucoup à utiliser Teams en y introduisant Skype for business. Mais, nous observons que les usages de Teams se limitent le plus souvent aux appels vidéo, là où ceux de Slack sont axés sur un recours quotidien aux channels. Autre différence, seul Slack est capable de prendre en charge de très grandes organisations. Certains de nos clients, tels Oracle et Vodafone, comptent des dizaines voire des centaines de milliers d'utilisateurs au sein de leur instance Slack. A l'inverse, Teams se limite à la prise en charge de petites équipes et quelque milliers d'utilisateurs (par client, ndlr).

Comment accompagnez-vous vos clients dans la mise en œuvre de Slack ?

Nous proposons des prestations d'accompagnement par le biais d'une équipe dédiée. Elle couvre les problématiques de déploiement, de paramétrage, de formations à Slack. Nous travaillons beaucoup sur l'intégration de Slack avec les applications développées en interne par nos clients. Quelque 500 000 intégrations spécifiques sont en production sur notre plateforme. Afin de répondre à cette demande, nous commençons d'ailleurs à collaborer avec des intégrateurs systèmes pour customiser Slack en fonction des besoins de tel ou tel client.

Cal Henderson est cofondateur et chief technical officer de Slack. Diplômé en ingénierie logicielle de l'University of Central England, Cal Henderson a travaillé précédemment pour Yahoo comme architecte et lead développeur de 2005 à 2009. C'est en avril 2009 qu'il cofonde Slack avec Stewart Butterfield, le CEO de l'entreprise californienne.

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